Jeudi 8 mai 2008

Cet article est la troisième partie d’un texte qui en comporte quatre.

 

Quelques propositions sur l’alimentation

Nous disions que la fonction des dents est de réduire en parcelles les aliments. Beaucoup ignorent que la digestion commence là. Si la mastication est un phénomène important, il est souvent passé sous silence qu’à ce stade une enzyme agit sur les sucres, c’est l’amylase salivaire. Sa présence donne de l’importance à la mastication. Plus l’aliment est fragmenté, plus l’amylase peut agir, ainsi que toutes les autres enzymes, et a donc une action importante de préparation à la digestion stomacale. Faites une expérience, mangez une sardine sans trop la mastiquer. La digestion est longue. Mangez une sardine en mastiquant longuement, et vous pourrez constater une diminution de la durée de la digestion. Bien mâcher les aliments allège donc le travail de l’organisme. De ce fait c’est une économie d’énergie et donc une préservation de la santé. Autant le travail du suc gastrique que le transit intestinal (moins de flatulences) est favorisé. De ce fait vous pourrez constater que les pensées deviennent plus claires. La somnolence ou la lourdeur après le repas disparaissent, à la condition évidente de ne pas avoir bu trop de vin… Un dernier point, éviter dans la mesure du possible de manger du pain. Si vous ne pouvez vous en passer choisissez le pain d’épeautre. Au petit déjeuner des galettes de riz sont très adaptées. Pourquoi ce choix ? Parce que le blé actuel est issu de sélections successives (culture dite « recombinatoire ») pour améliorer la grosseur des épis, la rigidité de la tige, etc. qui en font un organisme génétiquement modifié dans le sens de la rentabilité et non dans celui du confort alimentaire. L’épeautre (ou blé des gaulois) en qualité d’ancêtre du blé produit un gluten qui n’a pas d’inconvénients nutritionnels. Certes, ce blé des pays montagneux à hivers longs et rudes est rustique, mais on s’y habitue facilement.  Le pain odorant et croustillant que l’on trouve dans nos boulangeries, y compris le pain complet ou celui de campagne, n’est pas recommandé. Il en est de même pour les grillades qui mettent l’eau à la bouche. Lors de la cuisson les molécules de la viande se transforment en un poison à l’odeur délicieuse... Si vous ne pouvez résister au plaisir d’une grillade, alors, tenez le gril verticalement pour que s’écoule le jus et limitez le plus possible la durée de cuisson. D’une manière générale les viandes gagnent à être cuites le moins possible ou à la vapeur.

Le feu qui tue et la terre donneuse de vie

Là nous retrouvons la raison d’un adage alchimique disant que les minéraux utilisés pour réaliser le Grand Œuvre alchimique, ne doivent jamais avoir été passé par le feu car, disent les adeptes, « le feu tue ». Par exemple, c’est la raison pour laquelle un soufre issu des volcans n’a aucune valeur pour l’alchimiste.

Vous pourriez faire remarquer que dans la croûte terrestre les minéraux sont un jour ou l’autre passés par le feu de la terre. Cette remarque est pertinente. Alors, comment se fait-il qu’ils soient « vivants » ? La réponse est simple, la terre est donneuse de vie et possède la capacité de régénérer, au bout d’un laps de temps parfois considérable, les substances qui sont en son sein. C’est cette particularité qui est à l’origine des statues des Déesses Mères (et les rites de la fertilité qui les accompagnent) et aussi des Vierges noires souvent placée dans des cryptes. C’est pourquoi ces statuettes s’appelaient parfois « Notre-dame de dessous Terre » que l’on aurait pu appeler « Notre-dame de Vie ». Les anciens chrétiens, souvent pétris d’hermétisme, connaissaient cette dimension régénérative de la terre et donc l’importance du monde chtonien. C’est la raison pour laquelle l’Église s’est longtemps opposée à la crémation du corps des défunts. Le concept de seconde mort (par le feu) trouve là son origine. La condamnation au bûcher d’un sorcier était une mort atroce et pratiquement éternelle. Les restes tués et purifiés pouvaient alors êtres livrés à la terre sans risquer de la « polluer », car le souvenir du blasphème était effacé, « purifié » par le feu. Ils croyaient, et cela est confirmé par la biologie, que les tissus conservent une mémoire après la mort, mort qui est un changement d’état dans un processus de décomposition et non de destruction. La vie se poursuit sous une autre forme. C’est ce qu’écrit l’alchimiste Eugène Canseliet en sa préface de la troisième édition du Mystère des cathédrales[1] :

 

« Voici qui est plus grave : Quand la Franc-maçonnerie recherche toujours la parole perdue (verbum dimissum), l’Église universelle (katholiké) qui possède ce verbe, est elle-même en voie de l’abandonner dans l’œcuménisme du diable. Nulle chose ne favorise davantage cette faute inexpiable, que la craintive obéissance du clergé, trop souvent ignorant, à la fallacieuse impulsion, soi-disant progressive, reçue de forces occultes ne visant qu’à détruire l’œuvre de Pierre. Le magique rituel de la messe, profondément bouleversé, a perdu sa valeur.

A la faveur de cette politique d’incessant abandon, l’hérésie funeste s’installe, dans la ratiocinante vanité et le mépris profond des lois mystérieuses. Parmi celles-ci, l’inéluctable nécessité de la putréfaction féconde, pour toute matière quelle qu’elle soit, afin que la vie s’y poursuive, sous la trompeuse apparence du néant et de la mort. Devant la phase transitoire, ténébreuse et secrète, qui ouvre à l’alchimie opérative, ses étonnantes possibilités, n’est-il pas terrible que l’Église consente, désormais, à cette atroce crémation qu’elle refusait absolument ?

Quel horizon immense, découvre cependant, la parabole du grain confié au sol que rapporta saint Jean :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment, tombant en terre, ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » (XII, 24)

Semblablement par le disciple bien-aimé, cette autre indication précieuse de son Maître, à propos de Lazare, que la putréfaction du corps ne saurait signifier l’abolition totale de la vie :

« Jésus dit : ôtez la pierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais ; car il y a quatre jours qu’il est là. Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (XII, 69 et 40.)

Dans son oubli de la Vérité hermétique qui assura sa fondation, l’Église, pressentie pour l’incinération des cadavres, emprunte, sans effort, sa très mauvaise raison à la science du bien et du mal, selon laquelle la décomposition des corps, dans les cimetières de plus en plus nombreux, menacerait d’infection et d’épidémie, les vivants respirant encore l’atmosphère alentour. Argument combien spécieux, qui porte pour le moins à sourire, surtout quand on sait qu’il fut déjà avancé, fort sérieusement, voici plus d’un siècle, alors que florissait l’étroit positivisme des Comte et des Littré ! Attendrissante sollicitude enfin, qui ne s’exerça pas en notre temps béni, lors des deux hécatombes, grandioses par la durée et la multitude des morts, sur des surfaces plutôt réduites, ou l’inhumation se faisait attendre, souvent très loin du délai et de la profondeur réglementaires.

