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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 07:56

Article revu et édité en gros caractères sur EKABLOG.

Oui, Bérenger Saunière le célèbre curé de Rennes le Château était non seulement richissime mais aussi hérétique ! Surprenant direz-vous et pourtant certains de ces propos prononcés en chaire ne laissent aucun doute : au Moyen Âge, il aurait fini sur les fagots !

Nous trouvons ces incontestables dérives dans les sermons destinés à l’enseignement des fidèles (et quels enseignements !) écrits de sa main et qu’il prononça, en 1890, lorsqu’il était curé par intérim, – en remplacement de l’abbé Vernioles et en attendant l’abbé Gaudissard,– au village d’Antugnac situé à quelques kilomètres de Rennes le château et non loin de sa maison natale de Montazel. Evidemment il était toujours curé de Rennes le Château mais avec la permission de "biner" c'est-à-dire de célébrer deux messes le dimanche.

Le plus étrange dans cette histoire est que les recueils de ces sermons, intitulés Mon enseignement à Antugnac (Éditions Bélisane, 1984) sont introduits par l’abbé Bruno de Monts, un prêtre catholique, qui ferma pudiquement les yeux sur cette criante anomalie mais peut-on le lui reprocher ? N’oublions pas que le jour de son ordination un prêtre prononce une promesse appelée « promesse d’obéissance canonique » où Il s’engage devant Dieu à défendre l’Église et ses collègues ecclésiastiques « à tout prix ». Et cet « à tout prix » est d’un flou tel qu’il correspond à une carte blanche ou à un « permis de tuer » pour reprendre le titre, si expressif, d’un film célèbre…

Lorsque j’étais étudiant, je côtoyais à Limoux, dans ma fonction de pion et accessoirement d’enseignant, des prêtres. Un jour une série de conférences d’ordre pédagogique fut prévue par l'évêque à Castelnaudary et je fus donc convoqué avec l’abbé directeur du Lycée. Avant de partir il me confia que l’abbé Gau (ancien député et ancien mandataire pour tenter de récupérer, auprès de Noël Corbu, l’héritage de l’abbé Béranger Saunière) était désigné, par l’évêque de Carcassonne pour faire une conférence sur la pédagogie. Il insista, auprès de mon abbé directeur, plus compétent que lui en ce domaine, pour qu’il fasse la conférence à sa place. Malgré la longue insistance de l’abbé Gau, il refusa et me confia en aparté qu’il sentait le piège. Et en effet s’en était un puisque dès le début de la conférence l’évêque entra pour surprendre en flagrand déli de désobéhissance mon patron de lycée. J’ai surpris le regard de mon directeur vers l’abbé Gau institué pédagogue de fortune. Vous voulez la traduction, de ce coup d’œil, en paroles crues ? La voici sans détours: « Mon salopard ! »

Cette petite anecdote vous permet de camper l’ambiance dans laquelle vivent les prêtres dont l’évêque teste en permanence la servilité qui doit rester quelque peu ancillaire.

Donc ne soyons pas surpris si l’abbé de Monts a relevé, dans son avant-propos, uniquement les incontestables qualités de Béranger Saunière mais en passant sous silence les preuves évidentes de sa dissidence… Il faut serrer les rangs.

Des qualités Saunière en avaient, c’est incontestable, mais elles étaient parfois complètement inappropriées. En effet, il est curé d’un milieu rural où 50 % des individue sont analphabètes et les 48% restants illettrés plus ou moins profonds. Que fait notre curé ? a l’occasion il montre qu’il est fin théologien et connaît le grec ou le latin ! Il expose des trésors de culture à une poignée de paysans qui n’y comprennent rien et s’endorment sur leur banc. Reston réaliste. Au XIXe siècle un paysan s’intéressait à l’avenir de ses récoltes ou à l’état de santé de ses biquettes. Cette particularité n’est d’ailleurs pas sans étonner Gérard de Sèdes :

« Mais il fait aussi montre d’une grande culture, au risque d’être incompris par les paysans qui l’écoutent, l’étymologie des termes latins et grec incorporés à la liturgie ainsi que l’origine des fêtes instituées par les saints ou les Pères » (p 26 Rennes le Château, le dossier, les impostures… Editions Robert Laffont. Paris 1988.) Souligné par mes soins.

La foi du charbonnier se passe de discours et notre curé ne pouvait l’ignorer. Pour nos paysans Bérenger Saunière Ne pouvait être un érudit mais, bel et bien un extraterrestre !

À qui s’adressait-il ? Cela ne pouvait être destiné qu’à une minuscule minorité cultivée. Et de cette minorité, il nous en parler. Écoutons-le en son prône en guise de commentaire de l’évangile, qu’il, appelle « spich » (p. 30), du 15 juin à propos d’un petit groupe étranger à la paroisse mais qui fréquentait la station balnéaire de Rennes-les-bains où officiait l’abbé Boudet:

« La reconnaissance nous fait un devoir, mes chers frères, de remercier ces nobles étrangers, ces insignes bienfaitrices de notre chère petite église, de la visite qu’elles ont daignée nous faire.

