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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 07:59


Chacun a entendu parler des Troubadours qui, au Moyen Age, sillonnaient l’Occitanie en allant de château en château distraire les seigneurs en qualité de poètes, chanteurs, jongleurs ou musiciens. Leur poésie rayonnait sur l’Europe entière.  C’était la période de l’histoire méridionale ou le catharisme s’implantait en opposition à la religion catholique. Cette opposition était largement justifiée par les abus de pouvoir du Vatican et la structure dogmatique de sa théologie qui enfanta, et enfante encore, des clercs castrés totalement conditionnés et généralement psychorigides ne reculant pas devant la violence pour protéger leur univers névrotique (voir La névrose chrétienne du docteur Pierre Solignac, éditions de Trévise. Paris). Ce pays libre qui était l’Occitanie, ou pays de cocagne, fuyait ce genre de contrainte en se donnant à l’austère, mais libérale, religion de ces chrétiens particuliers appelé « bons hommes » ou Cathares qui, à pied, sillonnait le pays par paire à l’instar des deux chevaliers du temple chevauchant le même destrier.

Période de l’histoire ou se mêlent l’élan mystique accompagné par un chant qui atteint le sublime et ou se lève la magnifique épopée du graal derrière l’épouvantable génocide (20 000 assassinat d’adultes, femmes et enfants à Béziers en une seule journée) perpétré par le roi de France Philippe-Auguste et les papes Innocent III et Honorius III à travers le sanguinaire Simon de Montfort.

C’est au nom de Dieu que ces crimes furent perpétrés. C’est au nom de Dieu que l’enseignement de l’occitan, langue hérétique, fut interdite – par le pape – dans les écoles. Et cette interdiction dura, avec d’autre prétextes, jusqu’au début du XXème siècle… C’est tout juste si l’Occitan, 700 après, se relève de ses blessures.

 VISION DE L'UNIVERS2

L’image d’Épinal des troubadours, chacun la connaît : une sorte de baba cool avant la lettre, nomade et désargenté, échangeant un poème contre un bon repas, coqueluche des châtelaines et terreur des maris jaloux.

Est-il besoin de le dire ? Cette image n’a qu’un très lointain rapport avec la réalité.

Si certains troubadours furent de basse extraction, comme Marcabru, enfant trouvé, d’autres appartenaient à la noblesse, comme Bertrand de Born, et le premier en date était même un très puissant seigneur, Guillaume de Poitier, duc d’Aquitaine. En effet, dans le domaine de l’art encore plus que dans tous les autres, la civilisation occitane accordait moins de prix à la naissance qu’au paratge, à l’égalité des mérites.

Sil est vrai que l’amour de la Dame est le thème unique des troubadours, c’est un thème qu’ils ne traitent pas à la légère, mais au contraire avec une gravité qui a son mystère.

L’image d’Epinal est donc fausse, mais elle a le mérite de mettre en lumière le trait le plus frappant, le plus insolite de l’art des troubadours, son caractère conventionnel

Ce caractère conventionnel fut résumé par Charles-Albert Cingria de la manière suivante :

« Il n’y a dans toute la lyrique occitane qu’un seul thème, l’amour perpétuellement insatisfait, et que deux personnages : le poète qui huit cent, neuf cent, mille fois réédite sa plainte et une belle qui dit toujours non. » (Ieu oc tan. Dans Mesures, n°2, 1937.) »

Il y a là un mystère. On ne compte pas moins de 500 troubadours qui vécurent entre le XIe et le XIVe siècle. Comment un si grand nombre d’auteurs ont-il pu répéter pendant 400 ans là même histoire, dans les mêmes formes, non seulement sans lasser un public qui était pourtant fort cultivé, mais encore en le passionnant et en produisant de nombreux chefs d’œuvre ? C’est un cas unique dans les annales de la littérature mondiale !

Pour expliquer ce mystère sur lequel on buté tous les critiques, on est amené à se demander si les troubadours ne livraient pas leur message sous une forme conventionnelle et même, plus précisément encore dans un langage convenu.

Si c’est le cas, il faut alors chercher pour quelle raison ils procédaient ainsi et il faut aussi tenter de découvrir les clés de leur langage.

Il faut se souvenir, en effet, que les troubadours ne considéraient nullement leur activité comme un jeu gratuit de l’esprit. Ils la désignaient sous le nom de Gaie Science (Gai saber). L’un d’eux, Guiraud Riquier (de Narbonne), déclare :

« Les troubadours sont des hommes doués par Dieu d’un grand savoir, fait pour éclairer l’univers, aussi estimables par leur conduite que par leur science. »

Tous les troubadours on écrit en langue d’oc. Avant d’aller plus loin il faut savoir que cette langue se prête mieux qu’aucune autre aux jeux de mots, aux équivoques, aux logogriphes (anagrammes) et au double, voire au triple, sens phonétique.