En opposition, c’est ici le lieu de rappeler l’observation, macabre et singulière, à laquelle s’appliquèrent, au début du Second Empire, dans un esprit fort différent, avec la patience et la détermination d’un autre âge, les célèbres médecins, toxicologues de surcroît, Mathieu Joseph Orfila et Marie Guillaume Devergie, sur la lente et progressive décomposition du corps humain. Voici l’issue de l’expérience conduite, jusque-là, dans la fétidité et l’intense prolifération des VIBRIONS :

« L’odeur diminue graduellement ; enfin il arrive une époque où toutes les parties molles répandues sur le sol n’y forment plus qu’un détritus bourbeux, noirâtre et d’une odeur qui a quelque chose d’aromatique. »

Nous ne nous arrêterons pas sur la chute vertigineuse de l’Église néo moderniste, mais sur l’inséparabilité dont seule l’analogie et le principe de correspondance permet de saisir toute la dimension. Eugène Canseliet montre l’universalité du processus de putréfaction aussi bien chez les nations, les institutions, les individus constitués de chair et les minéraux :

 

« Quant à la transformation de la puanteur en parfum, il faut établir la saisissante similitude avec ce que déclarent les vieux Maîtres, à l’égard du Grand Œuvre physique, et parmi eux, en particulier, Morien et Raymond Lulle précisant qu’à l’odeur infecte (odor teter) de la dissolution obscure, succède le parfum qui est le plus suave, parce qu’il est de la propriété et de la vie et de la chaleur (quia et vitae proprius est et caloris). »

 

En d’autres termes, un cadavre se dégrade et prend la couleur noire et verte en fonction de la même loi que celle qui régit les métaux et métalloïdes qui participent au Grand Œuvre des alchimistes. Les mêmes couleurs et les mêmes odeurs se manifestent, parfois liées à la pollution de notre globe recoagulé pour employer une expression de Paracelse. Il s’agit de cette phase appelée Œuvre au noir, qui dégage une odeur de sépulcre disent les adeptes. Que le lecteur me pardonne de parler de plusieurs plans à la fois.

 

En Extrême-Orient la crémation est courante, cependant les bouddhistes pensent que la réincarnation en être humain est rare. L’individu doit parcourir un cycle de réincarnation dans les végétaux et animaux (métempsychose) avant de pouvoir redevenir humain. Ce long parcours est le prix à payer pour récupérer une mémoire biologique qui fut gravement démantelée et altérée par la crémation. A chacun de décider s’ils souhaitent brûler… les ailes des papillons.

L’amour et la sexualité

Dans les milieux spirituels, le corps joue beaucoup trop souvent un rôle secondaire. Il est même parfois considéré comme un ennemi, notamment dans les monastères ou par certains prêtres de l’Église catholique Romaine. Les pulsions sexuelles étant réprimées par des abstinences forcées, il est difficile pour certaines femmes et certains hommes de se contenir, ce qui est à l’origine non seulement de sérieuses névroses mais aussi de crimes tel le viol ou la pédophilie. Ces graves problèmes trouvent leur origine dans l’Ordination des prêtres auxquels l’évêque demande, durant la cérémonie, non seulement l’obéissance absolue (promesse d’obéissance canonique) mais encore de rester célibataire et de pratiquer la chasteté.

Voilà donc nos prêtres castrés pour l’éternité ! Est-ce bien sûr ? Ce que l’on ne sait généralement pas, c’est que la chasteté n’est pas synonyme d’abstinence. La devise de la chasteté dans l’iconographie chrétienne est celle de la tempérance : « J’en use mais n’en abuse. »

En réalité un prêtre de l’Église Catholique Romaine peut donc fréquenter une compagne mais n’a pas droit au mariage, ce qui est humiliant et inadmissible pour les femmes.

Donc, pour son équilibre, le corps a besoin de vivre sa sexualité. Ceci étant dit, en sachant qu’il existe de véritables énuques capable de maîtriser totalement leurs fonctions sexuelles. Ces individus sont très peu nombreux. Mais vouloir transformer en énuque tous les hommes destinés au sacerdoce est un crime car c’est aller à contrario des lois de la nature, c’est « tuer » l’harmonie d’un être vivant qui doit sa vie à la rencontre d’un homme et d’une femme. C’est aussi « tuer » un esprit, cet esprit que les alchimistes appellent Magnésie, lequel est l’arcane majeur de l’alchimie pratique du Grand Œuvre au laboratoire. Et, nous dit Fulcanelli dans ses Demeures Philosophales[2] à propos de cet élève de François Rabelais que fut  Louis D’Estissac auteur du symbolisme alchimique de son magnifique château de Coulonges-sur-Autize (Deux-Sèvres):

 

« Sans lui, sans ce mercure tiré de notre magnésie, nous assure Philalèthe[3], il est inutile d’allumer la lampe et le fourneau des Philosophes. Nous aurons l’occasion de développer plus loin l’arcane majeur du grand art. »

 

Ne voulant pas plonger le lecteur dans des textes obscurs, je résume en disant que cette magnésie est liée au magnétisme issu d’une substance bien définie qui est à l’origine d’une force qui attire et agrège les substances éparses pour former la future Pierre Philosophale. De cette observation est né le terme alchimique de Coagula.

Sachant que le mot aimer est issu du terme aimant nous comprenons pourquoi l’alchimie est parfois qualifiée d’Art d’Amour.

L’Amour est – trop souvent on l’oublie – une loi universelle qui est au cœur de toute création et donc aussi dans le couple humain capable de générer. Cette particularité fut magnifiquement traduite par le poète Folco de Baroncelli :

 

« Jeunes gens qui parlez de l’amour

Comme de toute chose agréable et mortelle

Taisez-vous : l’amour est la grande Force  éternelle

Qui agrège les mondes et féconde les fleurs. »



[1] Éditions J. J. Pauvert, Paris.

[2] Tome 1, p. 365. Éditions J. J. Pauvert, Paris 1964.

[3] L’alchimiste du XVIIe siècle Irénée Philalèthe est l’auteur de nombreux ouvrages dont le célèbre L’Entrée ouverte au Palais fermé du Roi. Il se disait anglais de naissance et habitant de l’Univers.

par Hermophyle publié dans : hermetisme
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Mercredi 7 mai 2008

 

Cet article est la deuxième partie d’un texte qui en comporte quatre.

Le sens de l’analogie, clé de la connaissance.

Manger, voilà un verbe créateur de substances organiques, encore faut-il bien le conjuguer !

Qui se douterait que manger est en profonde harmonie avec les principes alchimiques qui sont les reflets fidèles des lois de la nature ?

Le plus célèbre astrologue[1] et alchimiste de son temps, l’anglais Robert FLUDD (1554-1637), ce fameux disciple de Paracelse, écrit dans son De mystica sanguinis anatomia (sec.I, part. III, lib.I, p. 223-224) :

« Le vrai alchimiste imite la nature. En commençant son œuvre, il réduit d’abord la matière en parcelles, il la broie et la pulvérise ; c’est la fonction des dents[2]. La matière ainsi divisée, il l’introduit par un tuyau dans la cornue[3] ; ce tuyau représente l’œsophage ; la poche de la cornue, c’est la poche stomacale.