Leur arrivée au milieu de nous est un événement, je le répète et ce mot n’y est pas de trop, que nous ne saurions jamais oublier, un événement qui nous comble de joie et de bonheur, un événement qui honore notre paroisse et qui réjouit à la foi et le cœur des fidèles et l’âme du pasteur et cela au suprême degré, je ne crains pas de le dire. »

Drôle de spich en effet pour introduire un commentaire des Évangiles !

Nous sommes, il est vrai, en plein romantisme mais là l’exagération dépasse les bornes du raisonnable. Saunière manifeste, envers ses visiteurs, autant de respect, si ce n’est plus, qu’à son évêque ! Il appelle cette visite « un événement » qui le comble de joie et de bonheur, qui honore la paroisse, et, comble de superlatif : « réjouit l’âme du pasteur et cela au suprême degré, je ne crains pas de le dire. »

Non c’est trop tonitruant pour saluer la seule venue d’un portefeuille bien garni. Il s’agit, comme le dit Saunière lui-même, de celles et ceux qui ont contribué à l’agencement de l’église et à sa décoration y compris les bouquets ornant l’autel à l’occasion de cette cérémonie du 15 juin 1890 ou notre curé va "biner".

Mais il y a plus beaucoup plus car cela montre une relation spirituelle puissante avec ce groupe car jamais au grand jamais un prêtre ne remplace un commentaire des Évangiles du jour par un véritable chant de gloire en l’honneur des invités jusqu’à demander aux fidèles de prier pour eux !

Le commentaire des Évangile est escamoté ! C’est tout simplement aberrant ! C’est en fait significatif que notre curé reçoive en son sanctuaire non seulement des bienfaiteurs mais surtout des amis. Je le répète, ce « prône » véritable « spich » de réception le prouve sans ambiguïté possible.

Notre curé va plus loin encore dans la marginalisation et l’hétérodoxie, en spécifiant que toute la messe est réservée à ses invités, qu’elle est uniquement pour eux… et « vous autres » fidèle, vous pouvez vous brosser, contentez-vous de prier pour eux, car vous n’aurez rien. Vous aurez votre messe demain ! Ne sommes-nous pas en plein surréalisme ?

« Unissez-vous d’intention à votre pasteur pendant le saint sacrifice de la messe qu’il va continuer à célébrer pour eux, tout en se réservant de l’offrir pour vous autres demain… » p 31. (c’est moi qui souligne)

La présence de ses amis qu’il ne peut qu’avoir rencontrés chez l’abbé Boudet de la station thermale de Rennes-les-Bains, (située à 25km de là) montre une connivence entre les deux prêtres. Béranger leur accorde une valeur indépendante de leur fortune, laquelle n’est pas étrangère à la réfection de l’église dont le nouvel autel fut consacré par l’évêque quelques mois auparavant, alors que le porche est encore en construction au moment de cette cérémonie et que la chaire en attente de réception.

Cela montre combien les fonds nécessaires à la réfection de l’église ne reposent pas sur un trafic de messe. En plus Béranger Saunière livre (dans ce carnet intime) les noms de ses bienfaiteurs, nom qu’il a refusé de donner à son évêque. Il s’agit de Mr et Mme Cavaihé de Mme Cazal et de Mme Barrière. Il fut donc condamné par l’officialité pour trafic de messe alors qu’il aurait pu livrer les noms de ces familles bienfaitrices !

Par ailleurs, pourquoi l’abbé Boudet qui les connaissait n’a-t-il pas insisté auprès de Saunière pour qu’il le fasse ? Mieux, pourquoi n’est-il pas intervenu lui-même, sous le sceau du secret, auprès de l’évêque ? Silence complice donc et silence nécessaire!

Il s’agirait d’un secret partagé avec l’abbé Boudet. Mais quel secret ? En d’autres termes qu’elle est la valeur de ses riches visiteurs au point de préserver, à tout prix, leur anonymat et de les célébrer comme d’éminents personnages, si ce n’est qu’ils sont réellement éminents ?

La valeur réelle de ce groupe dépasse amplement, pour Saunière et Boudet, celle de leur richesse. De quoi s’agit-il donc ? Il ne peut s’agir que de savoir partagé, de connaissance commune où la bienfaisance n’est qu’un prétexte pour se rencontrer et en réalité rendre hommage soit à des enseignants reçus par Béranger soit à des sœurs et frères qui partagent le même savoir.

À partir de là il est impossible d’en savoir plus sur ces connaissances partagées mais le comportement de l’abbé Saunière va nous éclairer. Il est incontestable qu’il prend des libertés vis-à-vis de la doctrine chrétienne au point de sentir le soufre.

Le même recueil de prônes écrit par notre curé vas nous édifier quant à sa curieuse manière de « déifier » la Vierge Marie en manifestant une sorte de « mariolâtrie » que l’Église condamne car la Vierge est supérieure au Christ. Le passage suivant est sans ambiguïté :

« Si par malheur, mes chers frères, ce qu’à Dieu ne plaise, vous veniez à oublier que vous êtes chrétien, enfant de Dieu et de l’Église ; si par malheur vous veniez à perdre de vue avec les bons principes de votre enfance des résolutions de votre première communion ; si par malheur, dis-je, entraîné par vos passions, au milieu des orages de la vie, vous veiniez à perdre de vue la pratique de notre sainte religion, les commandements de Dieu et de l’Église, si vous veniez à renier, et votre foi, et votre baptême et votre bonne mère l’Église. Ah ! je vous en conjure, respectez la bonne Vierge, aimez là, priez là, respectez là, honorez là et Marie qu’on n’invoque pas en vain, ne permettra pas votre perte et votre damnation. Ainsi soit-il.

Cette fin de prône a quelque chose de surréel qui surprit Gérard de Sèdes au point de lui faire écrire : « Enfin, peut-être montre-t-il un bout d’oreille hétérodoxe ». (Op. cit. p. 27). Il poursuit ensuite en s’interrogeant :

« Curieuse dévotion a cette Bona Dea, à l’éternel Principe féminin qui, dans la bouche de Béranger, semble transcender les croyances et les confessions. » (idem supra)

Gérard de Sèdes ne pouvait qu’employer le conditionnel car les implications de cet éternel principe féminin tel que le décrit l’épître de l’immaculée conception du 8 décembre n’a pas un autre sens. Sens toujours incompris par ceux qui n’ont pas une connaissance suffisante des lois de la nature, mais ce n’était pas le cas de Saunière :

« Le Seigneur m’a possédé au commencement de ses voies. J’étais avant qu’il formât aucune créature. J’étais de toute éternité avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient pas encore, et déjà j’étais conçue. Les fontaines n’étaient pas encore sorties de la terre ; la pesante masse des montagnes n’étaient pas encore formée ; j’étais enfantée avant les collines. Il n’avait créé ni la terre ni les fleuves, ni affermi la monde sur ses pôles. Lorsqu’il préparait les Cieux, j’étais présente ; lorsqu’il environnait les abîmes de leurs bornes et qu’il prescrivait une loi inviolable ; lorsqu’il affermissait l’air au-dessus de la terre ; lorsqu’il donnait leur équilibre aux eaux des fontaines ; lorsqu’il renfermait la mer dans ses limites et lorsqu’il imposait une loi aux eaux afin qu’elles ne passassent point leurs bornes ; lorsqu’il posait les fondements de la terre, j’étais avec lui et je réglais toutes choses. »

Mais Béranger ne reste pas sur cette sorte d’envolée lyrique et sulfureuse sur la Vierge Marie et montre son hérésie le jour de la Pentecôte du 25 mai 1890. C’est à ce moment qu’il manifeste réellement son hétérodoxie en inventant (soulignée dans le texte ci-dessous) une croyance populaire qui n’existe pas :

« Dix jours s’étaient écoulés, pendant lesquels ils (les apôtres) avaient persévéré unanimement dans la prière, lorsque tout à coup, il se fit un grand vent autour du cénacle, un globe de feu apparut et selon une pieuse tradition, vint se reposer sur la tête de Marie pour se diviser ensuite en forme de langue de feu qui vinrent se placer sur la tête e chacun des apôtres. » (p.18)

Cette « pieuse tradition » est une pure invention pour donner une importance capitale à la Vierge en totale contradiction avec les Églises d’Orient ou la Vierge est représentée dans le cénacle sans une langue de feu au-dessus de la tête car, disent les Orthodoxe, elle a déjà reçu le saint Esprit à l’occasion de la naissance de Jésus !

Alors quel est le sens de cette curieuse « tradition » que rapporte Saunière ? C’est que la Vierge est l’unique réceptrice de l’Esprit et c’est elle qui « enfante » non seulement le Christ mais aussi tout l’Esprit qui se diffusera aux apôtres.

Évidemment, cela a un double sens car la mère ou mater n’est autre que la matière qui va recevoir l’Esprit et le distribuera ensuite aux hommes de bonne volonté. C’est tout simplement l’alchimie dont le symbolisme ne pouvait qu’imprégner les décorations de l’église de notre curé. J’ai expliqué cela dans mon livre Rennes la château : La carte des trésors.

Avec toute mon amitié.

LE CURE HÉRÉTIQUE DE RENNES LE CHATEAU

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