Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 08:10

© juin 2010.

 

Bonjour, à toutes et à tous. Le printemps est exigeant car c’est le moment où il pétrit les chairs et toute matière vivante pour la régénérer. Aussi j’ai tenu à assister à cela dans l’isolement. Les conséquences furent donc l’arrêt de ma correspondance et l’arrêt de la rédaction de mes articles. À cela est venu se greffer une panne informatique qui m’a totalement isolé. Je demande donc à celles où à ceux qui m’ont écrit un courriel et n’ont pas reçu de réponse de ma part de bien vouloir réitérer leur message.

 

Cet article aborde le conte de Tom Pouce dans sa symbolique alchimique. Il est précédé par des considérations marginales ayant trais à ma découverte d’une ancienne traduction connue de ce conte au marché aux puces de la ville de Montpellier.

 

Tout exposé sur l’alchimie n’est jamais un exposé linéaire qui explique de A jusqu’à Z la manière de procéder pour élaborer la pierre philosophale. Attendez-vous donc à une sorte de puzzle où votre rôle seras de mettre à leur place respectives les parties éparses.

Autre point essentiel : la partie pratique qui concerne le laboratoire n’est jamais isolée de la symbolique et surtout de l’aspect moral et spirituel.

Cet article portera tous ses fruits si vous avez compulsé au préalable mon dictionnaire L’alchimie expliquée par son langage.

 

Pour faciliter la lecture je n’ai pas reproduit le texte en une seule fois mais en le divisant pour faire suivre chaque partie par son interprétation.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture et d’excellentes vacances si vous devez bientôt partir.

 

Hors d’œuvre

 

Le chaud soleil méridional, celui qui fait chanter à tue-tête les cigales, n’éclaire pas seulement les joyeusetés de la vie. Psalmodier quand on est heureux, c’est une expression de la chair vivante et chaude; bref c’est naturel. Mais quand des nuages noirs s’amoncèlent, les chœurs se taisent et le silence devient lourd et presque douloureux.  

Actuellement un nuage fait une grosse tache d’encre noire sur le bleu éclatant du ciel. Oyez braves gens un fait apparemment bénin: Le marché aux puces de la ville a perdu ses libertés pour la gente trotte menue.

 

C’est à Montpellier que cet évènement apparemment banal a eu lieu. Certes, le marché est toujours là, mais en réalité c’est son fantôme ! Ce lieu paisible, cette promenade du dimanche matin qui absorbait les fatigues et tourments de la semaine n’offre plus, comme ces dernières années, ces belles opportunités de la découverte d’objets hétéroclites ou de vieux bouquins bistrés. C’était la surprise à chaque pas, un émerveillement à l’ombre fraîche des platanes, oui, c’était le repos du guerrier, la messe solennelle des mécréants.

 

De profondis, ce bazar est mort fliqué dans ce qu’il avait de plus vivant et inattendu. Je ne le fréquente plus comme beaucoup de mes amis, car les antiquaires et professionnels de la vente ont pris ombrage vis-à-vis des, excusez l’expression, peignes cul miséreux qui leur font une concurrence déloyale en vendent le peu qu’ils ont pour offrir à maman un cadeau, ou pour s’acheter l’indispensable en débarrassant sa maison. Cette vente à prix imbattables faisait donc ombrage au portefeuille des nantis qui osent affirmer, aux politiques étrangement crédules, souffrir davantage de la misère que ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté. Ceux qui vendent tout ce qui peut améliore d’un seul euro le contenu de leur assiette sont des voleurs de clientèle. Ainsi la gamelle des plus démunit rétrécit chaque jours d’avantage alors que le Secours Populaire ou la Croix Rouge n’arrivent plus à les aider.

 

C’est ainsi que disparaissent les traditions, les endroits de rencontre inopinée entre les gens et les choses, voilà comment s’éteint une mémoire par étouffement d’un lieu de liberté où beaucoup de petites gens trouvent un bonheur nécessaire à leur survie.

 

Ici, ce n’est pas la seule catastrophe de ce genre ayant provoqué l’enterrement d’un endroit vital irremplaçable. Nous avons l’exemple de l’œuf de Montpellier, ce rond-point qui était présent à la fin des années 60. C’était un endroit de rencontre ou le traulet, cahin-caha, déversait chaque soir des grappes d’étudiants. Actuellement il est devenu une trace, un souvenir qui disparait par abandon pour devenir une ligne symbolique sur le carrelage d’une place, rendant ridicule la présence des célèbres trois grâces qui n’ont de sens symbolique profond qu’au centre d’un œuf surélevé et peuplé de bouquinistes ou d’autres activités.

Cet œuf a disparu sous le nom éviscéré (on a vidé son sous-sol pour en faire un parking) de comédie qui ne veut plus rien dire sinon, peut-être : mascarade ! Tout le monde traverse la place mais plus personne ne s’arrête pour se balader sur  l’œuf comme à Narbonne, à cent kilomètres de là, on fait les barques sur le quai du canal de la Robine entre la rue du Pont des marchants et celui de la Liberté.

Au nom de la loi, ou des parkings, fini ces larges trottoirs à dimension humaine, fini ces carrefours ou s’élaborent une mémoire de la cité, qui construit sa particularité sur des échanges hétéroclites et cela depuis que les galées de Jacques Cœur déversaient en joyeux désordre, sur les quais du port de Latte, leur fabuleux trésor d’Ali Baba qui allait redonner du baume au cœur à une France épuisée par la guerre de 100 ans.

 

La réalité de cette mémoire vitale, j’ai pu le découvrir en rédigeant mon livre sur le trésor alchimique de Montpellier, trésor qui a pu se perpétuer grâce à certains lieux de rencontre comme l’université et la place royale du Peyrou, site de balade aussi précieux pour la ville que l’est le marché aux puces pour la misérable banlieue de la Paillade, trop vite associé à la pègre de la cité.

 

La Paillade dites-vous ? Je ne connais pas ce lieu sordide aujourd’hui disparu !

Ce nom honteux d’un ghetto ou s’entassent les misères silencieuses, au milieu desquelles je respire les souffrances, fut remplacé récemment par celui de Mosson, qui est celui du stade de foot qui rayonne sa gloire et sa probité. Mais il faut mouiller sérieusement son maillot pour éclipser cette indigence qui ronge les berges de l’avenue de l’Europe, dans tous les sens du terme évidemment...