Ensuite il mouille la matière avant de la soumettre à l’action de la chaleur, comme le suc gastrique humecte les aliments ingérés dans l’estomac. Enfin, il ferme exactement l’appareil et l’entoure d’une chaleur humide égale et modérée en la plaçant dans un bain-marie. C’est ainsi que l’estomac est naturellement entouré par le foie, la rate, les intestins qui le maintiennent à une température égale. L’opération alchimique est assimilée à la digestion ; les parties élaborées sont mises à part et servent à alimenter le Grand Œuvre tandis que les matières excrémentielles sont rejetées comme inutiles. »

Le premier alinéa de cette citation explique clairement la phase alchimique dite préparation, la seule à utiliser la cornue dont la poche est comparée à l’estomac. Cet extrait, ancien de presque un demi millénaire, peut paraître au lecteur, impropre et désuet puisqu’il aurait suffit de citer un auteur moderne de physiologie et de le commenter. La raison de ce choix est la richesse de l’interprétation reposant sur l’emploi de l’analogie qui constitue le substrat de le Parole Perdue des Francs-maçons médiévaux. A cette Parole perdue FLUDD avait accès, car il était capable d’observer le phénomène universel du processus alchimique à travers les plus petites choses, telle la digestion. Ainsi affirme-t-il en 1617 dans son Tracatus theologo-philisophicus :

« Tel est le principe de la vraie teinture qui seule teint les métaux et les corps. »

Il en était de même pour son maître Philippe Bombast Paracelse (1491-1541) quand il écrivait dans ses grimoires à propos de la Terre :

« Le globe terrestre n’est autre chose qu’une pierre abjecte, épaisse, impure, corrompue, qui fut broyée et se recoagula, et qui plane tranquillement dans le firmament. » (Traduit en 1911 par René Schwaeble. Éditions H. Daragon, p.69).

Ces deux courtes citations peuvent paraître puériles, mais elles révèlent le niveau d’éveil de Paracelse et de Fludd, leur maîtrise de la Parole perdue, que ceux qui intellectualisent et ratiocinent (il faut tout expliquer suivant les canons en vigueur), tournent en dérision.

L’alchimiste est au-delà de notre monde et côtoie l’extraordinaire, nous dit Serge Hutin à la page 45 de son Histoire de l’alchimie [4] :

« Dans la cornue ou le creuset, l’adepte contemplerait – estime-t-il – ce qui s’est passé à l’origine du présent cycle terrestre. Il ne s’agit pas là d’une simple formule symbolique, mais d’un processus concret, tangible, palpable : l’alchimiste se construit une sorte de véritable modèle réduit animé de la création, avec reproduction en miniature du jeu même des cycles solaires, lunaires et planétaires qui régissent la Terre. L’alchimiste Canseliet nous racontait ainsi comment, une nuit, il vit se reproduire sous ses yeux, en petit, tout le déroulement de l’éclipse de lune qui se produisait dans le même temps sur la voûte céleste. »

Si nous sommes dans l’actuel nous ne pouvons être à l’origine du présent cycle terrestre, ainsi peut-on comprendre pourquoi André Breton fit inscrire sur sa tombe : « Je cherche l’or du temps. »

Même parmi les alchimistes la citation qui précède n’est pas acceptée unanimement. Ils prétendent que Fulcanelli, – la référence actuelle en matière d’alchimie – ne parle pas, dans ses ouvrages, de cette curieuse manifestation… Et pourtant, le célèbre Adepte du XXe siècle ne saurait mieux décrire le phénomène à son éclosion :

« L’effervescence passée et le calme rétabli, vous pourrez jouir d’un magnifique spectacle. Sur une mer de feu, des îlots solides se forment, surnagent, animés d’un mouvement lent, prennent et quittent une infinité de vives couleurs ; leur surface se boursoufle, crève au centre et les faits ressembler à de minuscules volcans. Ils disparaissent ensuite pour laisser place à de jolies billes vertes, transparentes, qui tournent rapidement sur elles-mêmes, roulent, se heurtent et semblent se pourchasser, au milieu des flammes multicolores, des reflets irisés du bain incandescent. »[5]

 

Une certaine idée de la réincarnation

Il ne s’agit pas ici d’un hors sujet par rapport au corps et à l’individu que j’essaye de cerner à la lumière des connaissances anciennes et traditionnelles. C’est ici le problème des cycles de l’âme ou réincarnation que nous allons aborder à la lumière de ce que je viens de dire. Pour cela adressons-nous à un alchimiste de la même époque que Fulcanelli : Kamala Jnana, deuxième de nom. Cet Adepte qui fut longtemps à l’école des sages de l’Himalaya et qui n’ignorait pas les textes les plus anciens de l’Église écrivit un texte simple et lumineux sur la réincarnation. Lisons cet article inséré dans son Dictionnaire de philosophie alchimique.[6] :

« Or, comme cette idée de « renaissances successives » (amenant l’homme à l’état de pureté) peut se démontrer alchimiquement, nous allons le développer.

Dans la Préparation, les trois corps primordiaux broyés et malaxés, sont placés dans un athanor, comme l’indique Geber dans la Somme. Là, sous l’effet conjuguée du feu contenu dans chacun d’eux, ils vont tendre à se sublimer, c’est-à-dire à s’élever en vapeurs, dès qu’ils arriveront à ébullition. Or, comme le sel s’évapore vers 165° et le mercure des philosophes vers 360°, il se produit un phénomène :

Le sel et le mercure des philosophes[7], sublimés par l’intense chaleur provenant du soufre, s’évaporent jusque dans un ballon attenant à l’athanor. Ici, sous l’effet d’une baisse de température, ils se condensent et se superposent par ordre de densité.

Le premier stade d’une réincarnation est donc bien manifesté ésotériquement parlant, puisque par le broyage, la mortification de la Materia Prima, suivie de sa séparation du corps (soufre et terrestréités[8]) d’avec l’âme (mercure) et l’esprit (sel), on obtient l’image d’une mort humaine. Mourir pour renaître toujours plus pur, voilà la conception philosophique.

Donc, alchimiquement, les trois corps épurés sommairement certes, mais séparés, sont placés dans un ballon bien bouché. Là le sel et le mercure des philosophes se subliment à nouveau ; seulement comme cette fois ils ne peuvent point s’évader, il s’ensuit donc que la température s’accroît au point que le soufre philosophal peut enfin se sublimer à son tour.

Cependant, comme ces trois corps gazeux sont de même consubstantialité et ont une attirance irrésistible les uns pour les autres, un mélange naturel intimement proportionné, se crée au sein des trois vapeurs[9]. Aussi, à mesure que la température baisse, on peut voir au milieu d’elles des quantités de bulles translucides, qui peu à peu épaississent et durcissent. La nouvelle granulation est née. Elle comprend un nouveau corps, une nouvelle âme et un nouvel esprit plus purs.