Trobador(qu’on prononce troubadour) vient de trobar. Que veut dire trobar ? En langue d’oc cela signifie à la foi inventer, découvrir et s’exprimer par tropes, c’est-à-dire « employer les mots dans un sens différent de leur sens habituel » (Littré). Le terme de trope s’applique non seulement au langage mais aussi à la musique. Ors, les troubadours étaient à la fois poètes et musiciens.

En d’autres termes le troubadour n’est pas seulement quelqu’un qui invente. C’est aussi quelqu’un qui découvre, qui dévoile qu’à mots couverts. C’est à celui qui écoute qu’il appartient de trouver, sous son sens apparent, le sens caché de la chanson.

Les troubadours sont d’ailleurs les premiers à nous avertir que leurs œuvres sont à double sens. Trobar, nous disent-ils tous, c’est entrebescar les motz (enchevêtrer les mots).

L’un d’eux, Arnaud Daniel, se vante : « Sur cinq personnes, il n’y en a pas trois qui me comprennent. »

Un autre, Rimbaud d’Orange, déclare :

« Pour savant je tiens sans nul doute

Celui qui dans mon chant devine

Ce que signifie chaque mot. »

Si tout trobar est à double sens, il existe des degrés dans la difficulté. Les troubadours distinguent ainsi d’une part ce qu’ils appellent le trobar leu ou plan, celui dont le sens est relativement facile à deviner. Celui qu’ils appellent le trobar ric, abonde en symboles. Quant au trobar clus (littéralement le trobar clos, fermé), c’est celui dont la signification est, de par la volonté de l’auteur, la plus obscure, la plus énigmatique, la plus hermétique. Cependant tout trobars participe, à sa manière, au trobar clus.

Dans les textes se trouve plusieurs synonymes de trobar clus qui ne doivent pas prêter à confusion. Nous avons le trobar car (riche), le trobar prim (nouveau), le trobar sotil (subtil), le trobar cober (couvert) et le trobar escur (obscur).

 

Les troubadours chantent l’amour, mais pas n’importe quel amour ; ils chantent l’amour courtois, qu’ils appellent fin Amor.

Le fin Amor est très strictement codifié. Pour pouvoir approcher la Dame , le toubadour doit tout d’abord être

ENSENHAT. Dans la langue d’oc qui, je l’ai dit est très subtile, on appelle à la fois celui qui a de bonnes manières, celui qui a reçu un enseignement, celui qui porte une ensenha, c’est-à-dire un signe de reconnaissance et celui qui sait reconnaître un signe. Tout cela ne manque pas de donner une dimension assez peu usuelle à « l’enseignement ».

La Dame impose alors au troubadour une série d’épreuves (asags) qu’il doit subir l’une après l’autre avec succès. Il devient alors

FENHEDOR (celui qui fait semblant, puis :

PRECATOR (celui qui prie), puis :

ENTENDOR (celui qui comprend), et enfin :

DRUT (celui qui est agréé).

A la suite de quoi le troubadour agréé est soumis à de sévères obligations envers sa Dame ; tout d’abord, il est tenu au celar, c’est-à-dire au secret ; il est ensuite astreint au dommeil, c’est-à-dire à l’allégeance.

Sa passion poussée à son paroxysme peut mener le troubadour à désirer la mort per amor, la mort pas amour. Et cette passion dispense alors gautz e Jovens, c’est-à-dire joie et jouvence.

 

S’ils avaient vraiment voulu chanter des amours humaines, les troubadours n’auraient crée, avec tout cela, qu’une poésie tarabiscotée, absolument dépourvue de naturel et de sentiments. Si tant de leurs poèmes sont émouvants et beaux, c’est parce qu’on y devine le charme et la profondeur d’un sens caché dominant toute superficialité.

Le rituel du Fin Amor a toutes les caractéristiques initiatiques. Rien n’y manque ; ni l’enseignement préalable, ni les épreuves par degrés, ni le secret, ni le thème de la « mort symbolique » suivie d’une nouvelle naissance, de la nouvelle jeunesse qui fait de l’initié un autre homme.

Sous le voile d’une poésie amoureuse, la poésie troubadouresque est une poésie d’initié. Que dis-je, une poésie alchimique. Car ce n’est nullement par hasard que ses adeptes l’appelle la Gai Science car c’est beaucoup plus qu’un art, c’est un Art Royal, c’est une connaissance, c’est une gnose.

