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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 07:49

© octobre 2010.

L’alchimiste Julien Champagne, qui fut l’illustrateur des ouvrages de son maître Fulcanelli, a placé un blason à la fin du livre Le mystère des Cathédrales. j’aimerais vous faire partager ce que j’ai compris car ça m’a beaucoup amusé. Attention, c’est sérieux ce que je vais vous raconter !

Cependant, il y a tellement de choses concentrées dans cette figure qu’il m’est impossible de tout dire. Donc, que les puristes veuillent bien me pardonner.

La science du blason confrontée à la Sainte science où alchimie est une rencontre difficile car toutes deux utilisent un vocable particulier. Toute deux sont pourvues d’une terminologie complexe dont le mélange risque de tourner à l’obscurité. Aussi, dans la mesure du possible, j’ai donné les différentes définitions des termes sans me soucier des lecteurs informés. Soyez persuadé que ma position entre deux feux roulants d’expressions particulières est parfois difficile à assumer.

Ceci étant dit, inutile de jouer à l’escargot et de rentrer dans sa coquille. Non, ne mettez pas cet article au rancart !

 

Dans la science du blason, ou héraldique, les armes qui sont à la fin du Mystère des cathédrales (voir plus bas) sont dites « parlantes » et les Anglais les appellent « chantantes », ce qui ne manque pas de pertinence, et fait de la science du blason l’un des vecteurs le plus important de l’alchimie à travers la phonétique ou cabale.

Le « chant » des blasons est leur fond, leur substrat, ce qui est à double sens comme les cartes à jouer…

Ainsi, quand s’élabore la coction alchimique finale, dans le processus de fabrication de la pierre philosophale, où Grand Œuvre, les adeptes parlent de semaine des semaines, c’est le moment ou brille, dans le ciel nocturne, la première pleine lune de printemps, point d’orgue d’harmonie avec les forces à la foi universelles et christiques. Ceux qui sont assez ouverts savent que je ne parle pas de religion…

 

Par ailleurs c’est pour cette raison que dans les églises la 14eme station du chemin de croix, lorsque le Christ est enfermé dans son linceul pour être enseveli, brille dans le ciel la pleine lune équinoxiale du mois de mars ou d’avril, ou se manifestent dans le cosmos les signes zodiacaux du Bélier ou du Taureau si bien illustré par la quatrième planche du mutus liber. C’est la BD préférée des alchimistes un peu dépassées quant au graphisme mais toujours bonne à l’emploi !

 

planche4mutus

La quatrième planche du mutus liber (livre muet) où l’on

reconnaît le rayonnement cosmique sous les signes zodiacaux de Bélier (à gauche) et du Taureau (à droite)

 

Cette harmonie chantante colorée Arthur Rimbaud l’a traduit à sa manière dans une intuition magnifique :

 

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,

Je dirais quelque jour vos naissances latentes.

 

Ce chant bariolé des voyelles répond à celui du bouvier occitan :

 

Quant le bouyé ben de laura

Planto soun aguhado

A, E, I, O, U

Planto soun aguhado

Etc.

 

En laissant de côté, pour l’instant, le sens du texte, observons ici une différence dans l’ordre des voyelles qui n’est pas liée à une erreur. La succession de A, E et I de Rimbaud et du Bouvier, – ce gardien de la constellation de l’ourse (avec sa belle étoile Arcturus du Bouvier) représente le septentrion (sept bœufs). Il garde l’axe du monde en labourant le ciel boréal, – correspond aux trois couleurs fondamentales, noir, blanc et rouge, qui se manifestent durant le travail au laboratoire.

Cependant le « U vert » de Rimbaud précède le O que chante le bouvier. Il y a là une subtilité de cabale phonétique qui fait correspondre le U à un vase de verre (le U s’exprimait jadis par le V) qui donna phonétiquement le vert et donc le printemps générateur de la couleur. Une confidence ? soit… le O est dans le U et ne soyez pas grossier s’il vous plait !

 

Harmonie de l’émergence de la vie reproduisant cette succession de sons disposés par mouvement que l’on joint selon les lois de la tonalité qui n’est autre que la gamme chromatique. Sons et couleurs, successions de sons colorés ou plutôt succession de sons accompagnés de couleurs.

 

C’est le moment de parler un peu des paroles de la chanson du bouvier.

Quant le bouyé ben de laura

Planto soun aguhado

A,E,I, O, U

                  Planto soun aguhado.