Cette réincarnation ou réincorporation est l’image d’une réincarnation dans les sphères éthérés, Or, comme les multiplications successives répètent ces mêmes phénomènes en épurant la Pierre, chaque fois d’avantage on peut soutenir sans crainte, que le Grand Œuvre est la preuve matérielle d’une suite de réincarnations humaines.

Que les chercheurs matérialistes (et ils sont nombreux) nous pardonnent donc de leur montrer que la science du Grand Œuvre n’aboutit pas exclusivement à l’idée de faire de l’or (ou à fabriquer des élixirs) mais tend surtout à la connaissance philosophique des zones spirituelles élevées.

Nous affirmons que ceux qui sont avides d’or et de jeunesse ne peuvent accéder au sens profond de l’analogie. Ils ne seront jamais alchimistes et ne seront jamais de véritables créateurs. Ils n’accèderont pas non plus à la connaissance car sous l’emprise de leur encéphale gauche (menteur incorrigible) qui leur fait croire que la vérité ne peut résider ailleurs que dans le cadre de notre  pensée rationnelle. Cette interprétation est soutenue par la croyance aux « progrès » perpétuels de la science, seule voix qui fait actuellement autorité. En pensant de la sorte, ils négligent le principe anthropique mis en évidence par les physiciens, disant que l’expérimentateur, et tous observateurs, influent sur les événements qu’ils  observent.

 

La Parole Perdue

La Parole Perdue, voilà trois mots qui donnent lieu à diverses interprétations. Généralement elle est comprise comme une variante du paradis. Elle serait le substrat de la sagesse originelle. Pour la retrouver, certains disent qu’il suffit de répéter certains mots hébreux et même d’interpréter des rituels maçonniques anciens ou autres. Certes, la Maçonnerie en a conservé le souvenir, mais d’une manière subtile et les membres espèrent, d’une initiation à l’autre, pouvoir remonter à la sagesse fondamentale qui est sensée leur être dévoilée à l’issue de leur ultime initiation. Ainsi, de grade en grade, certains maçons cherchent donc ces fameuses « racines » qui auraient disparu sous l’emprise perverse d’un modernisme mercantile et destructeur.

Les premiers résultats de la connaissance de la Parole perdu sont le développement du sens aigu des globalités tel qu’il permet de saisir dans sa totalité, et d’une manière non intellectuelle, non spéculative, l’universalité du symbolisme et des rituels anciens de la Maçonnerie[10] et de l’Église. Ils permettent aussi de saisir de plus en plus fréquemment les phénomènes universels en observant la nature et ce qui nous entoure. C’est dans ce sens que les mancies ou arts divinatoire telle la cartomancie, la géomancie, la bibliomancie… présentent un intérêt certain pour tester les capacités qui, en Orient, correspondent aux premiers degrés d’éveil. La pratique des arts divinatoires n’est donc pas un but en soi, mais un test sur soi. Ceux qui commencent à développer un sens des globalités peuvent découvrir aisément une dimension plus générale à ce que nous venons de dire.

Oui, à l’origine la maçonnerie connaissait la manière d’accéder à la Parole perdue, mais il ne s’agit pas d’un secret, d’une incantation ou d’une initiation libératrice ou encore d’un salmigondis ressemblant à du syncrétisme. Dans l’hermétisme une loi n’a jamais été violée : Les « secrets » de la connaissance et de la vie sont simples. Pourquoi cette extrême simplicité (mot qui signifie « sans plis ») ? Sa raison d’être repose d’abord sur un esprit de justice : Tous ceux qui se présentent à la porte du temple, quelle que soit leur culture, doivent pouvoir réussir. En effet, l’individu le moins cultivé ne saurait comprendre le langage d’un fin lettré ! D’autre part celui qui glorifie la parole ou l’écrit est prisonnier de sa pensée qui le rend aveugle à la simplicité et donc à la réalité.  C’est la raison pour laquelle on peut lire dans la préface à la troisième édition du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli ce passage fort instructif :

« Je considère, en effet, que dans son abîme insondable de simplicité, l’arcane est introuvable par la seule force de la raison, quelque subtile et exercée elle puisse être. »

Nous souhaitons donc bonne chance à ceux qui cherchent une recette en mettant bout à bout des citations d’auteurs divers pour découvrir la clé de l’alchimie et allègrement se font exploser au visage des ballons bourrés de poudre à canon !

« Il est indispensable de savoir, nous dit Fulcanelli dans le premier tome de ses Demeures Philosophales (p. 278-279), quel moyen emploient les sages dans le but de limiter, de tempérer l’ardeur des belligérants. Faute de médiateur nécessaire, l’expérimentateur ignorant s’exposerait à de graves dangers. Spectateur angoissé du drame qu’il aurait imprudemment déchaîné, il n’en pourrait diriger les phases ni régler la fureur. Des projections ignées, parfois même l’explosion brutale du fourneau, seraient les tristes conséquences de sa témérité. C’est pourquoi, conscient de notre responsabilité, prions-nous instamment ceux qui ne possèdent pas ce secret de s’abstenir jusque-là. Ils éviteront ainsi le sort fâcheux d’un infortuné prêtre du diocèse d’Avignon, que la notice suivante relate brièvement : « Chapaty abbé croyoi d’avoir trouvé la pierre philosophale, mais, malheureusement pour lui, le creuset s’étant rompu, le métal luy sauta contre, s’attacha à son visage, ses bras et son habit ; il courut ainsi les rues des Infirmières, se veautissant dans les ruisseaux comme un possédé, et périt misérablement bruslé comme un damné. 1706. »

Fulcanelli achève la citation non sans un humour fort instructif et lumineux : « Quand vous percevrez dans le vaisseau un bruit analogue à celui de l’eau en ébullition, – grondement sourd de la terre dont le feu déchire les entrailles, – soyez prêt à lutter et conservez votre sang-froid.[11] »

Ces chercheurs aveugles ignorent trop souvent qu’en ce domaine tout est lié par résonance, d’où l’adage : Quand le temple est prêt le maître apparaît.

