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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 05:51

(Cet article est le second et dernier traitant ce sujet)

Avec l’alchimie pour guide, nul n’est besoin, pour comprendre la symbolique maçonnique (ainsi que la symbolique en général), d’être un fin spéculateur. La seule nécessité est d'être un analogiste vigilent et logique. Jamais cette logique ne doit être prise en défaut !

Disons au passage qu’il existe un secret important sur le plan humain. Ce secret concerne l'individu qui se présente à la porte du temple. En effet, il s'avère nécessaire pour interpeller dans sa dimension affective et sensible celle ou celui qui décide un jour de bâtir sa cathédrale intérieure. Il consiste à «responsabliser» les apprentis alchimistes qui doivent impérativement et devant le tabernacle faire, face à eux même et à Dieu, la promesse de silence. Cette promesse, il l'écrit lui-même et la signe à genou, face a l’autel… A partir de cet instant les hommes n’ont plus de rôle à jouer pour que se perpétue à travers les siècles cette connaissance, dont j’affirme – pour l’avoir vu – que ceux qui ne restent pas fidèles à leur serment, sous un prétexte ou un autre, perdent d’une manière sélective la mémoire du Grand Œuvre alchimique. Mon maître me disait à propos de ces parjures : « C’est comme si tout devenait confus et que disparaissait progressivement leur connaissance alchimique. On peut comparer cet étrange phénomène à un tableau qu’on efface. » et il ajoutait que certaines voies, pour réaliser le Grand Œuvre alchimique, provenaient de ce « tableau » mal effacé. Il en est probablement de même pour les différents rituels maçonniques qui proviennent d’une source commune plus ou moins gommée et devenu la proie de multiples ego avides de gloriole et de tabliers bariolés. Ces remarques permettent de mieux cerner le sens profond de la tour de Babel, et donc celui de la Parole Perdue.

 

A quoi sert la planche à tracer du menuisier et du charpentier ? Comme son nom l’indique, à tracer à la pointe sèche et à en grandeur nature (échelle 1) sur une planche large et mince, l’ouvrage qui va être réalisé. Cette planche servira en permanence de point de repaire au fur à mesure de l’avancée des travaux. Lorsque l’ouvrage sera terminé, il devra se superposer exactement au tracé qui est sur la planche. Pour éviter toute imprécision, cette « planche » ne sera pas dessinée au crayon, mais avec la pointe d’acier d’une pointe à tracer appelée pointe sèche.

La dimension hermétique est évidente, car l’utilisation de cette planche à tracer était aussi utilisée par les maçons tailleurs de pierre, notamment lorsqu'il s'agissait d'oeuvrer sur une rose. Cette manière de procéder n’est pas sans analogie avec la loi d’hermès révélée dès les premières lignes du texte de la Table d’émeraude qui aurait été rédigée par Hermès Trismégistes, l’inventeur mythique ou réel de l’alchimie :

 

« Ce qui est en bas (la planche) est comme ce qui est en haut (la pièce qui est posée dessus) et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. »

 

Quant à la pointe sèche, elle correspond au feu cristallisé, ou dents ou encore crocs seul capable de tracer la route et le sillage du vaisseau philosophal. L’énigme de ce feu est précisément décrite dans le catéchisme du rituel maçonnique de cet alchimiste praticien qui était le baron de Tchoudy. D'où le nom d'étoile flamboyante dont les cinq branches n'ont pas de rapports avec la quintessence alchimique mais plutôt avec... les cinq doigts de la main ! La raison en est que la dynamisation joue un rôle non négligeable en alchimie. Fulcanelli en son Mystère des cathédrales est des plus expressif  lorsqu'il décrit l'alchimiste de pierre de Notre-Dame de Paris :

"Coiffé du bonnet phrygien, attribut de l'Adeptat, négligemment posé sur sa longue chevelure aux boucles épaisses, le savant, serré dans la cape légère de laboratoire, s'appuie d'une main sur la balustrade, tandis qu'il caresse, de l'autre, sa barbe abondante et soyeuse. Il ne médite pas, il observe. L'oeil est fixe ; le regard d'une étrange acuité. Tout, dans l'attitude du Philosophe, révèle une extrême émotion. La courbure des épaules, la projection en avant de la tête et du buste trahissent, en effet, la plus forte surprise. En vérité, cette main pétrifiée s'anime. Est-ce illusion? On croirait la voir trembler..." 

Outre le feu de cheveux dont disserte Gébert, la dynamisation est discrètement évoquée. C'est elle qui permet la naissance de l'étoile et qui fut appliquée avec fruit en médecine hermétique comme en spagyrie et homéopatie. Cette nécessité de l'utilisation de la paume de la main est non seulement incontestable en alchimie mais aussi et surtout en Franc Maçonnerie, car nul ne saurait mettre en doute son origine manuelle ! 

Une partie de ce
Catéchisme ou instruction pour le grade d’adepte ou apprenti philosophe inconnu[1], fut repris par Oswald WIRTH dans son ouvrage Le symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la Franc Maçonnerie, actuellement publié chez Dervy. A partir de la 148ème demande on peut lire à la page 179 et suivantes (édition de 1969) :

 

« D. 148. De quel feu doit-on se servir dans notre œuvre ?

R. Du feu dont se sert la nature.

D. 149. Quel est le pouvoir de ce feu ?

R. Il dissout toutes choses dans le monde, parce qu’il est le principe de toute dissolution et corruption.

D. 150. Pourquoi l’appelle-t-on aussi mercure ?

R. Parce qu’il est de nature aérienne et une nature très subtile participant toutefois du soufre, d’où il a tiré quelques souillures.

D. 151. Où est caché ce feu ?

R. Il est caché dans le sujet de l’art.

D. 152. Qui est-ce qui peut connaître et former ce feu ?

R. Le sage sait construire et purifier ce feu.

D. 153. Quel pouvoir et qualité ce feu a-t-il en soi ?

R. Il est très sec et dans un continuel mouvement et ne demande qu’à corrompre et à tirer les choses de puissances en acte ; c’est lui enfin qui, rencontrant dans les mines des lieux solides, circule en forme de vapeur sur la matière et la dissout.