 

Introduction

 

En parcourant les puces défuntes j’ai déniché un vieux livre jauni, à la couverture dentelée par l’érosion des ans, intitulé Contes choisis des frères Grimm. Sur sa page de garde est écrit un nom à la plume gauloise. Dans son  graphisme flexible ou s’harmonisent gracieusement les pleins et les déliés se dégage un sens du beau que l’usage actuel du stylo à bille a définitivement aboli.

L’encre palie par les décennies dessine en courbes gracieuses le nom d’un propriétaire aujourd’hui pratiquement centenaire si Dieu lui prête encore vie.

Édité chez Flammarion, au début du XXe siècle, j’ai découvert que cette traduction de l’allemand par Henri Mansvic est celle utilisée de nos jours dans les beaux livres à jolie couverture colorée que l’on trouve dans les rayons pour enfants. Imaginez ma joie de pouvoir puiser à la source d’une excellente traduction dans laquelle j’ai découvert des contes que je ne connaissais pas. C’est là que j’ai trouvé l’histoire de Tom Pouce, merveilleuse de symbolisme dont je voudrais vous faire partager la saveur. Je ne suis pas psychologue aussi pardonnez-moi de ne point aborder l’interprétation dans cette dimension. D’ailleurs existe-t-il réellement une volonté de leurs auteurs en ce sens ?  Il est vrai que les créateurs sont inconnus puisque les frères Grimm ne les ont pas rédigés puisqu’ils les recueillirent durant la première décennie du XIXe siècle dans les campagnes allemandes en écoutant les illettrés dont ils transcrivaient scrupuleusement les paroles, mots pour mots en se gardant bien d’altérer la naïveté du récit.

Et là combien j’ai été heureux de découvrit que la tradition alchimique, telle que je la comprends, surnage dans ces textes comme elle enveloppe de son mystère certaines maisons et monuments de l’architecture urbaine. Je vais tenter de vous faire écouter la mémoire qui monte du fond de cette histoire simple.

 

Grimm

 

Les frères Grimm

 

Voici le début du conte suivi de son commentaire. Les mots en bleue sont importants.

 

Texte 1 :

« Un pauvre laboureur assis un soir au coin de son feu dit à sa femme qui filait à côté de lui :

— Quel grand chagrin pour nous de ne pas avoir d’enfants. Notre maison est si triste tandis que la gaieté et le bruit animent celle de nos voisins.

Hélas ! dit la femme, en poussant un gros soupir, quand nous n’en aurions qu’un gros comme le pouce, je m’en contenterais, et nous l’aimerions de tout notre cœur.

Sur ces entrefaites, la femme devint souffrante et mit au monde au bout de sept mois un enfant bien conformé dans tous ses membres mais n’ayant qu’un pouce de haut. »

 

Commentaires :

 

Dans un conte ou une légende le laboureur désigne un alchimiste qui œuvre sur sa terre ou travaille sa terre.

Fulcanelli le précise en son Mystère des cathédrales quand il écrit :

« L’alchimie portait le nom d’Agriculture céleste, et ses adeptes de laboureurs. » p 118, édition 1964 chez J. J. Pauvert.

 

Pour souligner le fait qu’il s’agit bien d’alchimie, le laboureur est au coin du feu. En effet, les alchimistes outre le nom de laboureur sont aussi appelés philosophes par le feu  Eugène Canseliet l’exprime en ces termes :

 

« Au reste, entre l’alchimiste et la matière, le contact physique doit s’établir dès le début et constamment se maintenir. Tout de suite le toucher n’est pas peu de choses, par lequel s’installera l’échange du magnétisme, allant bientôt en augmentant, et  en s’intensifiant avec l’aide du feu. Celle-ci se montre tant décisive, quant au résultat, que l’opérateur deviendra bientôt le philosophe par le feu des anciens traités. » L’Alchimie expliquée sur ses textes classiques, p 151, chez J. J. Pauvert 1972.

 

Ainsi comprenons-nous pourquoi le conte gravite autour du toucher, et donc d’un doigt : le pouce ! Ce pouce qui permet la préhension et aussi la con-préhension et donc l’intelligence des manipulations.

 

Le non de Tom, diminutif de Tomas, est déjà significatif puisqu’il est en rapport avec l’apôtre St Tomas qui ne croit que ce qu’il voit. En d’autres termes il va s’agir, dans ce conte, de choses concrètes et visibles.

Pouce dérive du latin pollex qui a donné pollicis. Ce mot est apparenté au grec polios qui signifie blanchir. Hors tout l’effort de l’alchimiste sera orienté vers le blanchiment de la pierre. Blanchiment qui nécessite une certaine dextérité que François Rabelais appelait le trinc de sa dive bouteille (bouteille = cornue ou ballon de verre = vaisseau et vaisselle) qui correspond au truc argotique.

Mais Tom signifie aussi la mésange azurée ou charbonnière, ce qui confirme les étroits rapports avec la langue des oiseaux qui est confirmé par le terme « mot » qui est Tom lu à l’envers. En effet, la langue des oiseaux repose sur des jeux de mots. Et ici les jeux de Tom s’avère être de mauvaises farces pour les gens mal intentionnés.

 

 

 

Et voilà que Tom Pouce nait au bout de sept mois au lieu de neuf. C’est donc mettre l’accent sur le nombre sept. Et l’on sait qu’il est présent dans la Bible à plusieurs reprises. Plus exactement 7 apparait 77 fois… pas question de vous écrire une litanie sur ce nombre.

Pour éviter le risque d’être piégé par des spéculations sur le sept, la seule issue est de constater les relations de ce nombre avec les lois de la nature.

 

Ainsi le critère de pureté d’une substance est le cristal. Certains cabalistes y distinguent une relation avec le nom du Christ, mais cela est évidemment anecdotique, même si la cristallisation se déroule en alchimie, alchimie que les adeptes appellent chimie de « Al » ou chimie de Dieu… Christ-Al.

Quoi qu’il en soit, les cristaux ne se solidifient pas en des formes désordonnées puisque les cristallographes finirent par découvrir qu’ils se classent, selon leurs axes de symétrie, en sept systèmes différents. La non-plus ne restons pas piégés par des analyses symboliques spéculatives sur ces formes en relations plus ou moins fidèles avec les fameux cinq solides de Platon. Cependant certains adeptes firent la relation, comme Képler en son Mystérium cosmographicum, avec les quatre éléments : le Feu, la Terre, l’Air et l’Eau.