Chaque grade maçonnique possède un mot de passe. Le plus significatif est le premier, celui d’Apprenti, qui a cette étrange particularité de ne pas se prononcer. C’est lui qui ouvre les portes du royaume ! Oui, pour accéder à la parole perdue il faut d’abord perdre la parole et apprendre une autre langue au-delà des mots, en d’autres termes se familiariser (avec l’aide des maîtres du silence qui se font rares en nos contrées) avec la cabale (essentiellement phonétique) pour faire éclater le carcan des lois de la grammaires et transformer la manière de penser. Les symboles deviennent alors les « mots » (intraduisibles par l’expression verbale, et donc qui ne sombre pas dans ce verbiage qui caractérise la plupart des centres initiatiques) de ce langage particulier ou métalangage. Soyons certains qu’un symbole est muet mais non dépourvu d’enseignements et de parole. J’ai approfondi cela ailleurs à la lumière des neurosciences et dans la précédente monographie sur le silence. Fulcanelli, l’alchimiste le plus réputé du XXe siècle l’explique admirablement dans son Mystère des Cathédrales, dont le style traduit – dès la première page – cette émotion, cet élan du cœur, qui caractérise ceux qui cherchent Dieu et le reconnaissent non pas dans une image pieuse ou un symbole quelconque mais dans cette pierre vivante des cathédrales qui s’exprime dans ce silence au-delà des religions et idéologies :

« La plus forte impression de notre prime jeunesse, – nous avions sept ans, – celle dont nous gardons encore un souvenir vivace, fut l’émotion que provoqua, en notre âme d’enfant, la vue d’une cathédrale gothique. Nous en fûmes, sur-le-champ, transporté, extasié, frappé d’admiration, incapable de nous arracher à l’attrait du merveilleux, à la magie du splendide, de l’immense, du vertigineux que dégageait cette œuvre plus divine qu’humaine.

Depuis, la vision s’est transformée, mais l’impression demeure. Et si l’accoutumance a modifié le caractère primesautier et pathétique du premier contact, nous n’avons jamais pu nous défendre d’une sorte de ravissement devant ces beaux livres d’images dressés sur nos parvis, et qui développent jusqu’au ciel leurs feuillets de pierre sculptés.

En quel langage, par quels moyens pourrions-nous leur exprimer notre admiration, leur témoigner notre reconnaissance, tous les sentiments de gratitude dont notre cœur est plein, pour tout ce qu’ils nous ont appris à goûter, à reconnaître, à découvrir, même ces chefs-d’œuvre muets, ces maîtres sans paroles et sans voix ?

Sans paroles et sans voix ? – Que disons-nous ! Si ces livres lapidaires ont leurs lettres sculptées, – phrases en bas-reliefs et pensées en ogives, – ils n’en parlent pas moins par l’esprit, impérissable, qui s’exhale de leurs pages. Plus clairs que leurs frères cadets, – manuscrits et imprimés, – ils possèdent sur eux l’avantage de ne traduire qu’un sens unique, absolu, d’expression simple, d’interprétation naïve et pittoresque, un sens purgé des finesses, des allusions, des équivoques littéraires.

« La langue de pierre que parle cet art nouveau, dit avec beaucoup de vérité J. F. Colfs, est à la fois claire et sublime. Aussi, elle parle à l’âme des plus humbles comme à celle des plus cultivés. Quelle langue pathétique que le gothique de pierre ! Une langue si pathétique, en effet, que les chants d’un Orlande de Lassus ou d’un Palestrina, les œuvres d’orgue d’un Haendel ou d’un Frescobaldi, l’orchestration d’un Beethoven ou d’un Cherubini, et, ce qui est plus grand que tout cela, le simple et sévère chant grégorien, le seul vrai chant peut-être, n’ajoutent que de surcroît aux émotions que la cathédrale cause par elle-même. Malheur à ceux que n’aiment pas l’architecture gothique, ou, du moins, plaignons-les comme des déshérités du cœur. » (Fin de citation).

Cette harmonie est issue de la terre et son souffle vivifiant monte des profondeurs. Elle accompagne l’homme, depuis la préhistoire[12], depuis ses grottes et temples sacrés, jusqu’au terme de sa divinisation … Suivant la parole intemporelle du Christ affirmant aux chrétiens actuels et à l’humanité entière qui ne l’a point entendu ou qui ne veut pas l’entendre : « Vous êtes tous des dieux. » (Jean X, 34), cinq mots qui devraient être inscrit au fronton de toutes les églises et de tout centre initiatique. Ainsi est confirmé le rôle prépondérant des hommes réalisés ou dieux : « Dieu se lève au milieu de l’assemblée divine et au milieu des dieux il rend son arrêt. » (Proverbes LXXX1, 1.), ou encore : « Qui est comme toi parmi les dieux, ô Ieve. » (L’Exode XV, 11.)

Oui, cette parole perdue est faite pour être retrouvée, encore faut-il prendre la bonne route pour y parvenir et ne pas rêver ! Ce verbe universel est capital pour l’homme car il lui permet de communiquer avec l’univers, d’apprendre à se réaliser et aussi d’entendre cette musique des sphères que Pythagore percevait. Je ferme la parenthèse.

 



[1] Robert FLUDD pratiquait non seulement l’astrologie, mais aussi la géomancie. Il fut le 33e Imperator de l’école d’alchimie des Frères Aînés de la Rose Croix (F.A.R+C.) de 1623 à 1630. En marge de cette fraternité, dont il ne parle jamais comme l’exige son serment, il fut membre d’autres groupements rosicruciens. Signalons pour ceux qui s’intéressent à l’énigme de Rennes-le-château qu’il résida un temps dans le Razès où il fut précepteur chez le duc de Guise, époux de la baronne d’Arques et de Couiza. La baronne, disciple de Fludd (et donc probablement alchimiste) était diocésaine de l’évêque Nicolas Pavillon (1597-1675) qui était l’ami de St Vincent De Paul (1581-1660) et de Jean-Jacques Olier (1608-1657) bâtisseur de l’église St Sulpice à Paris.

[2] Il ne faut pas confondre ces dents avec les cristaux blancs de sel des sages également appelés crocs ou dards.

[3] Il s’agit ici, comme va le préciser FLUDD, du bec de la cornue et non du tube des cornues tubulées essentiellement utilisées en spagyrie ou les divers travaux sur les végétaux. N’omettons pas que « Il y a, en effet, un abîme profond entre la spagyrie et l’alchimie. » Souligne Fulcanelli à la page 176 du premier tome de ses Demeures Philosophales (Troisième édition)

[4] Éditions Marabout université, Vervier, Belgique 1971.

[5] Les demeures philosophales, p. 279, tome 1, troisième édition, (chapitre V de La salamandre de Lisieux.) Éditions J. J. Pauvert, Paris 1964.

[6] Éditions Georges Charlet, p. 37, Argentière (commune de Chamonix) Haute Savoie, 1961.

[7] Le terme « des philosophes » s’applique en alchimie aux substances directement issues de la minière.

[8] Les terrestréités et les fèces sont des termes utilisés en alchimie pour désigner les dépôts terreux inutiles. Toutefois les fèces ont, comme le nom le laisse supposer, une mauvaise odeur, ce qui indique leur provenance et éclaire le sens de la carte du fou du jeu de tarot. Les fesses découvertes de cet homme et son nom l’alchimiste sont suffisamment éloquents.

[9] Ces trois vapeurs sont de couleur noire.

[10] Nous n’appelons pas rituel ancien un rituel du XVIIIe ou du XIXe siècle. Si l’ancienneté se perd dans la nuit des temps, elle est réelle de Melchisédech, le roi de Salem qui bénit Abraham (XIXe siècle avant Jésus Christ) au XVe siècle environ. La renaissance étant considérée comme une décadence sur le plan spirituel.