D. 154. Comment connaîtrait-on plus facilement ce feu ?

R. Par les excréments sulfureux où il est renfermé et par l’habillement salin dont il est revêtu.

D. 155. Que faut-il à ce feu pour qu’il puisse mieux s’insinuer dans le genre féminin ?

R. À cause de son extrême siccité, il a besoin d’être humecté.[2] »

 

En bref, ce passage aux termes choisis dit que le feu des alchimistes est celui dont se sert la nature pour faire évoluer les choses et les êtres. Son pouvoir est la dissolution afin de purger la substance de ses impuretés. Il est caché dans le sujet de l’art ou protholithe ou matéria prima (matière première) où il prend le nom de sel des philosophes de couleur rose, présent en dose infinitésimale. Le sel philosophique qui aide le sel des philosophes dans son action doit être purifié afin d’être efficace. Associé au feu lévogyre, il circule sous forme de vapeurs provoquant une dissolution profonde de la matière. Son action permet le rejet des impuretés liées au soufre, et forme une enveloppe protectrice (habillement salin). Pour qu’il puisse pénétrer profondément les corps il est préférable de l’utiliser à l’état liquide (voie humide).

Lorsque le lecteur sera familiarisé avec la terminologie alchimique, s’il n’est pas trop imbu de ses découvertes (c’est le plus pernicieux des obstacles qui mène directement à l’échec surtout quand un individu s’écoute parler ou cherche à « épater » les autres.) il pourra progresser rapidement. Il n’est pas question ici de rédiger un texte sur l’alchimie mais de montrer combien l’alchimie au laboratoire est présente dans la littérature des Francs maçons. Rédiger une étude quelconque sans savoir cela c’est ignorer l’universalité du symbolisme maçonnique dans toute son extraordinaire dimension. Dans son rituel maçonnique, pour éviter toute ambiguïté quand au sens pratique de son catéchisme, le baron fit figurer après les trois premier grades[3], un chapitre entier intitulé : Instruction pour faire le Grand Œuvre ne se prêtant absolument pas aux interprétations spirituelles ou symboliques, ce qui devrait ouvrir les yeux aux spéculateurs unilatéraux. Par exemple :

 

« La matière évaporée jusqu’à sècheresse, il vous reste au fond du pot un sel fixe (sec) que vous prendrez étant encore chaud ; et le réduirez en poudre avant que l’humidité de l’air, l’ai rendu moite. Vous le mettrez ensuite dans un pot de terre à feu… après quoi, tirez la matière du pot, et l’exposer à l’air, pendant 7 à 8 heures plus ou moins suivant la quantité. Là, une partie de cette masse saline s’humecte de l’humidité mercurielle de l’air, et attirant à soi, comme dans son centre, cet esprit universel… »[4]

 

Sachant que ce chapitre est au cœur du livre, il est impossible que le catéchisme ait un sens uniquement spirituel ou symbolique. Évidemment cette partie éminemment pratique n’est jamais citée dans les ouvrages à visée spiritualiste ou spéculative. N'en doutez pas, cet extraordinaire catéchisme est inséparable d’un rituel alchimique.

De ce fait, les tableau des grades d’apprentis, compagnons et maître doivent s’interpréter d’une manière logique et concrète. Le résultat peut s'avérér être en totale contradiction avec ce qui est enseigné dans les loges depuis des lustres. Partons de la définition généralement admise :

 

« La Planche à tracer, nous dit Jules Boucher à propos de la description du tableau d’apprenti, est un rectangle sur lequel sont indiqués les schémas qui constituent la clé de l’alphabet maçonnique.

Le symbolisme maçonnique fait que le papier sur lequel on écrit est appelé « planche à tracer » et que le verbe « écrire » est remplacé par l’expression « tracer une planche ».

C’est sur la « Planche à tracer » que le Maître établit ses plans ; mais l’Apprenti et le compagnon n’en doivent pas ignorer l’emploi et doivent s’exercer – maladroitement peut-être – à ébaucher leurs idées. C’est pourquoi ce symbole figure déjà dans le Tableau d’Apprenti ».[5]

 

Apparemment les explications de Jules Boucher sont des plus pertinentes, puisque ces deux signes représentant les deux clés de l’alphabet maçonnique qui sont dessinées, comme il se doit, sur la planche à tracer. L'interprétation au premier degré semble dire qu'il faut tracer des lettres sur la planche, et donc écrire un texte. 

D’autre part, pour confirmer cette interprétation, ces deux schémas traduisent les formes essentielles de la pierre cubique à pointe, mise à plat sur la planche à tracer.

Soyons un peu plus vigilent, comme l'indique le coq du cabinet de réflexion qui enseigne cette qualité à tout néophyte. Remarquons que les fenêtres grillagées, dont l'une est à l'Orient, ont une forme de maillage qui peut être aussi bien en losange qu’en carré, car les textes bibliques sur le temple de Salomon sont muets à ce propos. D’autre part la fenêtre qui est au dessus de la planche à tracer s'ouvre vers le lever du soleil.

Ces seules observations permettent de donner une définition de la Planche à tracer différente de celle habituellement décrite. Sans que les interprétations coutumières soient dévalorisées, elles prennent un sens différent à la lumière de l’alchimie.

Il y a plus, la liturgie de la messe catholique prend un nouveau relief et montre que le prêtre ne doit pas se tourner vers les fidèles quand il officie, surtout lorsque l’hostie est posée au centre du corporal, et donc sur le caré central de la grille de l'alphabet maçonnique, grille correspondant aux plis du corporal déplié et posé sur l'autel.