Cette correspondance, impossible à expliquer autrement que par des analogies géométriques, nous pousse, – encore et toujours,– vers la spéculation.

 

La réalité est tout autre et extrêmement simple, comme d’ailleurs beaucoup de choses apparemment complexes que se complaisent à nous servir, avec art, les alchimistes cachottiers. Nos adeptes joueurs font comme nos administrateurs, ils exercent l’art de faire compliqué ce qui est simple mais les raisons sont diamétralement opposées, l’une a un caractère sordide l’autre est bon enfant.

Tout cela pour dire qu’une substance cristallisée va être à l’origine des quatre éléments. Il faut se souvenir que dans le temps toute substance à l’état gazeux était de l’air, tout liquide de l’eau, tout solide de la terre… De ce fait les quatre éléments correspondent au changement d’état d’une même substance qui se présente à l’origine sous forme cristalline, c’est-à-dire à l’état pur.

Tous chercheurs comprendront l’importance de cette recommandation des vieux maître qui insistent pour que nous lisions les textes d’alchimie (ou autres) en nous plaçant dans l’esprit et la culture de l’époque où ils furent écrits.

Il ne faut pas négliger non plus que les sept variétés de cristaux ne furent découvertes qu’au début du XXe siècle. À la fin de XIXe on n’en dénombrait que six, comme le dit expressément A. de Lapparent à la page 10 de son classique Cours de minéralogie publié en sa seconde édition, de 1890, qui est devenue une véritable « Bible » des cristallographes actuels, notamment pour les arrangements géométriques étudiés avec une cohérence mathématique inégalée.

Cette précision m’a paru nécessaire pour montrer l’intuition nécessaire, et en perpétuel développement, pour accéder à certaines connaissances « avant l’heure » en utilisant harmonieusement les capacités surrationelles de notre cerveau.

Tel est le sens de l’or (hors) du temps que fit inscrire André Breton sur sa tombe (« Je cherche l’or du temps »). En bref, l’hors du temps précède, et permet, d’extraire l’or de l’absolu ou or du non-temps qui n’est autre que l’éternité... Ainsi s’exprime le concept de repos éternel et d’immortalité.

 

 

Mais là ne s’arrêtent pas les analogies du sept avec les lois fondamentales de la matière. Si les cristaux sont constitués d’arrangements d’atomes dont la disposition est à l’origine de la classification en sept familles (tien ! le jeu de sept familles est issu de là ? mystère aussi profond que celui des sept boules de cristal !) l’atome lui-même est entouré par sept champs énergétiques sur lesquels gravite ces « nains » que sont les électrons.

Le sept est donc en relation étroite avec le fondement de toutes substances, c’est pourquoi il revêt un caractère sacré en directe relation avec les sept jours de la création selon la Bible et que ce même sept apparaît 77 fois dans ce livre.

Telle est aussi l’apparition de ce septénaire dans les cycles de la vie comme au niveau biologique, en effet le renouvellement cellulaire s’effectue tous les sept ans, ce qui correspond à des cycles de développement et évènementiels de notre vie qui sont à l’origine de l’age de raison à sept ans. Cela fut traduit en astrologie par les cycles lunaires aux multiples de sept correspondants à 28 jours ou 28 ans liés au temps d’enfantement de la pierre philosophale qui n’est autre ici que Tom Pouce né après sept mois de grossesse de sa mère au lieu de neuf comme on aurait pu s’y attendre.

Telle est la raison fondamentale pour laquelle Fulcanelli commence son livre Le mystère des Cathédrales par cette phrase des plus significative : 

 

« La plus forte impression de notre prime jeunesse, – nous avions sept ans, – celle dont nous gardons encore un souvenir vivace, fut l’émotion que provoqua, en notre âme d’enfant, la vue d’une cathédrale gothique. »

 

Si vous souhaitez approfondir cette dimension psychobiologique des septaines humaines je vous renvoie à l’ouvrage en cours d’édition d’Aline Ximénès (accompagnatrice en biographie) dont vous trouverez les coordonnées dans un article précédent.

 

 

 

La représentation géométrique du nombre sept est généralement symbolisée par un carré (4) surmonté par un triangle (3).

 

Sept 02

 

À La lumière de ce j’ai dit sur les quatre éléments, ainsi que sur la triade alchimique (sel, soufre et mercure), on peut dire que cette figure est très expressive et se résume en quelques mots :

Le sel soufre mercure constituant la minière sur lequel œuvre l’alchimiste va être sublimé (d’où la place du triangle sur le côté supérieur du carré) grâce à l’action des quatre éléments.

Cette particularité se trouve dans l’idéogramme astrologique et astronomique du mercure ou l’union du soleil= soufre (cercle) et de la lune = mercure (cornes) se réalise au dessus du creuset (croix)

Mercure01

Telle est la raison pour laquelle le feu sulfureux aérien est représenté par un triangle de feu (sommet orienté vers le haut) se manifestant au-dessus du creuset symbolisé par une croix.

soufre01

En effet, l’action des éléments a la propriété de maintenir, dans la partie supérieure du ballon (airs, ou vent) la substance trine (à l’apparence duelle). Cela permet de comprendre pourquoi le matras doit être bouché. Telle est l’origine de cette expression alchimique que l’on peut lire sur le célèbre texte appelé Table d’émeraude :

« Et le vent l’a porté dans son ventre ». Ici le ventre est la panse du ballon, panse dont on aura l’occasion de parler durant les pérégrinations de Tom Pouce.

 

 

 

Le conte du nain Tom pouce est tout entier consacré au métal jaune qu’est l’or. Sa particularité, – qui est rappelons-le universelle,– se retrouve exprimée autrement en d’autres domaine.

 

C’est ainsi que le jeu du nain jaune a le même sens. L’ancien nom : lindor est significatif puisque sa phonétique n’est autre que nain d’or. Dans le centre du jeu de forme quadrangulaire est un nain de couleur jaune. qui tient en main un sept (sceptre) de carreau (ko…). Tout cela montre non seulement que le nain jaune a un rapport avec l’or, mais aussi que ce nain est lié, comme Tom Pouce, au nombre sept. Cela confirme que le nain d’or a un rapport avec l’alchimie car le fait qu’un joueur rafle toutes les mises et gagne, on dit qu’il fait Grand Opéra, c’est-à-dire le Grand Œuvre. Ce terme de Grand Œuvre, au masculin, caractérise le travail alchimique indispensable pour fabriquer la pierre philosophale.