 

En voici la traduction :

 

« Quand le bouvier (bouyé) vient (ben) de labourer (laura)

Plante son aiguillon (bâton au bout duquel est une pointe pour stimuler l’animal, c’est l’analogue des éperons d’un cavalier) »

 

L’aiguillon symbolise les aiguilles des cristaux de sel qui stimulent la matière endormie ou paresseuse, laquelle rend alors sa gamme chromatique : A E I O U… Remarquez l’analogie du verbe labourer : laura avec l’or que l’on retrouve dans ort : le jardin… Les alchimistes se disent laboureurs.

 

Une petite remarque, si la couleur est le signe du chant, entendre le chant lui-même est le signe de l’échec ou chant du cygne.

 

Après ce petit détour revenons à nos armes.

Les blasons sont constitués de métaux (or et argent) et d’émaux (couleurs), le travail des métaux et l’émaillage montrent le rapport de l’art héraldique avec le feu, la science des vitraux et l’alchimie.

 

Ici, ce blason indique le nom de l’illustrateur du livre ou celui de l’auteur. En tout cas il est une ambiguïté certaine depuis que les illustrations de Julien Champagne furent remplacées par des photographies. Dans ce cas, en effet, le blason de l’illustrateur n’avait plus de raison de figurer à la fin de l’ouvrage, à moins que ce ne soit celui de l’auteur. Ambiguïté donc… 

 

blason ChampagneArmes « parlantes » ou « chantantes » situées à la fin du livre de Fulcanelli :

Le mystère des Cathédrales.

 

Ce blason est dans un écu français ancien, de forme ogivale inversée, alors qu’était utilisé au XVII, XVIII et XIXeme siècle l’écu français moderne de forme quadrangulaire avec un fond en accolade totalement horizontale. Celui qui est utilisé ici ressemble à un creuset dont le « culot » contient de l’or (les points indiquent en héraldique le métal or) provenant de la pierre transmutatoire qui est, tout le monde le sait, de couleur rouge comme la partie supérieure du blason (de gueule en héraldique) symbolisé par des hachures verticales.

 

Ecu moderne

Écu français moderne

 

L’écu est « meublé » (selon la langue des hérauts d’arme) d’un hippocampe ou cheval de mer posé en pal (vertical au centre).

Voilà une manière de dire que ce blason est cabalistique (hypo = cheval, la cabale est la langue du cheval). Je ne suis pas le premier à avoir remarqué que la queue de cet étrange poisson osseux forme la lettre J dans la partie dorée de l’écu.

Cette lettre « J » inclinée est très bien délimitée ici, mais elle n’est pas significative même si l’on sait que Champagne se prénommait Julien. Mais le doute n’est plus permis quand on découvre qu’en langage héraldique le J cabalistique de julien champagne se dessine dans la partie basse du blason appelé par les héraldistes : la champagne. Je cite ici le Grand larousse encyclopédique à propos de cette partition de l’écu:

 

« Pièce héraldique formée par un trait de partition horizontal et occupant le tiers inférieur de l’écu. »

 

Cela est confirmé par les classiques de l’héraldique comme la méthode du blason de Menestrier.

 

Partition champagne

Extrait de La méthode du blason (1688) de C.F.Menestrier (1631-1705)

 

Par ailleurs l’effet est souligné puisque les points de cette zone basse de l’écu se confondent avec les bulles du vin de champagne.

Julien Champagne a bien signé « J. Champagne » avec une ambiguïté féminine que l’on retrouve dans le nom de Fulcanelli.

 

Le heaume (casque) du lambrequin surmontant l’écu est de face, ce qui caractérise les chevaliers créés par lettre, le nouvel anobli. Ce qui se passe de commentaires quant à l’accession récente à l’Adeptat. Remarquons que cela ne caractérise pas « le bristol altier de l’aristocratie suprême » attribué à Fulcanelli par Eugène Canseliet. Ce titre aristocratique est imprimé sur le bristol d’une carte de visite. Il traduit le patronyme de l’état civil de Fulcanelli.

 

Un noble ou un gentilhomme a toujours le heaume posé de trois quarts ou de profil. Et le dessinateur est suffisamment cultivé en la matière pour n’avoir pas fait d’erreur par ignorance.

 

Quant aux « garnitures » du lambrequin de part et d’autre de l’écu elles ne sont pas sans suggérer des feuilles de chêne, arbre au pied duquel s’écoule la source d’eau vive qui ne mouille pas les mains pour employer la terminologie consacrée par Bazille Valentin.