[11] Le mot « sang-froid » ne doit pas être pris ici au sens figuré.

[12] Dans l’abri sous roche de Laussel (vallée de la Beune), près des Eyzies, en Dordogne, la figurine bien connue d’une femme nue, semblant enceinte et tenant dans sa main droite une corne (correspondant à la lune cornée) est sculptée en relief sur un bloc de pierre de plus de cinq mètres de haut. Le corps de la femme avait été colorée à l’aide d’une poudre rouge souvent employée dans le rituel paléolithique comme étant vivifiante et analogue au sang. (D’après E. O. JAMES, in Le culte de la déesse mère. Payot, Paris 1950.)

par Hermophyle publié dans : hermetisme
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Mercredi 7 mai 2008

 

 

« Le corps est le produit de l’esprit saint. »

G.-B. SHAW, Bréviaire du Révolutionnaire.

 

 

« Le corps humain se trouve, sur l’échelle des grandeurs, à mi-chemin entre l’atome et l’étoile. Suivant les objets auquel on le compare, il apparaît grand ou petit. Sa longueur est l’équivalent à celle de deux cent mille cellules des tissus, ou de deux millions de microbes ordinaires, ou de deux milliards de molécules d’albumine placées bout à bout. Par rapport à un atome d’hydrogène, il est d’une grandeur impossible à imaginer. Mais, comparé à une montagne, ou à la Terre, il devient minuscule… En réalité, notre grandeur ou notre petitesse spatiales n’ont aucune importance. Car ce qui est spécifique de nous-même ne possède pas de dimensions physiques. La place que nous occupons dans le monde ne dépend certainement pas de notre volume. »

 

Alexis CARREL, L’Homme cet inconnu.

 

 

Cet article est la première partie d’un texte qui en comporte quatre.

 

Notre corps est entre deux mondes, l’un que nous voyons avec ses organes harmonieusement agencés, l’autre que nous ne voyons pas, dont la pensée est l’exemple le plus évident. L’homme ayant vécu sur notre Terre un million d’années et plus, ceux qui nous ont précédés ont eu tout loisir d’étudier la partie invisible de notre structure biologique dans lesquelles les différents mondes ou dimensions interfèrent et se mélangent – c’est ce mixage du visible et de l’invisible qui donna naissance au symbole du caducée. Les résultats de ces recherches sur la coexistence des deux plans de la matière et de l’esprit sont contenus dans des connaissances véhiculées par les racines des religions, avant que des règles s’établissent au fil des siècles et les aient rendues de plus en plus moralisatrices, et inadaptées à la condition humaine. Le plus paradoxal, c’est que les religieux ont souvent raison, mais ils pèchent par manque d’explication, explication qu’ils ne peuvent fournir puisqu’ils ont tout oublié.

A la racine des religions est cette mystique expérimentale qu’est l’alchimie. Elle s’est rapidement marginalisée par rapport aux corps de doctrines des religions qui lui devenaient de plus en plus incompatibles. Qu’elle soit Orientale ou Occidentale elle est UNE, et c’est adaptée à toute les cultures. C’est l’un des plus important corpus de connaissance sur l’univers et l’homme. Elle marque autant la religion chrétienne que l’hindouisme, le bouddhisme  le taoïsme, etc. La franc-maçonnerie en est profondément pétrie dans son rituel et l’agencement de son temple. Certains Ordres de Chevalerie en furent les véhicules. Grâce à la multiplicité des moyens de diffusions cette pratique est parvenue jusqu’à nous dans sa pureté initiale.

Pour accéder à ce savoir, il est un obstacle de taille qui dépend autant de l’individu que de la société dans laquelle il vit. De nos jours, les opinions les plus diverses s’établissent sur les preuves scientifiques comme le montre cette foi aveugle aux diagnostics rendus par les experts auprès des tribunaux. Tout ce qui porte l’estampille « scientifiquement prouvé » entre dans nos modernes croyances, le reste est impitoyablement exclu comme « pas sérieux » (l’équivalent religieux d’hérétique) sans autre forme de procès avec parfois cette étiquette de mépris qu’un seul mot résume : « allumé ! ». Les plus intelligents et les moins conditionnés comprennent que l’attitude rationaliste ne nous permet d’appréhender qu’une faible part de la réalité. La science elle-même dans son avancée nous le montre, puisque ce qui était regardé avec méfiance hier peut demain s’intégré dans notre moderne corpus rationaliste. Prenons au hasard un exemple, celui de la guérison des disques intervertébraux dilatés provoquant de sérieuses douleurs lombaires. Les pharmacologues décidèrent, sur les conseils d’un sorcier « allumé », de chercher le remède en suivant la loi d’analogie. C’est ainsi qu’ils découvrirent que les nœuds de bambous contenaient un enzyme qui dissolvait les excroissances des « coussins » qui séparent les vertèbres ! Mais, ne rêvons pas, les scientifiques ne considèrent pas pour cela que la loi d’analogie possède une quelconque vertu, il s’agit tout simplement d’un hasard !

Face à ce comportement ambiguë de la Faculté, j’ai donc été amené à empiéter sur cette zone interdite quand il m’était difficile de faire autrement notamment pour parler de cette fameuse analogie (que vomissait Gaston Bachelard), ainsi que de l’alchimie et des différents rayonnements bioénergétiques résultants de notre comportement journalier.

 

La pensée rationnelle fait partie du corps puisqu’elle réside dans l’encéphale cérébral. L’hygiène du cerveau est donc d’abord d’apprendre à bien penser comme l’explique la monographie précédente sur le silence. L’apprentissage de la non pensée[1] permet de s’élever au-dessus des conventions et du ridicule qui blesse  profondément. Cette non pensée a par ailleurs des conséquences considérables sur notre organisme puisqu’elle élimine les maladies psychosomatiques, qui proviennent de notre mal de vivre pour diverses raisons. Ce mal de vivre est générateur d’angoisses, de stress et de divers « soucis » qui peu à peu sont « avalés » par notre substance biologique qui le traduit par des maladies diverses pouvant même provoquer la mort.

Un corps sain est inséparable des pensées saines. Conserver un corps en bonne santé consiste à savoir éliminer les cogitations nuisibles ou négatives qui perturbent notre équilibre biologique. Dans cette optique, c’est comme si elles participaient, d’une manière qui reste à définir, à la trame des tissus biologiques, et imprimaient ainsi dans notre chair leurs marques parfois indélébiles. Si, suivant l’adage, nous sommes ce que nous mangeons, nous sommes aussi ce que nous pensons. Une pensée se digère comme un repas et organise avec lui la matière vivante.

Le libre arbitre existe-t-il ?