Telle est l’universalité du conte de Tom Pouce ce nain d’or fils de laboureur faisant le Grand Œuvre tout en étant lui-même le  symbole de la pierre philosophale.

 

Reprenons maintenant la suite du conte ou nous l’avons laissé à la suite de la naissance du nain Tom Pouce.

 

Texte 2:

« Ils dirent :

Il est tel que nous l’avons souhaité et nous ne l’aimerons pas moins de tout notre cœur.

Ils l’appelèrent Tom Pouce à cause de sa taille… Ils ne le laissèrent manquer de rien ; cependant l’enfant ne grandit pas et conserva toujours sa petite taille, il avait les yeux vifs, la physionomie intelligente et se montra bientôt avisé et adroit, de telle sorte que tout ce qu’il entreprit réussit.

Le paysan s’apprêtait un jour à aller abattre du bois dans la forêt et il se disait à lui-même : « Ah ! si j’avais quelqu’un qui voulut conduire ma charrette ! »

Père, s’écria Tom Pouce, je la conduirai bien, vous pouvez vous reposer sur moi, elle arrivera dans le bois à temps.

L’homme se mit à rire.

Comment cela est-il possible, dit-il, tu es trop petit pour conduire le cheval par la bride.

Ca ne fait rien, si maman veut atteler je m’installerais dans l’oreille du cheval et je crierai où il faudra qu’il aille.

Eh bien dit le père nous allons essayer.

La mère attela et installa Tom pouce dans l’oreille du cheval. Le petit homme lui cria le chemin qu’il fallait prendre. « Hue ! dia ! Hue ! dia ! » et le cheval marcha ainsi, comme s’il eût été guidé par un véritable charretier ; la charrette arriva dans le bois par la bonne route. »

 

Commentaires :

 

Tout ce qu’entreprenais notre lindor, alias Tom Pouce, était une réussite, comme le laisse supposer la pierre philosophale qu’il personnalise, car c’est une petite pierre qui n’a rien de commun avec un gros galet de rivière, mais tout ce que cette petite pierre « entreprend » est couronné de succès, en particulier les transmutations métalliques.

Nous relevons ensuite une première anomalie qui devrait donne matière à réflexion à nos parapsychologues et noéticiens : Notre petit bonhomme pratique la transmission de pensée !

Ainsi notre paysan se disait à lui-même , et j’imagine mal qu’il puisse le dire à haute voix devant son fils, à moins de faire montre d’une maladresse pour le moins blessante à l’égard de sa petite taille et à son incapacité pour assurer certains travaux : « Ah ! si j’avais quelqu’un qui voulut conduire ma charrette ! ». Et voila que Tom Pouce lui répond comme s’il avait entendu prononcée tout haut cette pensée. Certains pourront attribuer cela à des erreurs de traductions ou à des abus de langage. Je les laisse à leurs supputations…

 

Soulignons au passage que la pierre philosophale n’est pas uniquement la transmutation métallique qui n’est absolument pas un but en soi mais seulement la mise en évidence d’une réelle action de la pierre philosophale sur certaines constantes universelles. N’omettons pas que les effets physiologiques ne sont pas négligeables. Ils sont loin devant le concept de transmutation des métaux, car la transmutation peut se conjuguer à plusieurs genres, temps et… règnes.

 

Tom s’installa dans l’oreille du cheval pour lui crier ses ordres. Ici sont associés deux termes complémentaires dans la symbolique alchimique : le cheval et l’oreille. Cela répond au fait que la phonétique est appelée cabale par les alchimistes. Cette cabale ne doit pas être confondue avec la Kabbale hébraïque qui veut dire tradition alors que la cabale des alchimistes signifie cheval. En effet, le cheval s’appelait caval en occitan, qui se prononce cabal, nom du cheptel en Languedoc, d’où est issu le mot cabale, la langue secrète des chevaliers qui se transmettaient un noble savoir.

La cabale est un parler reposant sur la phonétique qui fut mis en lumière par Grasset d’Orcet et ensuite par Fulcanelli. Il s’agit donc d’identité plus ou moins parfaite de son. Par exemple, cette poudre d’écorce de chêne destinée au tannage est appelée tan. Pour le cabaliste il s’agira aussi du temps. Donc la cabale est l’instrument de transmission orale qui ne s’appuie pas sur le texte écrits. C’est ce que véhiculent les contes et légendes propagés verbalement de chaumière en chaumière. Ici Tom Pouce et le petit Poucet sont le petit poussin, plus connue sous le nom d’enfant royal qui va donner naissance à l’oiseau d’hermès. Cet oiseau d’hermès est appelé cygne (signe).

Dans son hymne à Délos (vers 250 à 255) Gallimaque écrit en parlant des cygnes :

« Ils tournèrent sept fois autour de Délos… et ils n’avaient pas encore chanté la huitième fois, lorsqu’Apollon naquit. »

Nous comprenons pourquoi le conte insiste sur le nombre sept. En effet cet oiseau va voler à sept reprises pour permettre la conjonction du corps double (soufre-mercure) appelé rebis  qui sera petit au départ et poussé vers le haut du ballon…

 

Texte 3:

 

« Au moment où la voiture tournait au coin d’une haie, tandis que le petit criait : Dia, Dia ! deux étrangers vinrent à passer.

Grand Dieu, s’écria l’un d’eux voilà une charrette qui marche sans que l’on voie le charretier et cependant on entend sa voix.

C’est étrange, en effet dit l’autre, suivons-là et voyons où elle s’arrêtera.

Elle poursuivit sa route et s’arrêta juste à l’endroit ou se trouvait le bois abattu.

Quand Tom Pouce aperçu son père, il lui cria :

Vois-tu, père, me voilà avec la voiture, maintenant viens me faire descendre.

Le père saisit la bride du cheval de la main gauche et de la main droite retira de l’oreille son fils et le déposa à terre. Celui-ci s’assit sur joyeusement sur un fétu. En voyant Tom Pouce les deux étrangers ne surent que dire dans leur étonnement. L’un d’eux prit l’autre à part et lui dit :

Ecoute, ce petit être ferait notre fortune si nous l’exhibions pour de l’argent dans les grandes villes. Achetons-le.

Ils s’adressèrent au paysan et lui dirent :

Vendez-nous ce petit bonhomme, nous en aurons bien soin.

Non répond le père, c’est mon enfant et il n’est pas à vendre pour tout l’or du monde.

Cependant, en entendant cette proposition, Tom Pouce avait grimpé le long des plis des vêtements de son père. Il se posa sur son épaule et de là lui souffla dans l’oreille :

Livrez-moi toujours, père, je saurai bien revenir.

Son père le donna donc aux deux hommes pour une belle pièce d’or.

Où veux-tu te mettre ? lui demandèrent-ils.

Posez-moi sur le bord de votre chapeau, je pourrai m’y promener et voir le paysage ; je ne tomberais pas.

Ils firent comme il le demanda et quand Tom Pouce eut fait ses adieux à son père ils l’emmenèrent avec eux. Ils marchèrent ainsi jusqu’au soir. A ce moment le petit homme leur dit :

Posez-moi un peu par terre, j’ai besoins de descendre.

Reste là-haut, dit l’homme, qui le portait sur la tête, ça n’a aucune importance, les oiseaux ne se font pas non plus faute d’y laisser du leur.

Non pas, dit Tom Pouce, je sais ce que je veux, descendez-moi au plus vite.

L’homme ôta son chapeau et en retira Tom Pouce qu’il déposa dans un champ près de la route. Aussitôt il s’enfuit parmi les mottes de terre, puis il se glissa dans un trou de souris qu’il avait cherché exprès.

Bonsoir, mes amis, rentrez sans moi, leur cria-t-il moqueur.

Ils voulurent le rattraper et fourragèrent avec des baguettes le trou de souris, mais ce fut peine perdue. Tom Pouce s’y enfonçât toujours plus avant, et, comme la nuit était venue tout à fait, ils durent rentrer chez eux les mains vides.

Quand ils furent partis, Tom Pouce sorti de sa cachette souterraine. Il est si dangereux de s’aventurer la nuit dans les champs, on a vite fait de se casser une jambe. Il rencontra par bonheur une coque vide de limaçon.

Dieu soit loué, dit-il, ici je pourrais passer la nuit en sureté ; et il s’y installa. »

 

Commentaires :

 

Ce texte montre que Tom Pouce vaut de l’or non seulement parce qu’il rapporte à son père une « belle pièce d’or » mais aussi parce qu’il refuse (au premier abord) de le vendre « pour tout l’or du monde ». Nous restons là dans le contexte alchimique que représente Lindor ou le nain d’or.

Don Tom Pouce va truander les deux acolytes avides de richesse, ce qui est un message pour ceux qui pratiquent l’alchimie dans une visée mercantile…

Lorsqu’il fut acheté notre petit bonhomme désira s’installer sur le bord d’un chapeau. C’est une demande curieuse qui ne peut être compris qu’avec la cabale ou langue des oiseaux, ce que précise celui qui porte ce couvre chef en répondant à Tom Pouce qui voudrait descendre:

 

« Reste là-haut, dit l’homme, qui le portait sur la tête, ça n’a aucune importance, les oiseaux ne se font pas non plus faute d’y laisser du leur. »

 

En d’autres termes : « Laisse là tes fèces ! », mais cette opération nécessite le chapeau = k-eau ou ko, dont tout amateur de chimie minérale élémentaire aura tôt fait de définit l’identité dont le k-eau précise l’état liquide.

A la suite de quoi la petite pierre s’enfoncera sous terre comme Tom Pouce dans un trou de souris. Cela  se réalisera durant l’œuvre au noir, comme l’indique la nuit tombée qui provoque l’abandon des recherches de nos deux lascars.

Ensuite la pierre se revêtira d’une coque, ce que ne saurait mieux exprimer Tom Pouce dans sa coquille de limaçon, c’est-à-dire d’escargot dont la forme spirale analogue à celle du jeu de l’oie est suffisamment expressive et dont les diverses cases ont un sens alchimique, comme le spécifie Eugène Canseliet en son Alchimie édité chez J.J. Pauvert (Paris) en 1978 :

 

« Et l’on connait le noble jeu de l’oie ou se remarque le puits, l’hostellerie, le labyrinthe, la mort, la prison, lesquels ont tous une signification hermétique. »

 

jeu de l oie

 

Enfin, le même auteur spécifie dans le même ouvrage :

 

« Et c’est ici le lieu de rapprocher cabalistiquement, de son homophone français chêne, non chuinté en langue d’oïl, le terme grec khen, qui désigne l’oie et dont le radical kaaino, signifie s’ouvrir, s’entrouvrir, être béant. »

 

Telle est la raison pour laquelle Tom Pouce se cache dans un trou de souris qui s’ouvre devant lui, et aussi dans le labyrinthe d’une coquille spiralé dont le resserrement des spires contigües, comme celle du jeu de l’oie, marquent la contraction du temps au fil des réitérations.

Mais l’oiee désigne l’ouïe en ancien français. C’est ainsi que nous l’apprend Frédéric Godefroy en son Lexique de l’ancien Français édité en 1994 à Paris chez Honoré Champion.

Quant à l’oïe, c’est l’action d’entendre, c’est un son perçu par l’oreille… Cela évidemment nous oriente vers la phonétique omniprésente en ce conte. Mais l’intérêt de ce mot réside en son second sens qui le rattache à celui de petite ouverture pour aérer un lieu quelconque. Ainsi retrouvons nous notre trou de souris indissolublement lié au soupir (soupirail) et donc à la respiration et à la phonétique.

 

 

Poursuivons notre conte interrompu au moment ou Tom Pouce est sur le point de s’endormir en toute sécurité dans sa coquille spiralée d’escargot :

 

Texte 4:

 

« Sur le point de s’endormie, il entendit passer deux hommes dont l’un dit :

Comment s’y prendre pour dérober son or et son argent au riche curé ?

 Je vais vous le dire, interrompit Tom Pouce.

Que veut dire ceci ? s’écria l’un des voleurs effrayé ; j’ai entendu quelqu’un parler.

          Ils s’arrêtèrent et prêtèrent l’oreille. Tom Pouce répéta :

Emmenez-moi et je vous aiderai.

Mais qui es-tu ?

Cherchez par terre, répondit-il, à coté d’où vient la voix.

Les voleurs finirent par le trouver.

