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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 10:28

 

© 2009 pour tout le blog.

 

Vous avez dû remarquer que parfois je suis mal embouché. Je dois dire pour ma défense face aux gens biens (si j’ai une défense à assumer vis-à-vis de quelqu’un ou de quelque chose qui m’accuse) que dans ce blog je suis dans mon espace de liberté et donc je donne libre cours à mes humeurs du moment. Je suis ici chez moi et donc je vous reçois en toute simplicité parfois en pyjama. Quand vous me lisez, vous êtes immédiatement mon ami. Pourriez-vous me reprocher ça, cette familiarité bon enfant qui vous rend complices de mes envolées lyriques ou les fausses notes ne manquent pas ?

 

Par ailleurs, et je suis sûr que vous l’avez toutes et tous compris, mes articles sont ce qu’ils sont, c'est-à-dire relatifs. Ils traduisent mon opinion du moment liée à ma compréhension du moment. Loin de moi le désir de vous les asséner comme une inaltérable vérité. En me lisant vous suivez mon chemin à la recherche d’une fenêtre sur moi-même et l’univers. Ne soyez donc pas bouleversé si mes concepts ne correspondent pas aux vôtres. Tout ça est relatif, soyez en convaincu et restons bons amis au lieu de traiter de stupide ce que j’écris. Vous avez peut-être raison et je sais depuis longtemps que je suis stupide en plus de mal embouché. Je pense cela très réellement. Comprenez-vous pourquoi je suis un inadapté au milieu de mes frères humains qui s’entourent de titres ronflants et de prétentions méritées !

 

Quant à ceux que je vise parfois pour secouer les puces, jamais je n’ai l’intention de leur envoyer une flèche empoisonnée. Cette manière de procéder n’est pas dans mon tempérament et sincèrement je m’excuse auprès de ceux qui saignent. Ma manière de vivre est là, libre sans agresser mais sans trahir la vérité. C’est une acrobatie difficile comme ceux qui ont le derrière sur deux chaises. J’aurais pu dire la phrase qui précède plus élégamment, mais j’aime choquer un peu les gens bien éduqués tout en leur conservant une réelle amitié, un amour même. Quel bonheur de les charrier !

 

Mon meilleur ami était un aristocrate de haute lignée dont le cousinage avec le roi du Portugal et de France était incontestable. Le blason de sa mère, analogue à celui de Paris, figurait et figure encore, sur la coupole du parlement de Toulouse. Haut en couleur nous nous entendions à merveille. Un jour en sa gentilhommière il reçut un membre très aristo de sa famille dont le verbe affecté faisait naître chez mon complice un petit sourire moqueur, signe précurseur d’un se ses coups d’éclat qui firent de lui un être infréquentable par la haute société au sang bleue. La conversation vint sur les princes de l’Église, puis sur les évêques. C’est alors que son parent imbu de ses titres lui dit avec un sérieux admirable « cher comte, que pensez-vous de votre évêque ? ». Je sentis dans l’air comme un souffle de bonheur. Face à moi l’œil de mon ami brillait espiègle. Je m’enfonçais instinctivement dans mon grand fauteuil empire en prévision d’un coup de rapière ravageur. La bouche pincée il répondit guindé, le visage haut faussement énigmatique : « Notre évêque est en effet très particulier. » La mine interrogative de son interlocuteur montrait son désir d’en savoir d’avantage, alors qu’il tombait dans un piège grossier. Il insista manifestement très captivé, montrant par là que le poisson était ferré : « Vous avez donc une opinion précise sur ce saint homme ? pourriez-vous me le définir ?» À ce moment la joie de mon ami rayonnait quand il répondit avec emphase : « Oui, je puis vous le définir fidèlement en peu de mots ! » son œil ne me quittait pas et mon malaise grandissait tellement que j’étais sur le point de prendre congé. J’esquissais un geste pour me lever quand il fit un signe discret de la main me demandant de rester pour assister à l’épilogue sanglant pour la haute société. « Cher baron, je puis vous dire que mon évêque est, comme beaucoup de braves évêques, n’en doutez surtout pas, de la vraie chiasse en bas de soie (sic) ».

 

Vous voyez, j’ai été à la bonne école chez un véritable aristocrate… comme je les aime évidemment ! Et croyez-moi si vous le voulez, avec lui nous parlions abondamment d’alchimie et de réalisation spirituelle en des domaines non disciplinés par les lois de ceux qui veulent tout régenter.

 

 

À Narbonne, dans l’Aude, quand j’usais mes fonds de culottes sur les bancs de l’école communale Montmorency, j’étais là en qualité de cancre et de lanterne rouge de ma classe. En ce lieu de supplice pour mon besoin de liberté, je me souviens que mon institutrice de CM1 a un jour défini l’alchimie avec un mépris qui a fait sursauter mon âme d’enfant et l’a marquée à jamais. Plus d’un demi-siècle plus tard cette définition est restée gravée dans ma mémoire au milieu des cadavres de règles d’orthographe défuntes depuis des lustres. Elle a dit avec mépris : « C’est l’art, pratiqué par des rêveurs, voulant fabriquer une pierre capable de transmuter les métaux en argent ou en or. » Allez savoir pourquoi cette phrase m’est restée alors que tout le reste s’est évaporé ?

 

Bien plus tard j’ai pu lire que l’alchimie est une pseudoscience du Moyen Age, plus exactement une science occulte chimérique. Disons le tout net, c’est un piège à c… ou plus poliment à fous, à cupides et à insensés. Son royaume est celui des dupes et des crédules.

La seule chose positive à son actif est sa qualité d’ancêtre de la chimie. Les chercheurs hallucinés ou détraqués découvrirent, en maniant au hasard leur verrerie, des substances chimiques seuls résultats tangibles de leurs folles prétentions. Avouez que ce n’est pas glorieux pour l’auréole de nos fondateurs des sciences de la matière !

 

En résumé, l'un des objectifs de l'alchimie est le grand œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux, notamment des métaux "vils", comme le plomb ou le mercure, en métaux nobles, l'argent, l'or.

Un autre objectif est la recherche de la panacée (médecine universelle) et la prolongation de la vie avec un élixir de longue vie.

 

Pour revenir à mon institutrice abhorrée, monument légendaire de sévérité, je suis surpris aujourd’hui de sa connaissance d’une pierre capable de transmuter. Cela laisse supposer que sa culture en la matière était loin d’être superficielle. Son développement du sens de l’alchimie a du être plus important que m’a mémoire réticente à sa pédagogie violente et catastrophique, a bien voulu me restituer.

 

Sens du terme alchimie.

 

Peut-on définir l’alchimie en peu de mots ? L’étymologie permet d’en esquisser un contour très général. C’est déjà une approche globale même si la signification de ce terme est entaché d’incertitudes. Ce nom provient de l’Arabe, ce qui n’est pas surprenant puisque les musulmans furent les vecteurs de cette connaissance issue de l’Égypte hellénisée. El-kimya signifiait donc la chimie, puisque el est l’article. Le mot « chimie » n’est pas d’origine arabe, mais est issu de l’égyptien Kam-it ou kam-it qui signifie « noir ». Ce qualificatif était le nom de l’Égypte dont la terre devenait noire par les alluvions du Nil. Ce nom apporte donc d’utiles renseignements quant à l’origine de cet art sacré.

 

Ajoutons enfin que par un jeu phonétique les alchimistes disent que l’alchimie est la chimie de Al ou chimie de Dieu. Al étant pris ici dans le sens d’Aloim ou Eloim, puisque les voyelle sont permutantes. Ce sens a la particularité d’attacher une dimension spirituelle à l’alchimie, sens trop souvent oublié de nos jours ou le laboratoire est mis trop souvent en exergue, alors que sa pratique unilatérale conduit inexorablement à l’échec par manque de maturité et de pertinence spirituelle. Car la spiritualité est aussi une « technique » dont il est nécessaire de ne pas négliger la dimension qui n’a rien de commun avec des discours confiturés comme l’a mis à la mode le culte du sacré cœur de Jésus.

La spiritualité est inséparable de l’exploration de la partie invisible de l’univers dont il convient de découvrir non seulement l’organisation, mais aussi notre place. C’est l’indispensable complémentarité de l’alchimie au laboratoire qui œuvre sur l’univers visible. Œuvrer la matière sans dimension spirituelle c’est œuvrer en aveugle à l’instar des souffleur qui ignorent ce qu’il faut faire au laboratoire. Quand on ignore l’oratoire on est aussi un souffleur !

 

La philosophie hermétique.

 

L’alchimie étonne la philosophie, car – comme je viens de le dire, – l’objet de la recherche des alchimistes s’appelle pierre philosophale. Certes, cet adjectif indique qu’il ne s’agit pas du domaine de la philosophie, mais d’une très ancienne tradition qui appelle philosophes, philosophes par le feu les alchimistes. Quant à l’enseignement il se nome philosophie. Le célèbre livre du moyen age La tourbe des philosophes en est un témoignage ainsi que Le livre de la philosophie naturelle des métaux (1567) de Bernard le Trévisan et Les douzes clefs de la philosophie (1624) de Basile Valentin et aussi, plus près de nous, Les clefs de la philosophie spagyrique (1722) de Le Breton.

 

Le fameux Vocabulaire technique et critique de la philosophie d’André Lalande n’élude pas le fait (depuis la première édition de 1902 à 1903) dans son article philosophie où il signale à la page 773 de la dixième édition de 1968 (Presses Universitaires de France) :

 

[ Au Moyen âge, les alchimistes. « Le sel, le soufre et le mercure des philosophes… » De là, les expressions « pierre philosophale », « Lampe philosophique », etc. ]

 

 

Je rappelle qu’il y a, en alchimie, quatre appellations sous le vocable de philosophie : Philosophe, philosophal et philosophique qui constituent une sorte de progression marquant les principales étapes de l’évolution de la matière dans l’athanor. Quant au terme philosophale il s’applique seulement à la pierre réalisée.

Le mot philosophe, comme pierre des philosophes, caractérise les substances brutes issues du minerai et non œuvrées. Il caractérise aussi les substances issues du premier œuvre ou séparation.

Le terme philosophal est intermédiaire entre philosophe et philosophique.

L’expression philosophique caractérise essentiellement le sel préparé selon les procédés chimiques, d’où l’appellation sel philosophique (dans un premier temps) et les substances du second-œuvre dans l’opération de solve (dissolution) ou se forme le rebis, ou matière double ignée. Cette matière à double complexion n’étant pas parvenue à maturité prendra le nom de soufre philosophique. Quant au soufre des philosophes il qualifie la matière sulfureuse séparée du mercure et du sel dans la première partie du Grand Œuvre.

Le soufre philosophique est capital en alchimie car parvenu à maturation il prend le nom de pierre philosophale. Soulignons ici que le sel philosophique s’intègre harmonieusement au soufre philosophique et accompagne sa maturation.

L’importance capitale de ce corps double, appelé aussi rebis, ou androgyne, et telle que les alchimistes des siècles passés lui avaient consacré un symbole à doubles significations. La première désigne le tartre des tonneaux (lie de vin solidifiée) d’où peut s’extraire aisément le carbonate nécessaires à la fabrication du sel philosophique. La seconde est celle du soufre philosophique lui-même à triple constitution. D’où, dans la nomenclature des anciens chimistes, le symbole formé d’un triangle avec trois tiges lancéolées partant du milieu de sa base. Nous laissons la parole à Eugène Canseliet en son ouvrage l’alchimie expliquée sur ses textes classiques :

 

« Le fils de science notera que le triangle et ses trois tiges lancéolées, qui expriment la lie de vin solidifiée, désignent également le soufre philosophique. » p 169.

 

Spécifions ici que le sel des alchimistes n’est pas le chlorure de sodium de notre salière, mais une substance ionique double qui lui est analogue par deux points : la couleur blanche et la cristallisation. Dans le Grand Œuvre cette substance est utilisé durant la cuisson de la même manière que le sel de cuisine, c'est-à-dire à petite dose raisonnable. En cuisine comme en alchimie un excès rend impropre à la consommation le résultat final. Dans les deux cas les substances trop salées rejoignent la poubelle.

Signalons en outre les mois philosophiques qui caractérisent la durée symbolique des philosophes œuvrant dans le cadre du Grand Œuvre pour fabriquer le pierre philosophale (28 mois).

 

Il importe de souligner ici un fait capital. Si André Lalande, signale, dans son vocabulaire, le sens alchimique de philosophie, il renvoie tout de même à un « savoir rationnel, science, au sens le plus général du mot. ».

Donc, il ne dit pas pourquoi le terme philosophal s’est différentié de philosophique, ni ce qui justifie que l’alchimie soit considérée, comme philosophie en qualité de savoir rationnel.

 

N’oublions pas que ce vocabulaire volumineux qui fait encore autorité en la matière, fut rédigé dès les premières années du XXe siècle. La première édition a plus d’un siècle, ce qui signifie que l’auteur est issu d’une époque a la mentalité différente de la nôtre où l’intuition jouait, malgré l’apparente rationalité, un rôle non négligeable. Le testament spirituel de Bergson (1859-1941) en est un bel exemple quant il disait : « L’univers est une machine à fabriquer des dieux. » Les dieux meurent. Où sont donc leurs couronnes ? Telle est la question à laquelle l’alchimie répond…

Le terme philosophie a donc deux faces. L’une est rationnelle véhiculée par la philosophie « académique ». L’autre plonge dans le sur rationnelle attaché au sens alchimique.

 

Bernard Joly en son beau livre Rationalité de l’alchimie au XVIIe siècle, (Éditions Librairie philosophique J. Vrin, Paris 1992) ne manque pas de relever cette opposition dès la deuxième page de l’introduction :

 

« Prendre au sérieux la solidarité que les mots ont imposé entre la philosophie et l’alchimie, voila la tache que nous nous sommes fixée.

Cela ne va pas, bien sur, sans difficulté, tant est enraciné dans nos mentalités contemporaines l’opposition entre la rationalité du discours philosophique, rationalité qui constitue son essence même, et l’irrationnel des entreprises alchimiques. D’un côté, le travail rigoureux du concept et l’usage prudent et réfléchi des catégories logiques de la pensée ; de l’autre, le déploiement de la rêverie et de l’imaginaire, porté par le jeu des symboles et des analogies. »

 

La philosophie alchimique apparaît comme irrationnelle alors qu’en réalité elle est surrationnelle. Cette méprise est pardonnable puisque le rationnel est incapable de saisir ce qui le dépasse, comme une intuition juste ou une synchronicité.

Dans ces remarques nous avons l’exemple d’une ignorance entretenue par les mandarins depuis la condamnation sans appel, durant les années 80, de la dimension holoscopique de l’homme, notamment son espace psychique, et celui de l’univers.

 

Si Bernard Joly avait été informé des découvertes des neurosciences il aurait proposé une réponse satisfaisante et constructive à ces oppositions dans le concept de philosophie. En effet, la cohabitation dans notre psychisme d’une dimension rationnelle et d’une autre surrationnelle, confondue, comme je viens de le spécifier, avec l’irrationnel, est tout à fait normale.

En d’autres termes la philosophie est autant celle des philosophes rationalistes que celle des alchimistes. C’est l’union des deux qui est la philosophie. Telle est la raison pour laquelle André Lalande manifeste une contradiction qu’il ne parvient pas à résoudre et que seule les neurosciences expliquent.

Je ne saurais exposer ici un long développement sur la physiologie du système nerveux central sans prendre le risque d’endormir la galerie. Aussi, comme je l’ai déjà fait, je vais vulgariser et résumer avec le risque que cela comporte de laisser supposer des faits simplistes qui n’existent pas.

Nous savons depuis les années 70 que nos deux encéphales cérébraux n’ont pas les mêmes rôles, ils ne fonctionnent pas de la même manière.  Ainsi quand nous dessinons un objet, l’encéphale gauche traduit les détails et le droit les formes générales, la globalité. La particularité de l’encéphale droit est sa capacité de réaliser des extractions d’invariantes, en d’autres termes de « voir » de l’ordre là ou pour notre cerveau rationnel il n’y en a pas. Les hémisphères cérébraux fonctionnent naturellement par le croisement de ces deux capacités que les biologistes appellent logique cruciforme.

Il est bien évident que l’hypertrophie du rationnel ou celle du sur rationnel forment des êtres déséquilibrés, des sous-hommes manipulables ! Un intellectuel spéculateur est un inadapté, ce qui fait des exposés maçonniques ou « planches » des procédés de « contre initiation ». Le déséquilibre est aussi présent chez le « non-penseur » qui ne peut vivre en permanence dans le sur rationnel sans prendre le risque de se « déconnecter » de la société et surtout de se tromper.

Le milieu social actuel fabrique des sous-hommes en favorisant la dimension rationnelle au détriment de celle qui ne l’est pas.

Ceci pour dire que la philosophie alchimique est autant rationnelle que surrationnelle. Cet équilibre étant fondamental pour éveiller l’intuition et la compréhension de l’univers grâce à la cabale qui va au-delà des mots et se caractérise comme verbe de notre encéphale cérébral droit alors que le gauche a comme verbe la parole « académique ».

À partir de là on peut saisir pourquoi les alchimistes se disaient dépositaires de la science par excellence, contenant les principes de toutes les autres, expliquant la nature, l’origine et la raison d’être de tout ce qui existe y compris l’univers et sa destinée. C’est cette capacité qui fut gardée secrète et mise à l’actif du personnage réel ou imaginaire Hermès Trismégiste (le Thoth des Égyptiens).

Telle est la raison pour laquelle la philosophie des alchimistes s’appelle Philosophie hermétique.

 

L’alchimie théorique.

 

L’alchimie comporte une pratique au laboratoire, in vitro, qui doit être précédé d’une connaissance théorique du déroulement des opérations ou Grand Œuvre. Une partie de l’alchimie est donc une technique nécessitant non seulement de la dextérité, mais aussi une logique aussi rigoureuse que celle des scientifiques.

Contrairement à ce qu’affirment de nombreux auteurs, l’alchimiste n’est pas un théoricien. Son art ne repose pas sur des postulats. Dans son athanor il ne s’imagine pas que telle réaction est due à tel phénomène ou à tel autre. Il se limite a appliquer son protocole expérimental que lui a enseigné un maître. C’est pour cela qu’il est appelé le singe de la création, terme qui n’implique nullement la bêtise, mais l’art d’oublier ce que l’on sait, et d’apprendre à partir de ce que l’on observe. Donc ne pas attendre tel ou tel phénomène, surtout si l’on est chimiste.

La théorie ne s’élabore qu’après avoir avancé dans la pratique, mais surtout pas avant. Elle est le reflet, le miroir, de l’alchimiste, de ce qu’il a observé et compris, et non le résultat de ce que les autres on dit. Elle est donc en perpétuel changement et progresse en même temps que l’alchimiste et en fonction de lui-même. Étant individuelle à un alchimiste, son alter ego en quelque sorte, elle ne peut donc faire l’objet d’un livre sans prendre le risque d’être toujours biaisée. Les livres sur les théories alchimiques doivent donc être lus avec beaucoup de circonspection…

En clair l’univers est immuable, mais l’alchimiste ne l’est pas et sa perception des théories universelle ne peut être complète et donc vraie que lors de sa réussite finale.

 

L’alchimie pratique.

 

L’alchimie pratique repose sur une série de manipulations ou Grand Œuvre appelé aussi Grand Opéra qui se réalise sur une paillasse de laboratoire ou à défaut dans une cuisine. Le but de ce travail est de fabriquer la pierre philosophale.

L’outillage est des plus rudimentaires : un fourneau, une bassine, un entonnoir, une cornue, deux ballons, des bouchons en caoutchouc ou en plastique, un mortier et son pilon, un filtre en tissu, une passoire non métallique. Les fours sont là par tromperie. Ils peuvent cependant servir à fabriquer la chaux en « cuisant » des coquillages. Un conseil, si vous désirez un four à chaux servez-vous d’un grand bidon enterré ou alors utilisez un four électrique.

Durant ces travaux l’adepte doit observer une succession de couleurs précises. Certaines sont intermédiaires et ne se manifestent pas longtemps. La première est la couleur noire, ensuite vient la blanche. Les dernières sont la jaune, l’orangé et la rouge. La couleur rouge caractérise la pierre philosophale qui peut également être jaune comme l’intérieur de la pierre. C’est d’ailleurs pour cela que la pierre philosophale est appelée œuf.

C’est durant l’œuvre au noir que l’alchimiste récolte la première médecine ou quintessence.

La pierre au blanc permet de transmuter les métaux en argent. La pierre rouge transmute en or. Les métaux transmutés sont laminés au marteau et plongés dans de l’alcool. Cette macération métallique transforme l’alcool en élixir de longue vie ou médecine universelle. Celle contenant l’argent est réservée aux femmes. Celle contenant l’or est réservée aux hommes.

Je n’ai abordé ici qu’une manière de procéder pour réaliser le Grand Œuvre qui s’appelle voie humide. Il existe d’autres voies dont la voie dite sèche car le sel est utilisé sous forme de cristaux. Nous avons aussi la voie brève ou sacerdotale, etc.

La première phase des travaux est appelée travaux d’Hercule. C’est une phase capitale qui donne une première maîtrise du Grand Œuvre. C’est la clé de l’alchimie impossible à réaliser sans l’acacia ou des végétaux similaires. Elle caractérisait, dans la Franc-Maçonnerie primitive l’accession à la maîtrise. Le récipiendaire pouvait dire en toute vérité : « l’acacia m’est connu. », ce qui n’est plus le cas de nos jours et rend caduque la maîtrise qui n’est plus une initiation. Q’Iram m’entende !

 

 

L’alchimie spirituelle.

 

Tout en ignorant ce qui précède les cénacles de francs-maçons ont décrété que l’alchimie était uniquement spirituelle. C’est comme si l’alchimie, règne de l’unité pouvait se décliner en tout domaines jusqu’à l’incohérence.

Les frères à trois points ont choisi la déclinaison spirituelle, condamnant l’alchimie pratique qui n’existe pour eux qu’en qualité d’occultisme de bas étages. Nous voilà donc embarqué dans la spéculation pure et simple ou la terminologie alchimique prend uniquement un sens figuré, ce qui donne du grain à moudre aux bavards de toute obédiences. Ainsi fabriquons-nous de l’or spirituel. Le but de l’alchimie devient l’épuration de l’âme et les métamorphoses de l’esprit pour parvenir à la pierre philosophale analogues à l’homme transformé, transmuté.

La question que je me suis posée en lisant ces spéculations alchimiques, qui pour moi sont non seulement fausses dans leurs affirmation, mais déroutantes dans leurs complexités : « Est-il nécessaire d’utiliser la terminologie alchimique pour baliser le progrès spirituel ? » Depuis longtemps j’ai répondu « non ! ». Et j’imagine que tout le monde peut parvenir à la même conclusion. Cela met en évidence que le symbolisme alchimique des Loges est utilisé dans un but qui n’est pas de l’ordre de la spiritualité. Son rôle est de rendre inoffensive l’alchimie véritable. L’intégrer en la déformant (l’Église à suivi une démarche analogue en christianisant dolmen et menhir) était le meilleur moyen de s’en débarrasser. Cela devenait d’autant plus urgent que le symbolisme des loges est basé sur l’alchimie et que la connaissance alchimique spirituelle et surtout celle du laboratoire des premiers temps est perdue… comme la Parole, dite perdue, qui est concomitante à l’alchimie et plus particulièrement à l’alchimie du verbe et de la linguistique ou langue des oiseaux ou encore langue verte. Cette philosophie est simple : spéculons et condamnons ce que nous ne comprenons plus !

Les convaincus de la dimension uniquement spirituelle de l’alchimie citent fréquemment comme preuve ce passage des Sept chapitres d’Hermès :

 

« L’Œuvre est avec vous et chez vous, de telle sorte que, le trouvant en vous-même, où il est continuellement, vous l’avez aussi toujours quelque part que vous soyez, sur terre et sur mer. »

 

Cette citation justificative de l’homme athanor, de l’homme creuset du Grand Œuvre spirituel ne tient pas debout quant on est un peu versé en alchimie. N’oublions pas que le but essentiel de la dimension matérielle de l’alchimie est l’étude de la vie assoupie sous l’épaisse écorce des choses. C’est la raison pour laquelle de nombreux alchimistes étaient médecins. Si l’alchimie est inséparable de la vie, elle est inséparable de tout être vivant, d’où cette phrase, car les phénomènes vitaux suivent des processus alchimiques naturels. L’alchimiste et médecin Anglais Robert Fludd (1574-1637) le précise d’ailleurs fort bien à la page 223-224 de son De mystica sanguinis anatimia (sec. I, part. III,  lib. I) :

 

« Le vrai alchimiste imite la nature. En commençant son œuvre, il réduit la matière en parcelles, il la broie et la pulvérise ; c’est la fonction des dents. La matière ainsi divisée, il l’introduit par le bec dans la cornue ; ce tuyau représente l’œsophage ; la poche de la cornue est la poche stomacale.

Ensuite il mouille la matière avant de la soumettre à l’action de la chaleur, comme le suc gastrique humecte les aliments ingérés dans l’estomac. Enfin il ferme exactement l’appareil (à ce moment la matière est dans un ballon) et l’entoure d’une chaleur humide égale et modérée en la plaçant dans un bain-marie et dans du fumier de cheval (comprenez : dans le sel liquide qui entoure le soufre philosophique et dans le soufre non amalgamé). C’est ainsi que l’estomac est naturellement entouré par le foie, la rate, les intestins qui le maintiennent à une température égale. L’opération alchimique est assimilée à la digestion ; les parties élaborées (chyle) sont mises à part et servent à alimenter le Grand Œuvre (il s’agit ici le la récupération des trois corps séparés) tandis que les matières excrémentielles (parties non récupérables que les alchimistes appellent fèces  – elles sentent comme les selles – et terrestreïtés) sont rejetées comme inutiles. »

 

Cette étude analogique de la voie humide montre à elle seule que tout individus porte le Grand Œuvre avec lui et en lui où qu’il se trouve. Les connaissances actuelles confirment cet aspect par le rôle essentiel du potassium intracellulaire à l’origine de la conduction de l’influx nerveux (potentiel d’action) et donc solidaire non seulement de nos battements cardiaques, mais aussi de nos mouvements et de nos pensées. Je rappelle que le potassium est un métal fondamental en alchimie par sa présence sous forme d’hydroxyle dont il assume le bon déroulement tout comme il assume dans notre organisme, sous forme ionique, l’équilibre hydrominéral et le potentiel électrochimique nécessaire au bon fonctionnement nerveux et cardiaque (balancement des ions).

Je n’insisterais pas sur le rôle des carbonates dans les échanges gazeux et les transports ioniques, ni sur celui des sulfamides. Ceci étant dit pour les intellos… que les autres ne s’affolent pas, ça ne sert à rien si ce n’est pour que je ne sois pas pris, par l’intelligentsia, pour un débile qui vous raconte n’importe quoi !

Durant les processus biochimiques les molécules se rangent en couches contenant celles qui sont identiques. C’est une analogie importante avec les surnagea qui séparent trois couches moléculaires dans l’œuvre au noir.

Il faut cesser de vouloir justifier une attitude qui n’a pas sa raison d’être. L’alchimie est une, autant pratique que spirituelle, et psychologique. René Alleau la définie comme mystique expérimentale dans son unité. De grâce,  cessons de la décliner dans des desideratas qui n’ont aucune raison d’être si ce n’est d’éluder notre incompréhension !

 

Le grand Art ou Art magna.

 

Le qualificatif d’art royal ou d’Art Magna (Grand Art) ne désigne pas une super alchimie ou une alchimie particulière. C’est l’alchimie tout simplement.

Face à ces multiples déclinaisons de la philosophie hermétique il m’arrive de m’imaginer que l’alchimie se découpe en rondelles comme un saucisson. Et je suis stupéfait de voir qu’est confondue une tranche avec le saucisson entier ! Face à la multiplication des fines sections, ne soyons pas surpris s’il est impossible de dépasser le stade apéro.

J’ai envi de tirer les oreilles de Serge Hutin (paix à son âme) quand, dans son livre l’Alchimie de la collection Que-sais-je ? il qualifie l’Art Magna de « conception grandiose de l’alchimie. » Et voilà qu’il cite, au débotté, André Savoret (il aurait pu citer Fulcanelli ou Canseliet) en son fascicule très instructif Qu’est-ce que l’alchimie, réédité à moult reprises et dans lequel cet excellent auteur ne dit pas qu’il parles d’alchimie « grandiose » mais d’alchimie tout simplement !

Déclarer que l’Art Magna ou Art royal est une alchimie particulière, alors que notre célèbre spécialiste de l’ésotérisme ne manifestait pas cette opinion quand nous cheminions ensemble pendant que je lui faisais découvrir, il y a quinze ans de cela, les secrets alchimiques de Montpellier… C’est surprenant, à moins que les exigences sorbonarde de la collection ait réclamées un chapitre de plus ! N’en doutez pas, je me perds en conjecture en découvrant un chapitre intitulé Alchimie mystique (encore une rondelle !), alors qu’il fallait parler de la mystique de l’alchimie une et indivisible.

 

André Savoret (1898-1977) donne donc une définition de l’alchimie qui dépasse amplement les bricoles au laboratoire :

 

« L’alchimie vraie, l’alchimie traditionnelle, est la connaissance des lois de la vie dans l’homme et dans la nature, et la reconstitution du processus par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute adamique, a perdu et peut recouvrer sa pureté, sa plénitude et ses prérogatives primordiales. »

 

Il ne s’agit pas là d’une suprême Grand Œuvre, œuvre mystique, voie de l’absolu ou encore œuvre du phénix permettant grâce à sa pratique le réintégration de l’homme dans sa dignité primordiale. Non et non ! il existe un Grand Œuvre tout court, indivisible inaliénable et unitaire dans sa démarche. Désolé d’en décevoir certains, le Grand Œuvre, même si c’est une cuisine, ne se pratique pas a la carte !

Si vous voulez bidouiller dans un coin de votre cuisine, si vous voulez spéculer à perte de vue sur les symboles alchimiques d’une Loge Maçonnique ou rosicrucienne, éclatez-vous ! Si vous souhaitez vous mettre en présence de Dieu, comme le disent les vieux missels, allez-y ça vous fera du bien ! Si vous voulez pratiquer l’alchimie, c’est autre chose, elle est tout ce qui précède avec un oratoire à portée de main.

L’expérimentateur influence toujours par sa seule présence les expériences qu’il réalise. Il faut donc œuvrer sur l’expérimentateur pour qu’il puisse œuvrer sur la matière.

L’univers a intégré l’homme en son sein, ce qui veut dire qu’il s’est adapté pour que l’homme puisse vivre et n’a pas mis du cyanure dans l’air alors qu’il le pouvait. Cette adaptation est le phénomène anthropique des physiciens.

Pour sortir de ce trou, un seul chemin : Suivre les lois immuables de l’univers même si elles sont a contrario des lois sociales. Si vous adoptez un dogme, une croyance c’est l’échec assuré… Chrétiens, Bouddhistes, Musulmans, devenez Chrétiens, Bouddhistes, Musulmans autrement. Seul l’Univers est dépositaire de la réalité et peut vous aider à monter sur l’échelle à neuf barreaux que tient l’alchimie sculptée a la porte de Notre Dame de Paris.

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commentaires

Filipe 17/12/2009 22:32


super, pouvez vous me donné des détailles par e-mail?


Filipe 15/12/2009 20:32


Bonjour à vous tous. Votre livre sur l'holoscopie a disparu du marché. Est il possible de l'envoyer au Portugal? Par curiosité, il y a t il d'autres personnes au portugal qui lisent votre blog?


Hermophyle 17/12/2009 08:30


Bonjour Filipe,
Je découvre à l'instant que ma réponse à votre dernier message a disparue.
Pour répondre à votre demande :" Y a-t-il une personne du portugal qui lit mon blog". Je ne puis le savoir car les échanges ne portent généralement pas sur le lieu ou réside les correspondants.
Je puis vous faire parvenir Holoscopie au Portugal. Cela dépend du moyen de règlement. Si vous disposez de chèque, c'est parfait.
Amitiés.
L. G.


g-mow 17/11/2009 20:32


Bonjour, je me permet ce commentaire car je ne trouve pas vôtre livre " Holoscopie De La Spiritualité Occidental ". Sur internet il n'y a plus , et je ne le trouve pas non plus dans les
librairies....
En auriez vous un qui trainerais tous seul dans un tiroir ou un placard, a me procurer ? :-( Sinon monsieur léon votre article (comme tous) sont éxélent


Hermophyle 01/12/2009 07:59


Bonjour,
Si vous voulez mon livre je puis vous le procurer, j'en ai une dizaine qui trainent dans un placard.
Amitié.


P.G. 16/11/2009 19:39


merci pour votre reponse
non justement l'alchimie interne ma donné l'intuition de m'intérèsser
a l'alchimie externe étant béotien je ne sais par ou commencer
bien réspectueusement


hermophobe 16/11/2009 16:34


Sel a fesait un moment que je n'était pas venu vous lire.
A.K.R.O a votre bonne humour qui me donne des ailes et une vision d'aigle .Je me permettrais de vous poser une question sur un ouvrage que je viens lire sur la tradition Maçonnique et tradition
Alchimique qui dit que Le Rite Ecossais Rectifié serait la voie a suivre...
Je cherche pas a ouvrir des portes .....SAchez que HErmophobe ne serait rien sans hermophyle..

A.K.R.O


Hermophyle 18/11/2009 08:11


Bonjour AKRO !
Toute les loges maçonniques ont un décorum alchimique, y compris le Grand Orient,
mais aucune n'accepte de bon coeur l'alchimie dans sa totalité.
Parfois il y a même des fausses affirmations à propos de l'alchimie, mais cela ne me concerne pas.
Fulcanelli, dans son Mystère des Cathédrales, étudie la crédence de l'autel Lallemant à Bourges. La fond concave de la niche murale est semé de lettres R E R. Il n'en fallait pas
plus pour que les FM du Rite Ecossais Rectifié (RER) affirment qu'ils était alchimique.
Personellement je met en doute cette affirmation. Cependant, comme je ne suis pas FM, je ne puis me prononcer d'avantage.
Bien à vous.


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