La non pensée a des conséquences plus importantes encore, c’est celle de remodeler notre manière d’être. Au premier abord cette constatation peut paraître banale, pourtant son importance fut mise en évidence par les neurosciences. Dans la vie de tous les jours, qu’est-ce que cela signifie ? Prenons un exemple, vous êtes dans une forêt, l’air embaumé par les effluves du printemps vous donne envie de vous asseoir au pied d’un arbre. Vous vous décidez et vous fléchissez les jambes pour mettre votre corps en contact avec les hautes herbes qui entourent le pied d’un chêne séculaire. Jamais vous ne pensez à remettre en cause le fait que vous avez décidé en toute liberté de l’instant précis où vous avez décidé de vous asseoir… Cependant vous n’avez fait que vouloir quelque chose… qui avait déjà été décidé par votre encéphale cérébral… quelques centièmes de millisecondes avant, et cela sans que vous en ayez conscience ! Plus encore : juste avant que votre volonté de vous accroupir ne soit ordonnée par votre cerveau, celui-ci a déjà stimulé les aires cérébrales motrices indispensables pour réaliser ce geste ! Tels sont les résultats obtenus, en 2005, par des neurobiologistes américains, anglais et Français et plus particulièrement par le professeur Patrick Haggard de l’University Collège de Londres.[2] Le résultat de ces différents travaux est incontestable : lorsque nous éprouvons la volonté de faire un geste, nous ne faisons que vouloir ce que certaines zones de notre cerveau ont déjà décidées à notre insu ! Pour éviter toute ambiguïtés à ce propos, notamment de la part des rationalistes cartésiens et des républicains attachée au premier mot de leur triptyque sacré « Liberté Égalité Fraternité », voici ce qu’écrit le professeur P. Haggard :

« Nous sommes généralement convaincus que lorsque nous effectuons une action, par exemple tendre le bras pour attraper une veste lorsqu’il fait froid, nous le faisons parce que nous l’avons voulu. Or, c’est faux ! L’exécution de ce geste est d’abord initiée par notre cerveau indépendamment de notre conscience. Et ce n’est qu’ensuite que nous prenons conscience de notre volonté d’effectuer ce geste, et que nous le faisons. »

Évidemment, nous sommes conscients de nos motivations diverses qui guident nos actes, cependant, le choix de l’instant précis pour réaliser nos aspirations, ce que nous souhaitons, échappe totalement à notre volonté. En bref, notre liberté d’agir nous échappe. N’en déplaise aux philosophes en général et plus particulièrement aux théologiens chrétiens, aux cartésiens[3] ainsi qu’aux partisans de David Hume[4] (1711-1776), notre libre-arbitre est très relatif.

En d’autres termes, vouloir effectuer une action n’est qu’une simple conséquence du fait que le cerveau a déjà lancé son exécution à notre insu.

Un acte est donc effectué en fonction de la généralité de l’information cérébrale. Tout geste est représentatif de la totalité de l’information contenue dans la totalité des cellules cérébrales du cerveau. En d’autres termes, notre motricité fonctionne selon le modèle holoscopique : chacune des parties (chaque posture) est représentative du tout cérébral. D’ailleurs, les neurones échangent de multiples informations avec le cerveau à l’insu de notre conscience, et notre liberté se résume à vouloir ce que notre cerveau a déjà décidé. La seule liberté que nous ayons est celle de refuser ce qu’il a programmé. En d’autres termes, nous avons uniquement la liberté de dire non !

Or, l’encéphale cérébral responsable de la motricité est l’encéphale gauche, puisque généralement le droit est muet. Cette moitié est non seulement menteuse, mais en plus elle prend les décisions motrices à notre place ! C’est donc un « ordinateur » biologique qui nous mène par le « bout du nez ». Notre libre-arbitre est un leurre à la manière de notre perception du monde. Tout cela, les dépositaires de la connaissance des anciens l’affirment depuis des dizaines siècles, il n’est donc pas surprenant que la science, au fur et à mesure de l’amélioration de ses moyens d’investigation, comme l’imagerie médicale, le confirme.

Est-il possible d’acquérir une plus grande liberté ? La conquête de cette liberté réside dans ce qu’il convient d’appeler initiation, qui n’est autre que la prise de conscience de ce que nous sommes, grâce à des techniques particulières et non des discours. Elles reposent sur le mode répétitif afin de « reprogrammer » progressivement le cerveau, de remplacer des conditionnements négatifs par d’autres. C’est pour cela que les mystiques du monde entier prônent le détachement et le silence.

Ne généralisons pas, notre libre-arbitre existe beaucoup plus au niveau des choix et des idées. Certes, ils seront liés aux conditionnements de notre masse cervicale, mais nous avons le libre-arbitre pour, par exemple, analyser les différents aspects d’un problème comme celui ayant trait au choix de l’achat d’une voiture ou d’une maison, nous pesons le « pour » et le « contre ».

Cependant les décisions prisent à deux ou à plusieurs sont issues d’une délibération consciente. Le mariage en est un exemple. Là, l’influence du libre-arbitre est très importante. D’où l’aberration de l’infaillibilité du pape, d’où l’aberration de considérer les prises de décisions collégiales (conciles) comme hérétiques (conciliarisme) et inférieures à celles qui sont prises par le souverain pontife seul, ou le pouvoir du seul pape de ne pas accepter une décision conciliaire.

Dans le corps social, la démocratie s’inscrit dans la conquête de la liberté avec cependant des bémols considérables, surtout celui qui concerne la quasi inutilité des bulletins blancs dépassant 10% des votants lors d’une élection[5]… mais cela est une réforme qui n’est pas prête à voir le jour.

 



[1] La non pensée est dévalorisée par les milieux chrétiens qui affirment que ceux et celles qui la pratiquent font en réalité une petite sieste ! Cette remarque est désobligeante quand on sait que la non pensée ne doit jamais être accompagnée d’une perte de conscience du corps qui caractérise la somnolence et le sommeil. A tout instant, celle ou celui qui pratique la non pensée doit être vigilant en gardant les facultés sensitives de son corps en éveil sous peine de perdre le fruit de sa pratique.

[2] Ces travaux ne font que confirmer ceux du professeur californien Benjamin Libet, qui furent accueillis à l’époque (1983) avec scepticisme.

[3] René Descartes (1596-1650) pour qui chaque acte est le fruit d’un choix librement effectué est ainsi contredit.

[4] Philosophe écossais, ami d’Adam Smith le fondateur du libéralisme, David Hume disait que la sensation de vouloir effectuer un acte est une sorte d’illusion rétrospective, générée par le fait que nous sommes déjà en train d’effectuer cette action. En réalité les neurosciences nous disent que la conscience du geste ne survient qu’après son exécution, même si la décision de l’effectuer est prise avant d’en être conscient.

[5] Donc, la véritable démocratie ne peut être envisagée sans deux urnes, l’une destinée à recevoir les bulletins de vote habituels, l’autre recevant les résultats d’un questionnaire pouvant être dépouillé rapidement par informatique. Les vainqueurs devant suivre scrupuleusement les desiderata du peuple. Si cela n’existe pas, il s’agit d’une dictature déguisée en démocratie. Cette manière de procéder doit jouer aussi au niveau de toute collectivité et surtout dans les centres initiatiques quels qu’ils soient. D’autre part les élus n’appartiennent pas à un parti politique puisque leur programme est défini dans ses grandes lignes par le peuple.

par Hermophyle publié dans : hermetisme
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Mardi 6 mai 2008

Cet article, divisé en quatre parties, portera ses fruits après trois lectures attentives (des quatre parties) espacées dans le temps.