 

Par ailleurs l’ouverture de ce casque d’armure est en forme de croix ce qui est pour le moins inhabituel et surtout peu fonctionnel si ce n’est pour transformer le nez en marmelade.

 

Soyons sérieux, la croix du heaume caractérise les armures templières, ce qui indique l’origine de la connaissance hermétique du possesseur de ces armes.

 

Évidemment la croix indique qu’il s’agit là de la lumière du creuset (creuset = croix = lumière) ou ouverture pour observer ce qui se déroule à l’intérieur de l’athanor. Inutile d’être fin cabaliste pour comprendre que le creuset en question n’est autre qu’un ballon de fer (cabalistiquement : de verre) qui contient la « boule »… O, violet de tes yeux !

 

La devise UBER CAMPA. AGNA signifie haubert (Hubert) Hippocampe (Campa) Epi (Agna). (Vous pouvez vérifier cela sur un bon dictionnaire latin).

En d’autres termes : « (Observez) l’armure et l’épi de l’hippocampe. »

Il y a là une anomalie car dans la nature l’hippocampe ne porte pas un énorme épi sur la tête en forme de flamme mais une petite couronne. Cet épi surdimensionné désigne sept rivets. Ainsi l’adepte couronné est parvenu à une très importante multiplication qui semble friser l’improbable de sept fois (généralement la prudence impose de ne pas dépasser 5 multiplications, le classique reste à trois) comme le désigne les sept rivets (arrivés) sur le heaume (casque) relié au haubert (chemise d’armure). Bon je sais que les sept rivets peuvent être assimilés aux sept aigles ou sept bains. Mais depuis quand avez-vous vu un casque voler ? Évidemment je fais une exception pour celui de Mercure qui est le roi des voleurs !

 

J’ajouterais que la flamme de l’esprit s’est posée sur la tête du cabaliste couronné, comme cela est arrivé à une douzaine de pauvres hères quelque part en Palestine. C’est loin tout ça ! En tout cas, c’est un accident qui ne risque pas d’arriver à nos as de la bricole ! Ne reçoit pas le ciel sur la tête qui veut, pas même les Gaulois !

 

J’arrête là mon petit discours. Même si j’avais l’estomac un peu barbouillé je me suis bien amusé, et vous ? Si c’est dur à passer relisez, ça lubrifie…

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commentaires

Balland Danièle 21/10/2010 18:32


Bonsoir

J'aimerais également connaître la date du colloque au Pradet car je suis très intéressée

Merci Richard de nous indiquer le lieu et date exacte sur ce site si c'est possible

Cordialement dans la Sainte Science


Hermophyle 21/10/2010 18:56



Erreur ! ! !



Balland Danièle 21/10/2010 18:25


Vous m'avez convaincu par la description du blason bien plus que ce que j'avais pu lire auparavant sur le mystère de l'identité du Grand Maître

Je me promets de prêter davantage attention aux blasons de nos chers philosophes

Avec mes remerciements pour cette prise de conscience

Cordialement

Chinmaya


Hermophyle 21/10/2010 19:02



Bonsoir madame,


Beaucoup de choses sont insoupçonnables et chacun ouvre l'oeil sur ce qui lui convient le mieux... le reste disparaît.


Je suis heureux de vous avoir ouver l'oeil sur les blasons des philosophes.


Cordialement.


Hermophyle


 



Richard 14/10/2010 18:49


Cher "hermophyle" , vous avez pratiquement le même pseudo que moi (le mien, hermophile, je l'ai utilisé pour la première fois il y a quelques années lorsque j'ai crée mon forum "Hermes.alkemie"
lequel a été piraté et fermé par un triste individu).
Nous partageons la même passion et je rends hommage à l'intelligente interprétation de l'écu final....
Peut être viendrez vous assister au colloque Fulcanelli d'avril 2011 au Pradet ?

Cordialement
Richard


Hermophyle 14/10/2010 19:04



Bonsoir Hermphile,


Je me doute de quel triste individu vous parlez.


Merci pour votre opinion flatteuse sur l'interprétation de l'écu de Julien Champagne.


Je viendais peut-être au Pradet pour le colloque Fulcanelli à condition de savoir ou se trouve le Pradet et si ma période de déménagement ne tombe pas dans cette période. Tenez-moi au courant cer
vous vous doutez que cela m'interesse.


Fraternellement à vous en la Sainte Science.


Léon.



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