Pourquoi nous appesantir sur ces formes géométrique? Parceque au lever du soleil l’ombre du grillage se projette sur la Planche à tracer qui n’est pas sans rappeler l’autel sur lequel le prêtre  officie. Si le grillage est à mailles carrées on obtient, sur la planche à tracer, des ombres en carrés dont l’élément fondamental est la croix grecque, s’il est à mailles en losange on obtient des losanges dont l’élément constitutif est la croix de saint André. Si le prêtre se place face au fidèle, il empêche la manifestation de la lumière d'Orient sur la planche à tracer. Plus exactement il la reçoit sur son derrière... L'adorateur tourne ses fesses vers son Dieu qui disait : " Je suis le lumière du monde" (Jean VIII, 12). Oui ! La messe catholique actuelle célèbre le sabbat. N'en doutez pas, C'est une messe de l'ombre et donc d'une messe noire qu'il s'agit ! 
L’alchimiste Saint Jean
[6] précise que faire obstacle à la lumière qui est la vie, cela est impossible pour un prêtre, car dans ce cas il rend hommage aux ténèbres. C'est alors le silence stérile, dans le sens de perte du Verbe qui devient verbiage d'animateur et se voit remplacé par l'obscurité du Golgotha.

 

La disposition des dessins sur les tableaux d’apprentis et de compagnons montre que l’écriture sur la planche à tracer n’est pas celle de notre stylo. C’est l’écriture de la lumière. A partir de cette remarque, le rôle de la planche à tracer n’est pas d’écrire un texte (pensez au analphabètes et aux illettrés qui accompagnent l’histoire de la Franc Maçonnerie et de l’alchimie) ou un discours, mais de découvrit les traces de la lumière autour de nous et en nous. La pierre brute se cisèle avec la lumière. Le ciseau est un rayon de soleil qui fut symbolisé en Égypte par l’obélisque. Tout ce discours sur la lumière peut  sembler s’apparenté à une spéculation de plus, une interprétation personnelle. Il n’en est rien puisque l’alchimiste Fulcanelli s’attarde à juste titre sur la croix grecque et celle de saint André :

 

« Jésus sur sa croix, est l’image de l’irradiation ignée, lumineuse et spirituelle incarnée en toute chose.

C’est cette force supérieure et spirituelle, agissant mystérieusement au sein de la substance concrète, qui oblige le cristal à prendre son aspect, ses caractéristiques immuables ; c’est elle qui en est le pivot, l’axe, l’énergie génératrice, la volonté géométrique. Et cette configuration, variable à l’infini, quoique toujours basée sur la croix, est la première manifestation de la forme organisée, par condensation et corporification de la lumière, âme, esprit ou feu. »[7]

 

Le G, initiale de géométrie, qui est au cœur de l’étoile flamboyante, prend un tout autre sens que celui de tracer des figures avec la règle, l’équerre et le compas. La force fondamentale et spirituelle de l’univers qui organise et « géométrise » la nature est celle qui génère les mondes et sublime les sphères ou petits mondes appelés granules, d'où les grains de blé et ceux de raisin à l'origine, dans l'Eglise, du vin et du pain eucaristique. Cette phase "granuleuse" est connue sous le nom de mondification ou art de créer des mondes. Cela peut-être considéré comme une manière de parler. Si l'on consulte les Grimoires de Paracelse, dont j'ai sous les yeux la première et vénérable traduction de 1911 réalisée par René Schwaebler à Paris chez H. Daragon. Dans cet précieux ouvrage on lit à la page 69, dès les premières lignes du chapitre portant le titre Ce qu'est l'alchimie, une image confondante de la mondification qui peut nous paraître suréaliste, et pourtant...:

 

« Le globe terrestre n'est autre chose qu'une pierre abjecte, épaisse, impure, corrompue, qui fut broyée et se recoagula, et qui plane tranquillement dans le firmament. »

 

Revenons à nos moutons...

Fulcanelli précise que la croix grecque et celle de Saint-André n’ont pas, en alchimie, un sens différent :

 

« Car la croix grecque et celle de Saint-André ont, en hermétisme, une signification exactement semblable. »[8]

 

L’adepte confirme ensuite à la même page l’importance des relations entre l’X et la lumière. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Église fait débuter le cycle sanctoral[9] de l’année le 30 novembre jour de la fête de l’Apôtre saint André.

 

« La croix de Saint-André (Χίασμα), qui a la forme de notre X français, est l’hiéroglyphe, réduit à sa plus simple expression, des radiations lumineuses et divergentes émanées d’un foyer unique. Elle apparaît donc comme le graphique de l’étincelle. On en peut multiplier le rayonnement, il est impossible de le simplifier davantage. Ces lignes entrecroisées donnent le schéma du scintillement des étoiles, de la dispersion rayonnante de tout ce qui brille, éclaire, irradie. Aussi en a-t-on fait le sceau, la marque de l’illumination et par extension de la révélation spirituelle. »[10]

 

« Le X grec et l’X français représentent l’écriture de la lumière par la lumière même, la trace de son passage, la manifestation de son mouvement, l’affirmation de sa réalité. C’est sa véritable signature.»[11]

 

Les citations que précèdent montrent que l’écriture sur la planche à tracer est bien l’écriture de la lumière. De ce fait il n’est pas question d’élaborer un exposé, fut-il ou non sous forme d’esquisse. Dans le tableau d’Apprenti et dans celui de Compagnon, la planche à tracer invite à apprendre à recevoir la lumière, ce qui nécessite une démarche totalement opposée à celle de l’élaboration d’un discours. Et le premier pas pour s’approcher de la lumière est le silence mental. Je vous invite donc à relire le premier article consacré au silence.



[1] Oswald WIRTH, de son propre chef, ajoute au titre de ce catéchisme le qualificatif de sublime qui n’existe pas dans le manuscrit du Baron de Tschoudy du XVIIIe siècle. D’autre part il met une lettre majuscule à l’initiale du mot Adepte, alors qu’il doit comporter une lettre minuscule, car le mot Adepte est réservé à ceux qui ont réussi la Pierre Philosophale en eux-mêmes et au laboratoire.

[2] J’ai mis en italique les mots et passages importants.

[3] Les trois premier grades ne sont pas comme à l’accoutumée ceux d’apprenti, compagnon et Maître. Ils s’appelle tout trois Chevalier de l’aigle noir dit Rose Croix, ce qui annonce la couleur si je puis dire et désigne sans le moindre doute la dimension alchimique du rituel. D’autre part les trois premiers grades n’en constituent qu’un seul. Cette étape tripartique ou premier grade franchi, le récipiendaire peut passer à la pratique au laboratoire, d’où les instructions pour le Grand OEuvre. A la suite de quoi il devra franchir les six grades philosophiques. Ce rituel a donc en tout sept grades, ce qui concorde avec les sept bains de purification du chevalier (cabaliste) de l’aigle noir.