Comment peux-tu avoir la prétention de nous être utile, petit drôle ? lui demandèrent-ils.

Je me glisserai à travers les barreaux dans la fenêtre du curé, et je vous passerais tout ce que vous voudrez.

C’est bien, répondirent-ils, nous allons voir ce que tu sais faire.

Quand ils furent arrivés au presbytère, Tom Pouce se coula dans la chambre du curé, puis il se mit à crier de toutes ses forces :

Vous voulez tout ce qu’il y a ici ?

Les voleurs furent effrayés et lui dirent :

— Parle plus bas, tu vas éveiller tout le monde.

Mais Tom Pouce feignit de ne pas avoir entendu et cria de nouveau :

— La servante qui reposait dans la chambre contigüe entendit ces mots, elle se leva sur son séant et prêta l’oreille. Les voleurs avaient commencé à battre en retraite, mais ils reprirent courage, et, pensant que la petit drôle voulait s’amuser à leurs dépends, ils revinrent sur leurs pas et lui dirent tout bas :

Allons, sois sérieux et passe-nous quelque-chose.

Alors Tom Pouce cria encore une fois, le plus fort qu’il put :

Je vous passerai tout ; tendez-moi les mains.

Cette-foi, la servante entendit bien nettement, elle sauta à bas de son lit et se précipita vers la porte. Les voleurs s’enfuirent comme si le diable eut été à leur trousses, mais n’ayant rien remarqué, la servante alla allumer une chandelle. Quand elle revint, Tom Pouce alla se cacher dans le foin, et la servante, ayant fouillé partout sans avoir rien pu découvrir, cru avoir rêvé les yeux ouverts et alla se recoucher. »

 

Commentaires :

 

Tom Pouce récidive en roulant des gens mal intentionnés. Il leur empêche de commettre leur larcin en les dénonçant sans pour cela être délateur. Tout cela ne serait que banalités si le conte ne disait pas qu’il s’agit de l’or et de l’argent d’un riche curé.

C’est donc de l’or et de l’argent sacré, puisqu’il est prémédité de dévaliser un presbytère ou se trouve outre les crucifix et objets de piété comme le baiser de paix mais aussi les vases sacrés tels les calices, les patènes, les ciboires et les ostensoirs ainsi que les navettes et encensoirs. Ces objets sont pour la majorité sacrés et leur argent et leur or est aussi sacré que l’argent et l’or d’origine alchimique. En réalité les métaux précieux du presbytère sont ceux de l’alchimie, c’est ce que le conte veut dire. De ce fait les malfrats sont tenus à l’écart. Tel est le sens symbolique de l’attitude de Tom Pouce qui réveille la gardienne du lieu en faisant fuir les voleurs.

Cette particularité importante étant soulignée, « Tom Pouce-Pierre philosophale » va poursuivre sa maturation dont les étapes se superposent au chemin initiatique du petit bonhomme.

 

Texte 5:

 

 « Tom Pouce s’était blotti dans le foin et s’y était arrangé une bonne place pour dormir ; il comptait s’y reposer jusqu’au jour et puis retourner chez ses parents. Mais il dut en voir bien d’autre, car ce monde est plein de peines et de misères. La servante se leva dès l’aube pour donner à manger aux bestiaux. Sa première visite fut pour la grange où elle prit une brasée de foin là où se trouvait précisément endormi le pauvre Tom. Mais il dormait d’un sommeil si profond qu’il s’aperçut de rien et ne s’éveilla que quand il fut dans la bouche d’une vache qui l’avait pris avec son foin.

— Mon Dieu ! s’écria-t-il, me voilà dans le moulin à foulon.

Mais il se rendit bientôt compte où il se trouvait réellement. Il prit garde de ne pas se laisser broyer entre les dents, et finalement glissa dans la gorge et dans la panse. « Les fenêtres ont été oubliées dans cet appartement, se dit-il, et l’on n’y voit ni le soleil ni chandelle ». Ce séjour lui déplut beaucoup et, ce qui aggravait encore la situation, c’est qu’il arrivait toujours de nouveau foin et que l’espace qu’il occupait devenait de plus en plus étroit. Il se mit alors à crier le plus haut qu’il put :

— Ne m’envoyez plus de fourrage, ne m’envoyez plus de fourrage !

La servante à ce moment était justement en train de traire la vache. En entendant parler sans voir personne, et, reconnaissant nt la même voix que celle qui l’avait déjà éveillée la nuit, elle fut prise d’une telle frayeur qu’elle tomba de son tabouret et répandit son lait.

Elle alla de toute hâte trouver son maître et lui cria :

— Ah ! grand Dieu, monsieur le curé, la vache parle.

— Tu es folle, répondit le prêtre.

Ils se rendirent cependant à l’étable afin de s’assurer de ce qui se passait.

À peine y eut-il mis le pied que Tom Pouce s’écria de nouveau :

Ne m’envoyez plus de fourrage, ne m’envoyez plus de fourrage.

La frayeur gagna le curé lui-même et, s’imaginant qu’il y avait un diable dans le corps de la vache, il dit qu’il fallait la tuer. Ainsi fut fait, et l’on jeta au fumier la panse où se trouvait la pauvre Tom Pouce. »

 

Commentaires :

 

Tom Pouce ou la pierre philosophale en préparation est donc dans le foin, ce qui ne saurait mieux désigner la couleur verte ou ce produit issu du végétal qu’est le sel alchimique dissimulé derrière la célèbre phrase des Francs Maçons : « L’acacia m’est connu ». En réalité, le sel alchimique est contenu dans tous les végétaux, mais seuls sont aptes certains parmi eux à procurer cette substance. L’alchimie est un art, ne l’oublions pas, et de ce fait les impuretés spécifiques à certains végétaux vont être nécessaires. C’est sur ce critère que furent recommandés le robinier, l’acacia, le chêne et la fougère. C’est cela qui fit dire, en langue des oiseaux, au grand alchimiste de Bethléem :

 

« Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant je vous dit que Salomon, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? » (Sixième chapitre de l’évangile de Mathieu, versets 26 à 31)

 

Prenant conscience qu’il est entre les mâchoires d’une vache Tom s’imagine être dans un moulin à foulon.

À ce moment, inutile d’être grand clerc pour comprendre qu’il s’agit du concassage préliminaire du minerai appelé matière première par des alchimistes. Cela laisse supposer que les étapes de la fabrication de la pierre philosophale sont analogues à celles qui se déroulent dans un tube digestif.

L’alchimiste et médecin anglais Robert Fludd (1574-1637)                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              est des plus explicite à ce propos dans son De mystica sanguinis anatomie (section 1, partie 3 libellé 1 des pages 223 à 224) :

 

« Le vrai alchimiste imite la nature. En commençant son œuvre il réduit d’abord la matière en parcelles, il la broie et la pulvérise ; c’est la fonction des dents. La matière ainsi divisée, il l’introduit par un tuyau dans la cornue ; ce tuyau représente l’œsophage ; la poche de la cornue c’est la poche stomacale.

Ensuite il mouille la matière avant de la soumettre à l’action de la chaleur humide égale et modérée en la plaçant dans un bain Marie et dans du fumier de cheval… »

 

Robert Fludd

 

Nous voyons là pourquoi la panse de la vache (panse du ballon)  sacrifiée est jetée au fumier.

Je signale au passage que mon petit dictionnaire L’alchimie expliquée pas son langage (édition Dervy) approfondie cette manière d’interpréter les textes hermétiques.

 

Nous avons laissé Tom Pouce sur son fumier toujours enfermé dans la panse de la vache :

 

Texte 6:

 

« Il eut beaucoup de mal à se démêler de là et il commençait à passer sa tête quand survint un nouveau malheur. Un loup affamé qui passait par là avala la panse de la vache avec le petit bonhomme d’une seule bouchée. Tom Pouce ne perdit pas courage. « Peut-être se dit-il, ce loup sara-t-il traitable ». Et de son ventre où il était enfermé il lui cria :

— Cher loup, je vais t’indiquer un bon repas à faire.

— Et où cela ? dit le loup.

— Dans telle et telle maison ; tu n’auras qu’à te glisser dans le soupirail de la cuisine, et tu trouveras des gâteaux, du lard, des saucisses à bouche que veux-tu.

Et il lui indiqua exactement la maison de son père. Le loup ne se le fit pas dire deux fois. Il s’introduisit de nuit dans le soupirail et s’en donna à cœur joie dans le buffet aux provisions. Quand il fut repu et qu’il voulut sortir il s’était tellement gonflé de nourritures qu’il ne put venir à bout de repasser par la même voie. C’est là-dessus que Tom Pouce avait compté. Aussi commença-t-il à faire dans le ventre du loup un vacarme effroyable, hurlant et gambadant tant qu’il put.

— Veux-tu te tenir en repos, dit le loup, tu vas éveiller le monde.

— Eh quoi ! répondit le petit bonhomme, tu t’es régalé, je veux m’amuser aussi moi.

Et il recommença son tapage.

Il finit par éveiller son père et sa mère qui se mirent à regarder dans la cuisine par la serrure. Quand ils virent le loup, ils coururent s’armer, l’homme d’une hache la femme d’une faux. »

 

Commentaires :

 

Quand le loup avale la panse de la vache jetée dans le fumier Tom Pouce commençait à passer la tête pour en sortir. Tel est le caput mortum, ce qu’exprime à sa manière Eugène Canseliet à la page 80 de son Alchimie (Chez J. J. Pauvert 1964) :

 

« Dans le riche chaos, universel et gros de naissance latente, dont les anciens auteurs répètent à l’envi, qu’il est la vraie matière de leur ouvrage gigantesque, il est permis de concevoir que préexiste également le fumier nécessaire à toute germination, ce caput mortuum, cette tête morte qui se sépare de la substance mondée sous-jacente. »

 

Basile Valentin en ses 12 clefs de la philosophie est des plus explicite quant à la nécessité que Tom Pouce soit avalé par un loup :

 

« C’est pourquoi, si tu veux travailler par nos corps prend le loup très avide (…) en proie à une faim la plus violente. Jette, à ce Loup même, le corps du roi, afin qu’il en reçoive sa nourriture… »

 

Basilius Valentinus-Portrait

 

Quand l’opération est terminée, il devient possible de regarder par le goulot du ballon qui et ici le trou de la serrure puisque le goulot est analogue à une porte puisqu’il permet de fermer le ballon.

 

Donc les parents de Tom Pouce accourent armés d’une hache et d’une faux :

 

Texte 7:

 

« Reste derrière dit l’homme, à la femme au moment d’entrer, je vais lui asséner un coup avec ma hache, et s’il n’en meurt pas du coup, tu lui coupera le ventre.

Tom Pouce qui entendit la voix de son père lui cria :

— Cher père, c’est moi, je suis dans le ventre du loup.

— Dieu soit loué ! s’écria le père plein de joie, notre cher enfant nous est rendu.

Et il ordonna à sa femme de mettre la faux de côté afin de ne pas blesser Tom Pouce. Puis il leva sa hache et porta au loup un coup qui l’étendit mort.

Il lui ouvrit ensuite le ventre avec des ciseaux et un couteau et en tira le petit Tom.

— Ah ! dit le père, que nous avons été inquiets sur ton sort !

— Oui père, j’ai beaucoup couru le monde, heureusement que je puis enfin reprendre l’air frais.

— Où as-tu été ?

— Ah père, j’ai été dans un trou de souris, dans la panse d’une vache et dans le ventre d’un loup. Mains maintenant je veux rester avec vous.

— Nous ne te vendrons plus pour tout l’or du monde, dirent les parents en l’embrassant et le serrant contre leur cœur.

Ils lui donnèrent à manger et à boire, et ils firent confectionner d’autres vêtements, car les siens avaient été gâtés pendant le voyage.

 

FIN

Commentaires :

 

Rien n’est plus expressif pour dire que la pierre est sortie du ballon. Pour effectuer cette opération il faut le casser en faisant bien attention de ne pas abîmer la pierre en frappant sur la panse. Cela correspond bien à l’exécution du loup pour tirer Tom Pouce emprisonné dans son ventre.

L’échange entre le père et le fils ressemble étrangement aux dialogues que l’on trouve dans le catéchisme du Cosmopolite (début du XVIIe siècle) repris par le baron de Tchoudy en son rituel alchimique puis expurgé par les Francs Maçon dans le texte intitulé l’Étoile Flamboyante dont les commentaires par l’honorable société sont malheureusement biaisés par l’unique optique spirituelle :

 

« Question : Êtes-vous voyageur ?

Réponse : J’ai parcouru toute la mésopotamie et la Palestine.