La dimension alchimique de la Gai Science des troubadours est aisément vérifiable. Il suffit d’ouvrir Les demeures philosophales  de l’alchimiste Fulcanelli pour en être convaincu :

 

« Les vieux maîtres, dans la rédaction de leurs traités, utilisèrent surtout la cabale hermétique, qu’ils appelaient encore langue des oiseaux, des dieux, gay science ou gai scavoir. De cette manière ils purent dérober au vulgaire les principes de leur science, en les enveloppant d’une couverture cabalistique. » (p159, édition de 1964)

 

Il ne faut pas confondre la cabale des alchimistes avec la kabbale hébraïque. La cabale des alchimistes est pétrie essentiellement de jeux de mots comme le trobar clus des troubadours.

La concordance prend une autre di mension quant on découvre que le trobar ric des troubadours (variante du trobar clus) s’appelle cabalou. Ainsi nous voyons se profiler un si fort parallélisme entre l’art des troubadours et l’art d’Hermès que nous pouvons dire qu’ils ne font qu’une seule science, qu’un seul savoir. L’alchimie ne s’appelle-t-elle pas Art de musique et Art d’Amour ? Cela donne du relief à la remarque de Guiraud Riquet précédemment cité :

 

« Les troubadours sont des hommes doués par Dieu d’un grand savoir, fait pour éclairer l’univers, aussi estimables par leur conduite que par leur science. »

La science des troubadours est donc l’alchimie. Mais, qui est la dame qu’ils courtisent ?

Le troubadour Guiraud de Borneil la qualifie de «  Vrai lumière » ; le troubadour Guillaume de Poitier nous dit « Par elle seule je serai sauvé. » Le troubadour Uc de Saint Circq l’invoque en ces termes : « Prenez ma vie, Dame de dure merci, pourvu que par vous au ciel j’arrive. » C’est donc une Dame symbolique.

C’est de surcroit une dame secrète. En effet les troubadours ne désignent leur Dame par son vrai nom mais seulement par un nom convenu (le senhal) : l’un l’appelle Béatrix, l’autre Aimant, et un autre Consolation…

Tout ces phrases des troubadour essayant de définir, ou de la  nommer leur Dame, est en rapport étroit avec l’alchimie.

Ainsi peut-on lire à la page 339 du livre Alchimie de l’alchimiste Eugène Canseliet :

« Celui-là même qui n’a pas expérimenté au foyer, fut-il le plus subtil théoricien, demeure à mille lieues  de s’imaginer combien devient intime la communion de l’artiste avec sa matière – la Dame de ses pensées – ni quelles révélations elle peut lui faire … »

Quant au nom d’Aimant donné à la dame il traduit la loi physique transcendante (le mot n’est pas trop fort) de l’alchimie traditionnelle comme l’exprime Fulcanelli à la page 118 du Mystère des Cathédrales :

« La racine de nos corps est en l’air, disent les sages, et leur chef en terre. C’est là cet aimant enfermé au ventre d’Ariès, qu’il faut prendre au moment de sa naissance, avec autant d’adresse que d’habileté. »

Ici le ventre d’Ariès est le giron du signe zodiacal du bélier. Donc l’opération se déroule au cœur du printemps. La « racine » de l’aimant est en l’air et dans l’air. Et cette « racine » (nom donné à la Vierge dans les litanies de l’Eglise) est imperceptible. C’est la Dame des troubadours, invisible, insaisissable mais qu’il faut longuement courtiser. Elle est la clé de la réussite alchimique.

« Dans 700 ans le rameaux refleurira » dit un auteur… Nous somme parvenus à ce moment de la résurrection. Mais ce moment s’il est propice à la renaissance de la langue d’oc l’est beaucoup moins pour courtiser la Dame céleste. Puisse les mânes de nos troubadour endormis s’éveiller pour nous instiller un nouvel hélant, une nouvelle jeunesse.

Le nom de pays de cocagne provient du pastel. Le pastel (Isatis Tinctoria) est une plante crucifère (fleurs à 4 pétale, en croix d’où le nom) bisannuelle, dont les feuilles donnent un bleu exceptionnel. Ecrasées elles produisaient une pulpe verdâtre avec laquelle, on  confectionnait les cocagnes (pelotes rondes formant une coque, d’où le nom) Le pastel donnait du bleu à toute l’Europe et était très prisé par l’Orient. Le midi était riche par les retombées économique. L’exportation vers les pays du Nord, forgea la légende du « Pays de Cocagne »… Et éveilla la jalousie des « nordistes »!

 Suite à :  LES TROUBADOURS ET LE GRAAL

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commentaires

wolfwhite 28/01/2012 23:21

votre article sur les troubadours est plus qu'interessant ....merci beaucoup....

wolfwhite

Hermophyle 29/01/2012 00:29



Il y a énormémént de choses à découvrie sur les troubadours qui étaient finalament un ordre initiatique de haut niveau. Car l'alchimie s'appellait art de musique.



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  • : Alchimie, cabale
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