[4] Manuscrit de Tous les rituels alchimique du Baron de Tchoudy, p. 50. Éditions Arma Artis, Paris.

[5] Opuscule cité p. 175 et 176.

[6] Voir l’ouvrage Apocalypse révélation alchimique rédigé par l’ingénieur des mines Jean de Clairefontaine qui fut l’un de mes maîtres. Cet alchimiste, ami de Roger Caro et de Don Néroman, publia cet ouvrage sur l’Apocalypse en 1985 aux éditions Axis.

[7] Fulcanelli Les demeures philosophales, p. 346-347. Éditions J. J. Pauvert, Paris 1964.

[8] Fulcanelli Op. Cité, p.342.

[9] Le 30 novembre débute chaque année le cycle de la fête des saints que l’on retrouve dans le calendrier. Dans les fêtes de la semaine la messe est célébrée en l’honneur du saint du jour. Quand il y a plusieurs saints fêtés le même jour on fait « mémoire » de leur fête en les citant, car on n’en finirait plus de célébrer des messes. Par exemple le 17 janvier on dira la messe en l’honneur de saint Antoine appelé le « père des moines » (fin du IIIe siècle). On fera mémoire de saint Sulpice, de sainte Roseline et de saint Genou qui se fêtent tous le 17 janvier.

[10] Idem supra.

[11] Idem supra.

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 05:08

(Cet article est le premier des deux qui portent le même titre.)

Il est difficile de parler de certains sujets sans se référer à son propre vécu. Pardonnez-moi d’oser me mettre en scène… déjà que le je est haïssable ! La raison de cette entorse est que je suis persuadé que non seulement ce procédé insuffle un peu de vie au texte et facilite ainsi sa lecture mais surtout il aide à mieux saisir des explications parfois abstraites. En effet, cette manière de procéder contribue à mieux comprendre et analyser un sens obscur grâce à l’extrapolation analogique avec l’histoire racontée. Que les « humbles » qui jugent cette manière didactique répréhensible soient rassurés, je ne les contredirais pas s’ils affirment que mon ego est monumental…

 

In illo tempore, au milieu des années 50 – je n’avais pas quatorze ans –  j’étrennait ma première salopette de menuisier. Au collège technique de Narbonne (jouxtant le collège Victor Hugo) je reçus mes outils et mes premières instructions au pied du chef d’œuvre d’un compagnon du tour de France. La complexité, la finesse de cette œuvre était étourdissante et à la seule vue de ce travail qui avait demandé plusieurs années de labeur acharné à un véritable artiste (nos guides nous répétaient inlassablement que dans le mot artisan il y a artiste, que les artisans étaient d’abord des hommes de l’art) je me demandais, ainsi que mes compagnons apprentis, si je n’avais pas fais fausse route, si le métier n’était pas au-dessus de mes capacités !

J’appris par la suite que nos instructeurs avaient voulu sciemment mettre face à face l’alpha et l’oméga, l’apprenti et le maître réalisé devenu, par ce chef-d’oeuvre – concentré de ses vastes connaissances – meilleur ouvrier de France. Mes compagnons et moi-même comprirent par la suite que les premiers pas dans le métier exigeaient une prise de conscience afin de rester humble devant le travail qui commençait à peine, et respecter l’immense savoir en la matière de ceux qui nous guidaient.

Dans ce chef-d’oeuvre, véritable dentelle de bois ou une fenêtre à imposte s’inscrivait au cœur d’une verrière (à petits carreaux) bombée vers l’extérieur. Peu de pièces étaient identiques et les assemblages me paraissaient impossibles à réaliser impeccablement dans leurs triples dimensions. C’est là, devant cet admirable travail, que me fut enseignée l’importance de la planche, non pas celle qui sert pour construire les échafaudages, mais celle qui devient une référence quand il s’agit de fabriquer une pièce complexe et que, dans le métier, on appelle planche à tracer. Ce fut également à ce moment que je réalisais qu’existait la cabale – ou manière, généralement phonétique, de s’exprimer – des alchimistes car cette fenêtre était consacrée tout entière à la génération, à la naissance (fait-naître) et donc à la néguentropie qui construit les êtres et les choses, qui génère les êtres vivants et les mondes (granule). Dans la philosophie des anciens ces divers processus de création s’appellent la « mondification ». C’est, dans le cadre des techniques de l’antique alchimie qu’existe une phase appelée création de « mondes » lorsque se sublime ou s’élève un corps brillant que l’on appelle l’étoile du matin… Il est évident que la genèse des mondes et l’étoile qui se lève ne saurait être mieux représentée que par la lettre G, initiale de granulation, genèse, Grand Œuvre, Graal et géométrie, ce dernier terme s’applique, évidemment, plus particulièrement à la planche à tracer. L’analogie de forme de la lettre initiale de ces différents termes – tout comme celle du C et du O – avec la sphère est suffisamment expressive pour comprendre que ce genre de parallélisme n’a aucun rapport avec le symbolisme spéculatif.

 

 

L’étoile au sein de laquelle émergent les mondes, est représentée dans l’Église par la Vierge qui va enfanter. C’est pourquoi elle est appelée dans les litanies « étoile du matin ». Il s’agit donc, n’en doutons plus, d’un fait de laboratoire bien concret.

Après avoir été inscrite, à juste titre, dans le rituel maçonnique, cette étoile flamboyante fit l’objet d’approfondissements spirituels et donc d’analogies diverses d’une richesse considérable. Cette étoile de feu est inséparable de la mondification et donc de la création ne saurait être passée sous silence par les différents auteurs :

 

« La consécration des deux espèces (durant la messe) – dit Eugène Canseliet en son Alchimie[1]– correspond aux sublimations, qui composent, en somme, tout le deuxième œuvre, et que Philalèthe, en particulier, a dénommé les aigles volantes, parce que se produit alors l’élévation des parties subtiles et mondées, à la surface du compost. »

 

Outre le parallélisme avec la messe – que connaissaient nos pères avant les réformes du concile Vatican II, – et la position des aigles volantes au début de solve, donc dès le deuxième œuvre (après la préparation ou premier œuvre) un passage n’aura pas échappé au lecteur, c’est celui de « parties subtiles et mondée ». Cette partie mondée correspond à la mondification, moment ou s’envolent les granules. C’est pourquoi dans les églises on dit que la chorale « chante à l’aigle », car le lutrin supportant l’antiphonaire à très souvent la forme d’un aigle posé sur une granule. Ainsi, Fulcanelli à la page 109 de son Mystère des Cathédrales (édition 1964) souligne sans ambiguïtés la relation entre la Genèse et les granulations :

 

« De même que le jour, dans la Genèse, succède à la nuit, la lumière succède à l’obscurité. Elle a pour signature la couleur blanche. Parvenu à ce degré, les Sages assurent que leur matière est dégagée de toute impureté, parfaitement lavée et très exactement purifiée. Elle se présente alors sous l’aspect de granulations solides ou de corpuscules brillants, à reflets adamantins et d’une blancheur éclatante. »         [2]

 

Les apprentis ou néophytes ne pouvaient être formés directement à l’alchimie opérative. Ils découvraient d’abord la théorie du Grand Œuvre qui précède l’entrée au laboratoire afin d’observer de visu l’Étoile du matin lors de la création des mondes.[3] Tout comme actuellement, les débutants étaient d’abord formés au maniement de l’analogie cabalistique, avec des extrapolations progressives vers l’alchimie interne et externe (laboratoire). C’est de cette manière que progressivement était enseigné un adepte qui devenait d’abord symboliste puis théoricien du grand art au fil des sept initiations. Au cours de la première était donnée la clé fondamentale de l’adjuvent salin permettant l’acquisition d’un vocabulaire particulier et de multiples extrapolations cabalistiques. La seconde montrait avec évidence l’importance des trois corps fondamentaux symbolisés par les trois points, afin d’accéder au compagnonnage. Ces trois points disposés en triangle symbolisent l’élément feu, lequel en sa qualité de substance, se place naturellement, par sa moindre densité, au dessus du mercure[4] qui sera plus tard à l’origine de la forme granulaire de la Pierre naissante.

Être frère aux trois points c’était donc connaître l’athanor et ses feux et aussi le mystère de la triple séparation et de la triple réitération du rebis. La Maîtrise ou troisième étape permet de maîtriser le sens des poids de nature pour entrer de plain-pied dans la fabrication de la Pierre et l‘œuvre au noir ou sépulcre. Ces trois niveaux préparatoires aboutissaient donc à la couleur noire analogue au bleu, d’où l’appellation de loge bleue, dont le symbole « corporatif » est celui des vierges noires. A partir de ce moment pouvait commencer le véritable travail sur solve, s’achevant avec la troisième multiplication.

Tout cela, résume d’une manière quelque peu abstruse, ce dont je m’excuse en promettant de clarifier le sens. Mais ce sens est contenu dans la symbolique maçonnique d’une manière souvent précise. En bref et clairement, pour obtenir de bons résultats, il faut d’abord tracer la route du vaisseau (vaissel) philosophal, dont le Graal est autant l’extrapolation symbolique que la réalité tangible :

 

« C’est bien à tort que l’on a voulu donner au Graal, écrit Claude d’Ygé (Nouvelle assemblée de Philosophes Chymiques,  p 96, Éditions Dervy, Paris 1954-1972) une valeur uniquement spirituelle et mystique. Sans nier l’immense portée du Graal dans ce sens. Nous avons de très pertinentes raisons d’ajouter que ce « Vase merveilleux » existe sur la terre et qu’il y demeure toujours à la disposition des « hommes de bonne volonté. »[5]

 

Vous l’avez compris, il s’agit ici de faire un parallélisme avec ce que les Francs-maçons appellent planche à tracer et l’hermétisme. Cette planche est représentée dans le « tableau » d’apprenti et dans celui de Compagnon tel que le décrit Jules Bouchet dans sa Symbolique maçonnique (1948) si souvent, et à juste titre, réédité.

Pour passer à l'article suivant : PLANCHE... A TRACER, alchimie & Franc-Maçonnerie 2



[1] P. 276, éditions J. J. Pauvert, Paris 1978.

[2] La raison de cette forme granulaire est aisément compréhensible. Il suffit de verser un peu de mercure dans une boite de pétris, et en le remuant avec une tige de verre on observe la formation de multiples billes. La forme sphérique de la Pierre philosophale tend à disparaître au fil des opérations.

[3] Rappelons que lors de la réception dans une Loge d’un personnage important il est précédé par l’étoile. Ce rituel ne pouvait être réservé à l’origine qu’aux adeptes et non aux personnages importants politiquement économiquement ou autrement. Seul les adeptes sont les protecteurs de l’étoile qu’ils pérennisent. De ce fait ils sont les uniques successeurs des rois mages qui suivent l’étoile vers l’enfant Divin.

[4] Les adeptes appellent ce mercure ayant subi une transformation qualitative mercure des philosophes.

[5] Le Graal a, comme il se doit, trois acceptions. L’une est spirituelle et mystique comme dans les romans de la Table Ronde. Une autre est concrète et permet aux hommes de bonne volonté de le « fabriquer ». Une troisième correspond à une coupe très réelle dissimulée en un lieu précis. Cet endroit ne peut être découvert que par ceux qui peuvent « fabriquer » un Graal contenant le sang du Christ. Cela implique donc qu’un individu prétendant savoir à quel endroit est dissimulé cette coupe, se trompe en toute bonne foi ou l’affirme en toute mauvaise foi...

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 09:07

 pGiliEn décembre 1666, un étranger d’environ 40 ans se présenta à la porte d’Helvétius, médecin et chimiste célèbre. Il dit qu’il s’était rendu compte, à la lecture de ses publications, de ses doutes sur le sérieux de l’alchimie et de ses transmutations. C’était pour cela qu’il lui rendait visite.

Il lui demanda ensuite s’il croyait possible qu’existe un élixir capable de soigner tous les maux.

Helvétius répondit qu’un tel médicament était souhaitable, mais il n’avait rencontré aucun Adepte, ni vu ce médicament, et lui demanda s’il était médecin vu l’étendu de ses connaissances en ce domaine.

Le visiteur ne répondit pas directement, mais dit qu’il était fondeur de cuivre. Dans sa jeunesse un ami lui avait appris à extraire des métaux de nombreuses médecines.

Il demanda ensuite au savant chimiste s’il reconnaîtrait la pierre philosophale en la voyant.

Helvétius lui dit avoir beaucoup lu à ce sujet mais n’était pas certain d’y parvenir.

Pendant qu’il parlait, le fondeur de cuivre tira de sa bourse une boîte en ivoire finement ciselée où il prit trois petits morceaux transparents de couleur de soufre de la grosseur d’une petite noix. Chacune de ces noix était capable, dit-il, de produire environ 20 tonnes d’or.

Après les avoir tenues en main et contemplées avidement, Helvétius les lui rendit à contrecœur, en le remerciant beaucoup.

Il le pria de lui donner un petit morceau de médicament pour garder de lui un souvenir. Il refusa.

Puis lui demanda s’il avait une pièce privée sans ouverture sur la rue.

Le médecin le conduisit dans une pièce arrière. Là, son visiteur lui fit voir cinq médailles d’or, dont, après les tests, la qualité fut reconnue par Helvétius comme étant très supérieure en qualité de l’or du commerce. Il lui demanda comment il les avait acquises.

C’était un étranger, adepte de cet art qui était venu lui révéler, puis lui enseigner divers procédés : l’art de transformer les pierres et des cristaux ordinaires en très belles pierres précieuses tel le rubis, la chrysolites, ou le saphir, etc. Ensuite cet étranger prit un morceau de plomb, et après l’avoir fait fondre, il y avait ajouté un peu de poudre qui le transforma en or pur. C’est avec cet or qu’il avait fondu ses médailles.

Celui qui restait mon maître me demanda de le distribuer aux pauvres, et il donna de grandes aumônes aux églises.

Dès qu’il eut fini de raconter cette histoire, Helvétius lui demanda de procéder à une transmutation. Il refusa, mais promis de revenir dans trois semaines.

 

Le fondeur de cuivre vint donc au bout du temps écoulé.

Après m’avoir parlé des secrets de la nature, il affirma que le grand élixir existait uniquement pour glorifier Dieu, et que peu d’hommes glorifiaient Dieu par leurs bonnes actions. Son expression était celle d’un ecclésiastique. Il semblait que l’alchimie était partie intégrante de l’Église car sur les pièces d’or qu’il avait transmutées il avait pu lire:

« Saint Saint Saint est le seigneur notre Dieu, l’univers est empli de sa gloire. », terme que l’on trouve dans l’ancienne messe alchimique des gaules caractérisant l’ancienne Église gallicane qui glorifie Dieu de nous avoir donné le sel céleste.

Helvétius insista pour qu’il pratique une transmutation, mais tous ses efforts furent vains. Il lui demanda alors un petit morceau de sa poudre afin de faire une petite transmutation.

L’adepte lui donna alors une miette de la grosseur d’un pépin demi grain de blé en disant : « Reçois cette petite parcelle du plus grand trésor du monde, que vraiment peu de rois ou de princes ont jamais connu ou vu. »

Hervétius lui fit remarquer que cette si petite quantité de pierre ne transmuterait que quelques grammes de plomb.

L’adepte lui demanda de la lui rendre et Helvétius se réjouissait déjà d’en recevoir une plus grande quantité, mais il en retrancha une moitié avec l’ongle et me tendit le reste en disant : « Cela te suffit. », ce à quoi Helvétius répondit d’un air abattu :  « Mais monsieur qu’est-ce que cela veut dire ? L’autre morceau était trop petit, et vous m’en donnez encore moins. »

Il répondit : « Mets dans le creuset environ huit grammes de plomb. ». Helvétius lui promis de faire l’expérience et de n’en souffler mot à personne. « Mais non, dit-il, car nous devons divulguer toutes choses aux enfants de l’Art, de sorte que pour l’insigne honneur de Dieu ils vivent dans la vérité. »

A la suite de cela Helvétius se confessa à lui et lui avoua que lorsqu’il avait le médicament en main il en avait gratté avec l’ongle. Après l’avoir enveloppé dans du papier, il en fit une projection sur le plomb, mais il n’y eut pas de transmutation. Devant cette révélation inattendue, il se mit à sourire. »Tu est plus habile pour commettre un larcin que pour utiliser la Teinture. Si tu avais seulement enveloppé l’objet de ton vol dans de la cire jaune pour le préserver des fumées qui se dégagent du plomb, il aurait pénétré jusqu’au cœur et transmuté en or. Comme tu l’as jeté dans la fumée, le papier a de suite brûlé et il s’est évaporé sous la violence des fumées. Helvétius lui apporta le creuset où l’expérience a été faite. Il montra les traces de Teinture jaune, extrêmement belle. Le chimiste lui demanda si le travail était coûteux et demandait beaucoup de temps. Ni l’énormité du prix, répondit-il, ni le temps passé ne peut décourager quelqu’un. Dans la matière se trouvent seulement deux métaux et d’autres substances minérales. Quant au dissolvant, c’est un sel céleste grâce auquel les sages dissolvent les corps métalliques dont la solution produit des élixirs. Sans les enseignements d’un philosophe, aucun étudiant ne peut trouver le moyen de préparer le magistère. De plus, en connaissant la théorie du Grand Œuvre, certaines opérations comme celle qui consiste à ouvrir le sceau d’Hermès sont difficiles à maîtriser.

L’adepte promis de venir le lendemain, mais, malgré une lettre d’excuse, ne revint jamais. L’épouse d’Helvétius, passionnée d’alchimie, harcela son mari pour qu’il tente la transmutation. Helv2tieus s’y plia de mauvaise grâce car pour lui c’était un charlatan.

Le chimiste prépara donc le laboratoire convaincu que cet homme était coupable de mensonge. Il le fit de mauvaise grâce car, en supposant que la poudre soit authentique, il estimait que sa quantité était beaucoup trop faible pour accomplir une quelconque transmutation. D’autre part le visiteur était probablement un beau parleur qui au moment de l’épreuve décisive s’était éclipsé. Il découpa un marceau de plomb tandis que sa femme  enveloppa la poudre dans de la cire. Quand le plomb fut fondu ma femme y jeta la petite pilule.

Il s’ensuivit des sifflements et des bouillonnements. En moins d’un quart d’heure toute la masse de plomb était totalement transmuée en or le meilleur et le plus fin, ce qui stupéfia Helvétius et sa femme. Helvétius coula cet or pour en former un lingot qu’il porta chez l’orfèvre voisin. Après l’essai à la pierre de touche il lui en offrit cinquante florins l’once. Refusant de le vendre, il le montra à ses nombreuses connaissances, et le fait fut bientôt connu dans toute La Haye et même aux alentours, au point que le maître des essais, contrôleur des monnaies de la Hollande, Maître Povélius, vint le voir pour contrôler sous sa direction et dans son laboratoire officiel cet or alchimique. Il le traita sept fois par l’antimoine sans qu’il diminue de poids et lui fit subir toutes les épreuves habituelles avec un soin particulier. Il fut obligé d’admettre que c’était bien de l’or du plus haut titre qu’il n’eut jamais vu.

Helvétius voulant une preuve supplémentaire, se rendit chez un orfèvre célèbre, Maître Brechtel qui procéda à l’essai suivant : après avoir laminé l’or et dissous dans de l’eau forte il le mélangea avec de l’argent. Il fondit le tout et les deux composants initiaux, or et argent se séparèrent. Quelle ne fut pas la surprise de l’orfèvre en constatant qu’une partie de l’argent s’était transmué en or par simple contact avec l’or alchimique.

Outre l’autorité incontestable d’Helvétius nous avons un autre témoin excellent en la personne du très septique philosophe Spinoza qui vivait à La Haye à l’époque et qui vérifia personnellement les faits. L’année suivante, en mars 1667, il écrivit en effet à son ami Jarrig Jellis : « Ayant parlé à vous de l’affaire d’Helvétius, il se moqua de moi, s’étonna de me voir occupé à de telles bagatelles. Pour en avoir le cœur net, je me rendis chez le monnayeur Brechtel qui avait essayé l’or. Celui –ci m’assura que, pendant sa fusion, l’or avait encore augmenté de poids quand on y avait jeté de l’argent. Il fallait donc que cet or, qui a changé l’argent en de nouvel or, fût d’une nature bien particulière. Non seulement Brechtel, mais encore d’autres personnes qui avaient assisté à l’essai, m’assurèrent que la chose s’était passée ainsi. Je me rendis ensuite chez Helvétius lui-même, qui me montra l’or et le creuset contenant encore un peu d’or attaché à ses parois. Il me dit qu’il avait jeté à peine sur le plomb fondu le quart d’un grain de blé de Pierre philosophale. Il ajouta qu’il ferait connaître cette histoire à tout le monde. Il paraît que cet Adepte avait déjà fait la même expérience à Amsterdam, où l’on pourrait encore le trouver. Voilà toutes les informations que j’ai à ce sujet. »

Un cas aussi limpide, et aussi soigneusement vérifié, a causé beaucoup d’ennuis aux adversaires de l’alchimie. Il est toujours pris en considération dans les études actuelles sur l’alchimie, telle celle du Professeur Holmyard qui écrit dans son alchimie : « On peut difficilement soupçonner Helvétius, cet homme cultivé, instruit et plein de discernement, d’avoir menti ou relaté inexactement, à dessein, les évènements remarquables qui font l’objet de son récit.

Malgré de pareils témoignages l’alchimie est proscrite. Pourtant les savants actuels restent hantés par l’idée de transmutation.

 

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 05:35

 

Cet article est la quatrième et dernière partie d’un texte qui en comporte quatre.

Une manière particulière d’envisager le bien et le mal

 

         Nous n’ignorons pas que l’attitude dans la vie de chaque jour a un effet plus ou moins direct sur notre corps. On sait moins que le passage de l’Œuvre au Noir des alchimistes à la Pierre blanche concerne directement l’organisme de l’adepte et son destin. Tant que l’alchimiste reste piégé dans l’Œuvre au Noir ou encore parvient jusqu’à la Pierre finale rouge sans que celle-ci soit efficace[1], l’adepte n’a pas suffisamment œuvré sur lui-même. Nous répétons donc que l’alchimie interne (travail sur soi) est inséparable de l’alchimie externe (travail au laboratoire). Ce phénomène illustre le principe anthropique des physiciens.

Tout le monde a entendu parler du qigong, cette gymnastique douce d’origine chinoise, – tellement à la mode actuellement – qui permet d’améliorer l’état de santé. Cette technique initiatique remonte à la nuit des temps. Cependant le terme qigong est d’invention récente. Originairement il s’appelait de différentes façons comme la Loi d’Arhat, le Vajrayâna, etc. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il se nommait aussi l’alchimie du cinabre à neuf tours. Le terme de qigong est introuvable dans les Soutras de l’alchimie interne, les canons taoïstes, ou les Soutras[2] bouddhiques, car il existait bien avant les religions. Les différents noms du qigong ont disparus récemment lors de la « révolution culturelle » chinoise dirigée par Mao Tsé-toung. A cette époque tout ce qui ressemblait à une expression « traditionnelle » était condamné pour obscurantisme. Évidemment le qigong n’est pas exclusivement chinois. En occident il s’appelle pouvoirs magiques ou pouvoirs paranormaux, particularités liées au gong, dont il sera question bientôt.

La pratique inférieure du qigong, celle qui est la plus répandue en occident, sert à améliorer la condition physique et l’état de santé. La dimension spirituelle est pratiquement absente ou vestigiale. Quand il est pratiqué au niveau supérieur, il régénère le corps de l’être profond qui est l’être véritable et dont je parlerais dans un instant.