Question : Prouvez-le-moi.

Réponse : j’ai vu mon maître… »

 

Il est aisé de comprendre que la Mésopotamie qui signifie « région entre deux fleuves » symbolise les deux liquides alchimiques abreuvant la terre des philosophes qui n’est autre que leur pierre.

Quant à la Palestine, son nom signifie « Pays des Philistins » dont le véritable nom hébreux ancien est : « Pays de Canaan ».

Mais ici seule la dimension cabalistique est significative. Le préfixe « pal » signifie changement de couleur.

Cette dernière définition s’accorde avec « l’eau » des deux « fleuves » qui font changer de couleur la pierre. L’un la fait passer du noir au blanc, l’autre du blanc au rouge.

Quant à Tom Pouce relatant son voyage, il dit avoir été en premier lieu dans un trou de souris. Évidemment ce nom ne doit pas être pris dans son sens étymologique mais cabalistique. Ainsi, « sous » qui a donné « saut » va désigner un mouvement de bas en haut, ce qui caractérise la première phase de l’œuvre si bien suggérée par Fulcanelli dans sa description de l’alchimiste de Notre Dame de Paris (Le mystère des cathédrales). C’est cette poussée alternée qui va placer sous terre, dans son trou de souris, Tom Pouce.

Son passage dans le ventre de la vache est sa réception du sel blanc comme le lait mis en évidence par le seau de lait de la servante du curé en train de traire la vache et qui renverse à terre le lait quant elle entend la vache parler. D’ailleurs, les adeptes parlent de lait de vierge et de nourriture lactée.

Ce sel blanc il le reçoit quand il est enfermé dans la panse d’un ballon de verre dur (verdure du fourrage avalé par la vache).

Le voyage dans le ventre d’un loup signale le changement de couleur du blanc au rouge, ce qui est symbolisé par le carnivore qu’est le loup. La pierre aura augmenté de volume et sera de couleur rouge mais sentira mauvais, c’est pourquoi ses parents lui font confectionner des vêtements neufs, qui montrent que la coque de l’œuf est parvenue à la perfection. L’œuf étant évidemment Tom Pouce habillé de neuf.

En résumé : la pierre étant fixée (sèche) pour la seconde fois alors elle peut prendre l’air, c’est ce que veut dire Tom Pouce quand il dit à ses parents qu’il peut enfin prendre l’air. 

Pour lui parfaire le vêtement on la pose généralement dans une assiette et on l’abreuve pour la troisième et dernière fois. C’est pourquoi les parents de Tom Pouce lui donnèrent à manger et à boire et lui confectionnent des vêtements neufs qui sont ceux de la pierre philosophale achevée ou oeuf.

 

 

Conclusion

L’histoire de Tom Pouce qui est constamment privé d’air pour achever son voyage dans la lumière caractérise autant un périple initiatique que la fabrication de la pierre philosophale. En réalité les deux ne font qu’un. Toute la problématique de bon nombre de milieu spirituel consiste à ignorer cette unité et de poursuivre un chemin qui ne peut que se désagréger s’il n’est plus le reflets des lois de la natures. Tout comme l’ouroboros, ce serpent que se mord la queue, la loi fondamentale est celle du recommencement. Le grand œuvre alchimique doit être réitéré et la vie humaine doit l’être aussi. C’est cela qui explique combien certains théurges n’ont pas besoins du laboratoire puisqu’ils y sont déjà passés.

L’Église ancienne, avant 325 étaient acquise au concept de réincarnation. Elle ne saurait se perpétuer sans revenir à cette évidence. Sans cela la vie se présente comme un couloir de la mort dans lequel nous entrons dès la naissance pour aboutir à l’exécution finale. Ce qui se déroule entre l’alpha (la naissance) et l’oméga (notre mort) est notre degré de liberté, notre chemin initiatique qui pourra fleurir au-delà du visible et du temps. Il est là pour nous faire découvrir la manière de sortir de la panse de la vache sacrée ou du ventre du loup pour retrouver ceux que nous aimons au-delà des limites de notre univers aussi étouffant et « obscur » que « pédagogique ». L’Église actuelle vous dira la même chose… en êtes-vous sur ?

 

En toute amitié de la part de Tom Pouce.

 

 

 

 

 

 

Frédéric Godefroy est l’auteur du Grand dictionnaire de l’ancienne langue française qui est le répertoire le plus considérable de la langue du moyen âge que l’on possède actuellement.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Helium 02/10/2010 21:49


Merci pour aider et garder l'esprit traditionnel vivant à l'esprit de nos petits et grands.
A bientot,
Helium


Hermophyle 03/10/2010 11:22



Bonjour,


Merci de me lire. Oui l'esprit traditionnel est lié à ces vagues de fond qui maintiennent et poussent en surface les valeurs fondamentale que seul l'esprit des enfants peut saisir dans toute son
ampleur.


Bien à vous dans Hélios.



Guern' de Bé 14/06/2010 12:15


Je connais ce conte par coeur l'ayant lu moult fois à mes deux enfants... Evidemment, je n'en connaissais pas cette version alchimique qui m'inspire...
Ne serait-ce pas une loi de la Nature que tout être vivant se crée dans un vase clos : les graines germent dans la terre, les larves des insectes dans leur cocon, les poules dans les oeufs, les
mamifères dans le ventre de leur mère, etc. Il doit bien exister une exception qui confirme la règle...mais je ne la trouve pas.


Hermophyle 21/07/2010 17:54



Les contes de Grimm ont plusieurs facettes. Vous ne pouviez pas avoir ventendu parler de sa version alchimique puisqu'elle est rare. J'en ai jamais entendu parler.


Oui, tout être vivant né dans un vase clos, c'est d'ailleurs pour cela que l'alchimie le traduit puisque c'est l'antique science de la vie. Le vase clos de la naissance ne souffre aucune
exception par c'est seulement en vase clos que peuvent se manifester les forces qui luttent contre la destruction et la mort.



Présentation

  • : Alchimie, cabale
  • : Il s'agit ici d'Initiation christique, de lien entre le christianisme initiatique ancien et les différents courants de la mystique permettant une fructueuse transformation de la pensée(métanoïa) pratiquée par les alchimistes. Des sujets divers sont abordés : Spiritualité, initiation, alchimie, cabale, mythologie, symbolisme...
  • Contact

Recherche

Liens