 

En alchimie externe au laboratoire la faux, que l’on trouve dans la treizième carte du jeu de tarot, symbolise l’opération à effectuer en fin de putréfaction, quand il s’agit de séparer le subtil, c’est-à-dire la quintessence rouge qui surnage, de l’épais ou compost noir lequel contient l’étoile, ce qui donna l’étoile du compost ou Compostelle, pèlerinage éminemment alchimique. En séparant l’étoile de la quintessence, les alchimistes disent qu’ils ôtent le sceau d’Hermès.

 

Quant à la tête de mort, elle représente le Caput mortuum des alchimistes ou tête morte de couleur noire sur laquelle surnage le sceau d’Hermès:

 

« L’artiste, à ses débuts – écrit Eugène Canseliet – se tromperait grossièrement, si l’idée lui venait qu’il fallut rejeter comme inutile et sans valeur, ce chao surprenant et curieusement homogène, lequel est aussi dénommé la tête morte – caput mortuum. »[1]

 

En alchimie interne, la tête morte est la tête vidée… de ses réflexions ! C’est la tête silencieuse.

 

aussi  1972.t.quée sur ses textes classiques. é Breton on peut lire: philosophale achevée grace aux qut aussi dénommé la tPour se régénérer par le silence et donc aller vers la lumière, il faut, évidemment, que l’apprenti prenne contact avec lui. La question que l’on se pose est : Comment parvenir à accéder à ce silence si précieux ?

Le premier pas est simple et très facile, Il vous est arrivé de faire un jour une courte sieste qui vous a surprise par son caractère puissamment régénérateur, aussi réparateur qu’un sommeil d’une nuit.

Dans une sieste le sommeil profond n’est pas nécessaire. Le plus important est de faire le silence du corps en l’immobilisant n’importe où, sur une banquette, un lit ou même en été le dos appuyé contre un tronc d’arbre. En s’assoupissant le silence psychique rejoint celui du corps. Et c’est là qu’est la clé du silence régénérateur : Il ne faut pas s’endormir profondément, conserver une pointe de conscience. Évidemment il est difficile de s’arrêter au bon moment pour pouvoir profiter pleinement de l’influx régénérateur du silence. Si l’on s’endort profondément et longtemps en perdant conscience du corps et de l’esprit on perd la totalité du bénéfice régénérateur. Comment éviter cette perte ? C’est le génial Salvador Dali qui en donne la clé[2] si je puis dire. Il appelle cet exercice Le sommeil avec une clé.

 

La pratique est simple. On s’installe confortablement sur un fauteuil ou sur un lit. Une main doit pendre au dehors. Elle tient une clé ou tout autre objet assez lourd que l’on serre entre le pouce et l’index. Il sera tenu au-dessus d’une assiette ou d’un plat métallique posé sur le sol. Vous pouvez vous laisser envahir par le sommeil. Quand la clé tombera de votre main, le bruit de la chute vous réveillera, à ce moment particulier où vous avez perdu conscience sans avoir réellement dormi. C’est entièrement suffisant pour que votre être physique et psychique soit revivifié. Pour cette pratique le bon moment se situe entre midi et trois heures. C’est une question de chronobiologie. Ce moment de la journée est en opposition aux heures nocturnes ou notre sommeil est le plus profond. Les spécialistes des rythmes biologiques ont constaté que ce moment opposé était des plus favorables pour plonger dans un bref sommeil réparateur.

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Les jeunes vivent dans un milieu où l’élément sonore est magnifié à un tel point que certains mettent en danger leur ouie. Ils ignorent ce qu’est le silence car on ne le leur a pas appris, et de ce fait ils en ont peur à un degré tel que leur vie devient impensable sans un baladeur sur les oreilles. S’ils savent, sans qu’on leur fasse un dessin, ce qu’est le bruit, ils ignorent totalement ce qu’est le silence. Ce comportement bien connu qui est d’avoir peur de ce que l’on ne connaît pas s’applique au silence car on n’enseigne pas aux enfants qu’être silencieux n’est pas rien dire mais dire autrement, c’est une expression différente mais plus puissant que la parole qui caractérise les génies et les mystiques. On peut donc imputer au manque de silence de notre société sa carence en penseur géniaux et l’indigence de sa spiritualité. Dommage qu’il n’y ait point d’inscrit au groupe de ceux qui désirent s’affirmer à contre-courant en votant pour le silence, car il suffirait d’un petit nombre pour changer le monde.

Depuis la nuit des temps et notamment depuis l’antique Égypte, ce maillon important qui nous relie aux connaissances essentielles des plus anciennes civilisations, les hommes savent qu’ils ont en eux deux sortes d’intelligence qui se complètent. L’intelligence du cerveau droit fut particulièrement cultivée et donna naissance, dans son expression pédagogique, à divers rituels initiatiques comme ceux de certains Francs-maçons, des Roses Croix, et de l’ancienne Église chrétienne. Ces courants spirituels très puissants à l’origine étaient basés sur l’hermétisme dispensateur de silence inséparable d’une pratique de laboratoire que l’on appelle Art Sacerdotal, Grand art ou Art Royal ou encore Art d’Amour et Art de Musique. Le cœur de cette antique pratique qui ne peut réussir qu’accompagnée du silence mental et donc d’un vécu ici et maintenant, est le Grand Œuvre des alchimistes.

Dans beaucoup de traditions on retrouve sa trace, ainsi, par exemple à Montpellier l’eau du puit de la maison natale de saint Roch devient miraculeuse le 16, août de chaque années. Ce tour de cadrant de 24 heures correspond à la durée du Grand Œuvre, sur le roc philosophique, en suivant la voie sacerdotale réservée à un petit nombre qui ont un rôle important à jouer sur le plan humanitaire ou social comme ce fut le cas pour ces alchimistes qui pratiquaient des transmutations publiques durant les 17e et 18e siècle. Leur rôle fut de tenter d’infléchir l’étude de la matière dans un autre sens que celui qui allait aboutir aux armes nucléaires.

Ce tour du cadrant de l’effet miraculeux de l’eau de saint Roch montre qu’il savait utiliser l’eau Pontique ou l’eau benoîte pour pratiquer la voie sacerdotale. La mission du grand montpelliérain avait pour but de soulager l’humanité souffrante de ce mal qu’est la peste qui ravageait alors la population comme actuellement le sida.

Ce grand œuvre de 24 heures donna naissance dans la Franc Maçonnerie à la règle des 24 pouces (divisée par trois) appliquée sur les trois corps : le sel, le soufre et le mercure. Voici l’instruction que reçoit le néophyte du rite Émulation comme celui qui caractérise le rite Nova Scotia: