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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 19:07

260px-The Le fuite en Egypt-1500 Vittore Carpaccio

Je ne voulais pas achever l’année 2012, en ce jour du 21 décembre supposé de la fin du monde (en espérant qu’il sera le début d’un autre monde différent de celui de notre « déshumanité ») sans parler de ce solstice d‘hiver qui se confond avec Noël.

Noël, jour de la naissance du Christ . Si nous allons en Palestine, le froid pendant la nuit est vif. Les étoiles scintillent et le monde entier sent confusément qu’en cette nuit quelque chose, quelque chose de grand, quelque chose de mystérieux va se passer…

Il y a deux mille ans, un petit d’homme naissait et sa mère le déposait dans la crèche toute proche… Quelle étrange histoire… Oui, quelle étrange histoire…

Marie, nous est-il dit, était sur le point d’accoucher. Joseph marchait à côté d’elle et, la nuit venue, ils ne trouvèrent point de place à l’auberge.

Mais voici que les douleurs de l’enfantement commencent – et comme personne ne leur cédait de lit – , Marie accouche et place son premier né dans la crèche…

Soyons attentifs à cette histoire et réfléchissons un instant sur cette phrase : « Ils ne trouvèrent point de place à l’auberge… » Quel est l’homme au monde, fut-il le plus fruste, qui ne céderait son lit à une femme en couche ? Mieux : nous sommes en Orient, où la loi de l’hospitalité est la première des obligations. Non, il n’est pas possible que tous ces hommes, toutes ces femmes aient été si endurcis ; il y a là, assurément un sens cahé qu’il faut découvrir.

Aucun texte ne  précise que Marie se réfugie dans une étable : elle accouche et place l’enfant dans une crèche, car il n’y avait pas de place à l’auberge, comme le dit simplement l’évangile de Luc (II,7). Les autres évangiles ne sont pas plus explicites.

Comment résoudre cette énigme ?

Pour y parvenir demandons-nous qui est Marie ? Quelle est donc cette femme extraordinaire qui va accoucher sans avoir conçu autrement que de l’Esprit ? Aucun texte mieux que les versets 1 et 2 du chapitre XII de l’Apocalypse ne l’explique plus clairement. En voici la traduction littérale, issue du texte grec (il est dommage que je n’ai la traduction d’André Chouraqui) dont on sait que les adaptations des différentes Bibles actuelles ne sont bien souvent que des arrangements, surtout dans les commentaires,  pour accréditer des idées préconçues et dont la TOB est un chef-d’œuvre d’infidélité que j’ai flanqué à la poubelle.

Au-delà des contresens des traducteurs de la vulgate (Bible expurgée par st Jérôme sous les ordres du Pape Damase au IVe siècle1) voici le passage qui nous intéresse :

« Il parut un grand signe dans le ciel ; une femme enceinte du soleil, avec la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle était grosse et elle criait, étant en travail, et souffrant les douleurs de l’enfantement. »

De nombreux sculpteurs du Moyen Age, de nombreux maîtres verriers nous ont montré la Vierge Marie debout sur le croissant de lune. Qu’est-ce à dire ? Cette femme, enceinte du soleil (et non recouverte ou revêtue, ou encore enveloppée2 du soleil comme le dit pudiquement mais faussement le texte latin, provoquant ainsi un contresens regrettable dans toutes les bibles qu’elles soient Catholiques ou Protestantes). Je dois souligner trois fois que cette femme est qualifiée de « signe dans le ciel ».

Que se passe-t-il, dans le ciel, la nuit de Noël ?

Le soleil se trouve, à ce moment-là dans le signe du Capricorne. Mais à minuit dans la nuit de Noël, le ciel étoilé nous montre le signe opposé, soit celui du Cancer, qui culmine au firmament, accompagné du signe du Lion et du signe de la Vierge.

Ces trois signes vont donner la clé de l’énigme de cette nuit sacrée.

Dans le signe de la vierge brille la constellation du bouvier. C’est donc, près de la Vierge, le bœuf de la nativité, que conduit son maître dont je reparlerais bientôt.

Le signe voisin est le signe du Lion, dont nous savons qu’il représente Judas. (Non pas Judas, le disciple qui trahit Jésus, mais Juda, fil de Jacob, fondateur de la tribu de Judas, d’où est issu Joseph, père de Jésus, ainsi que le dit l’évangile de Matthieu. Le livre de la Genèse dit : Judas est un jeune lion… S’il se couche, qui le fera lever ? 3(Genèse, XLIX,9-10)

Notons ? car cela est important, que l’Eglise primitive a placé dans le signe du Lion, de façon significative, les fêtes la Vierge (15 août) de Joachim (16 août), son père et de Anne (26 juillet) sa mère.

Voici donc Juda, le jeune lion, c’est-à-dire Joseph, à côté de la Vierge Marie et du bœuf de la Nativité. Mais la crèche, et l’âne ?

L’âne s’y trouve également. Il y en a même deux, car l’un portera la Vierge et l’enfant, lors de la fuite en Égypte, l’autre portera le maître triomphant, montant vers Jérusalem, en prélude au dernier acte de son passage sur terre.

Dans le signe du Cancer se trouve l'amas stellaire NGC 2632 (1000 étoiles) des ânes, dont deux étoiles, Gamma et Delta sont, précisément, les deux ânes, l'un est dit l'âne boréal, l'autre est l'âne austral.

Ces observations permettent de saisir le sens sibyllin du veset de l’évangile de Luc (XIX, 30) : « Vous trouverez un ânon attaché que personne n’a jamais monté. ». Il est bien attaché, en effet, et ne risque pas de quitter sa constellation ; et personne ne l’a jamais monté, et pour cause…

C’est encore cette constellation des ânes qui va nous livrer l’ultime secret de la Nativité. Elle s’appelait, chez les anciens Grecs : Phatnè et en latin Praesepe qui signifie précisément la crèche.

Ainsi sont réunis, dans les trois signes qui brillent dans la nuit de Noël, tous les éléments de la nativité ; la Vierge céleste avec Joseph à son côté, le bœuf et l’âne et enfin, pièce maîtresse culminant au firmament, la crèche, ou seras déposé, à minuit, Jésus, le jeune Homme-Dieu solaire, au milieu de a paille qui, dans nos crèches actuelle, figure, déjà, les faibles rayons du soleil renaissant.

La lune étant maîtresse du signe astrologique du Cancer, où se trouve la crèche, la Vierge est bien, à ce moment, comme le dit l’Apocalypse, « debout sur le croissant de lune et ayant autour de la tête la couronne d’étoiles. » ou les douze signes zodiacaux.

Oui, le mystère de la Nativité est un mystère à dimension cosmique dans tous les sens du terme. On ne saurait le voir avec une mentalité terre à terre, mais il faut le lire dans le ciel.

Ce n’est pas pour rien que le Père Noël (ce messager de Dieu ou « mercure ») de nos enfants, précisément… descend du ciel le jour  où le soleil renaît, rapportant  dans sa hotte inépuisable tous les bienfaits que la nature, grâce au soleil, va répandre en cadeaux sur la terre – tous les bienfaits que le Père, grâce au fils, va répandre, par sa grâce, dans le cœur des hommes…

Sous le drame humain de la naissance de l’Homme-Dieu, se cache un enseignement hautement ésotérique ayant, à l’instar de l’alchimie, une portée cosmique.

Dans le ciel est la fécondation de la matière, ou mère, par la lumière solaire… réfléchie par la lune.

Il est une anomalie significative dans cette crèche céleste, c'est que le Bouvier est dans la crèche, pas le boeuf. Remarquons que les boeufs sont l'axe du monde puisque le nom de septention (septentrionne) signifie sept boeufs désignant les sept étoile de la petite ourse proche du Bouvier. Le boeuf est donc lié autant à la crèche qu'à l'axe du monde. 

Que signifie ce bouvier ? Nous allons voir que l''empereur Frédérik III de Habsbourg (1415-1493) ne l'ignorait pas et voulu s'en servir, d'une manière quelque peu répréhensible, à ses propres fins.

Le bouvier de la crèche méridionale chantait une sorte d'hymne national prophétique profondément attaché au Languedoc.

Il répétait inlassablement le chant des labours, et cela depuis la nuit des temps non pas pour remplacer un baladeur, mais pour accompagner les bœufs dans leurs efforts, pour leur « parler ». George Sand  sut très bien comprendre « ce chant dont l’origine fut peut–être considérée comme sacrée et auquel de mystérieuses influences ont dû être attribuées jadis » (La petite fadette). Il chantait comme un coq en répétant, en apparence, la même chose. Le bouvier du golfe du Lion Répétait donc inlassablement les voyelles comme refrain :

« Quant le bouyé ben de laura

Planto soun agulhoado

A, E, I, O, U,

Planto soun agulhado.

Trobo sa henno al pé del foc

Triste, descounsoulado

A, E, I, O, U… (la suite de la chanson est pourvue de six refrains de voyelles supplémentaires.)

Les musicologues sont d’accord sur l’antiquité de cette mélodie parsemée d’archaïsmes. Certaines tournures permettent de la dater du XIIIe siècle. Cette chanson était aussi chantée par les pèlerins occitans du Moyen Age se rendant à Compostelle.

Outre la dimension cabalistique, dont Artur Rimbaud a su traduire bien des aspects, cette suite des voyelles revient donc comme un leitmotiv.

La question est pourquoi, que signifient exactement ces cinq lettres, sorte de quintessence, si nécessaires à notre langage?

  A.E.I.O.U. ou AEIOU est le monogramme de la devise utilisée par les empereurs de la famille des Habsbourg. L'empereur Frédéric III, qui était amateur de formules ésotériques, et avait l'habitude de signer de ce monogramme sa vaisselle de table, ses armoiries et ses châteaux. Frédéric III n'a pas donné la signification de cet acrostiche, mais peu de temps avant sa mort, il aurait affirmé (rien n'est moins certain) qu'il signifie :  Alles Erdreich Ist Oesterreich Untertan ou Toute la terre est sujette à l'Autriche. Cependant, face au mystère de l'origine de ces lettres, d’autres interprétations ont été avancées à partir de phrases latines:

Austria est imperio optime unita (L'Autriche est l'empire le plus uni).

Austria erit in orbe ultima (L'Autriche sera l'ultime nation du monde).

Austriae Est Imperare Orbi Universo (La destinée de l'Autriche est de diriger le monde entier)

En réalité Frédéric III a recopié cette dernière devise de la chanson du bouvier occitan en ajoutant seulement deux lettres au terme « Austri » qu’il a transformé en « Austriae » puisé dans la formule méridionale :

Austri Est Imperare Orbi Universo.

Ce qui signifie :

Il appartient au Midi de gouverner le monde…

N’oublions pas que les comtes de Toulouse s’appelaient tous Raymond… Roi du monde ! Et les femmes de l'aristocratie se prénommaient Esclarmonde, ce qui signifie lumière du monde...

Mais de quel règne du Midi s’agit-il ? Peut-être est-ce le rameau, chanté par le cathare Marty, prophétisant, le 16 mars 1244 en montant sur le bûcher de Montégur:

"Les lauriers refleuriront sur les cendres des martyrs, passé la cap des sept cents ans."

Dans le mot laurier on peut lire que "l'or y est". Il ne saurait s’agir que d’une voie précieuse, d'une voie d'or, ou encore d'une via nova (route nouvelle) débarrassée de ses fleurs du mal. Donc d'une religion régénérée.

 

Dans la confiance en l’avenir, levons nos yeux vers la voûte étoilée et regardons la crèche scintillante avec un cœur d’enfant.

Je vous souhaite à toutes et à tous et surtout à tous les marmots en fête de la terre un joyeux Noël. Avec mon amitié chaleureuse !

 

 

1De ce fait certaines Bibles comme la biblia sacra de 1580, comptent plusieurs LIVRES en plus que les bibles actuelles, comme si après la purge qui donna la vulgate cette même vulgate fut encore expurgée..

2Ce qui enveloppe ou entoure une ville est une enceinte.

3Allusion astronomique très nette : quand le signe du Lion disparaît, qui pourra le faire lever… ?

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commentaires

Beatrice MONTEGUT 22/12/2012 22:50

Merci pour ce beau conte de Noel, voilà que cela me réconcilie avec cette célébration qui a été vidée de tout sens (le seul que je retenais était, de par mon attrait pour nos racines Celtes, fêter
le solstice)

Hermophyle 23/12/2012 07:37



Bonjour Béatrice,


Oui la célébration a été vidée de tous sens par les Eglises de CROYANTS, mais l'Eglise de CONNAISSANCE, c'est autre chose, elle est en communion avec nos racine initiatiques qu'elles soient
celtiques ou grecques.


Joyeuses fêtes de Noel !    



juan 21/12/2012 22:39

Bonjour MonSieur, merci pour vos textes qui cherchent à esquisser du SENS et éclairer ... la grisaille de nouvelles pistes de couleurs... Et tant PIS (de vache sacrée) pour les errances
d'orthografies : C'était évidemment d'une HOTTE dont il s'agissait! Je suis tellement attaché à ma TOB, ses commentaires m'ont tellement éclairé, j'ai aussi côtoyé Karl-A. Keller, grand Connaisseur
de La Mystique et co-rédacteur de ce bijou qui reste pour moi la Traduction Oeucuménique de la Bible pour ne pas être touché par votre geste. Sans rancune cependant...

Hermophyle 22/12/2012 10:54



Bonjour cher Monsieur, s'il est vrai que je n'aime pas la bible TOB, Je l'apelle la Traitrise Oecuménique de la Bible... comme toutes traductions est plus ou moins une traitrise ! je ne saurait
accuser qui que ce soit, et surtout pas ceux qui l'on ellaborée qui ne font qu'obéhir, comme st Jérome obéhit au pape Damase pour expurger la bible et en faire la Vulgate. Dans la rédaction de la
TOB Le travail est monumental, j'en convient, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Et c'est très bien que vous ayez apprécie cette traduction. Oui j'ai une mauvaise orthographe, je ne m'en
vente pas mais les choses sont ainsi. En toute amitié et fraternité chrétienne.



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