Actuellement le qi est associé au souffle, à l’énergie vitale de bas niveau. Étant mal compris les centres de qigong occidentaux pratiquent sans nécessité des exercices respiratoires accompagnant les mouvements corporels. En réalité il ne s’agit pas du souffle mais du pneuma des grecs et des stoïciens. C’est un effluve énergétique de l’univers qui est une substance invisible et informe et non de l’air en mouvement ! Le qi n’a donc absolument rien à voir avec le souffle. Cette mauvaise compréhension altère les exercices corporels et diminue considérablement leurs effets. Si vous pratiquez le qigong, commencez par vous débarrasser des exercices respiratoires (souvent inventés) qui les accompagnent. En pratiquant ainsi, votre énergie sera exaltée et fortifiera la constitution physique en dissipant les maladies.

Certains « ésotéristes » pratiquent l’imposition des mains en disant que leur qi (ou magnétisme) peut guérir. Sachant qu’un qi ne peut agir sur un autre, ce genre de guérison est impossible, car le souffle ne guérit pas. Seul le bouche à bouche sur un noyé ou un électrocuté peut avoir une action mécanique et bénéfique en réactivant les fonctions respiratoires. En réalité tant que le qi existe, l’individu n’est pas réalisé, il est sujet aux maladies, puisqu’il n’est pas encore pur ou blanc, il n’a pas atteint ce que les chinois appellent le « corps blanc laiteux ». Cette substance blanche se nomme le De. En occident cette blancheur est ignorée (sauf par les alchimistes), et cette ignorance est à l’origine de notre décadence morale et spirituelle et d’une incompréhension profonde des Évangiles. Il va s’ensuivre une dégénérescence du christianisme ne pouvant être adopté que par des êtres aveugles puissamment conditionnés. Conduire des femmes et des hommes avides de perfection en ne leur livrant pas les lois essentielles de la vie spirituelle, en les remplaçant par des dogmes ou des mystères (par exemple le mystère de l’incarnation fêté à Noël.) que l’on ne doit pas chercher à comprendre est impardonnable. La seule excuse est que le clergé lui-même ait perdu la connaissance. Dans ce cas la religion n’est plus spirituelle, elle est devenue une idéologie identique à celle de toutes les sectes politiques (partis politiques) qui propose à leurs partisans un programme emprisonnant, comme tous programmes, dans un système de pensées. A ce propos je me suis souvenu de mon voisin de pallier, cet homme bricoleur et sensé, qui me disait souvent : « La cervelle n’est pas faite pour être programmée comme un ordinateur. »

 

Inversement, le ye des chinois ou « karma » est une substance noire ou Qi noir entourant le corps humain. Elle est très concrète et réside, avec la couleur blanche, dans une autre dimension. Sa particularité est de pouvoir se transformer en maladies ou en tribulations.

Le ye noir et le de blanc, voila deux couleurs qui sont familières aux alchimistes et aux Francs-maçons. Pour les alchimistes réussir le grand œuvre, c’est purifier la Pierre, la faire passer du noir au blanc. Pour les Franc-maçons, le néophyte « impur », chargé de « karma » séjourne dans le cabinet de réflexion peint en noir. Par ailleurs le sol de sa loge est pourvu d’un pavé mosaïque de 25 cases blanches et noires alternées comme celles d’un jeu de dame ou d’échec. Le maçon devra donc traverser le pavé en marchant uniquement sur les pavés blancs en suivant un chemin en quinconce pour montrer qu’il est suffisamment vigilant et sait éviter le noir. En effet, le chemin de la vie réserve bien des surprises qui nécessitent une vigilance permanente de la part de celui qui veut esquiver un échec en « tombant », pour une raison ou une autre, dans le noir. C’est pour cela que Ragon écrit dans son Rituel de l’Apprenti Maçon, que les cases blanches et noires « sont une image du bien et du mal dont est semé le chemin de la vie. »

C’est la raison pour laquelle le terme blackboulé est synonyme d’échec.

Donc un pavé doit être pourvu de plus de cases blanches (13) que noires (12).

Ainsi, tout au long des initiations maçonniques ou des initiations ecclésiastiques (ordinations, dont certaines datent du deuxième siècle), l’être se purifie. C’est la raison pour laquelle le prêtre est revêtu d’une aube blanche.

Quand l’adepte est parvenu à un haut niveau, son qi est remplacé par du gong. Ce n’est qu’à ce moment qu’il devient capable de guérir, ponctuellement, des maladies. Le terme ponctuellement peut surprendre. Pourquoi celui qui est parvenu à un haut niveau de réalisation ne deviendrait pas guérisseur à temps plein pour soulager la misère humaine ? Et, disons-le, pourquoi ne pas créer une clinique ?

La raison en est que les tribulations d’un être ont un sens, c’est celui de lui faire prendre conscience de son comportement vis-à-vis des autres et de lui-même. Elles sont donc nécessaires pour sa progression, car nous sommes durs, et même très durs, à la « détente ». Si un individu n’est pas atteint dans son honneur, ses enfants, sa profession, sa richesse, son bonheur conjugal ou même sa santé, il laisse s’écouler paisiblement sa vie dans un engourdissement béat en travaillant le moins possible dans un égoïsme forcené. Il est regrettable de devoir le dire, mais bien souvent les « coups durs » sont nécessaires.

Un guérisseur qui ne sait pas prendre en charge, chez son patient, le ye correspondant à la maladie ne fait qu’échanger, à la manière des vases communicants, sa substance noire avec son client. En d’autres termes il se charge du ye de ses malades et de ce fait il est souvent malade lui-même et écourte sa vie à la manière d’un fumeur, d’un alcoolique ou d’un drogué. Un jour un guérisseur m’a confié qu’un malade atteint d’un cancer était venu le voir. Quelque temps après ce guérisseur tomba malade et manifesta une tumeur identique à celle de son patient. Il guérit après bien des tribulations. En réalité il avait absorbé le ye de son malade qui était à l’origine de son cancer. C’est ainsi que notre guérisseur, diminuant son de, augmente considérablement son risque de terminer sa vie impotent. Libre à eux de penser que leur cause est noble et leur sacrifice glorieux.

Il en est de même pour les exorcistes, lesquels échangent leur qi, par imposition des mains, avec leurs patients. Le plus triste, c’est que l’Église sait cela et l’a occulté derrière un rideau de règles canoniques, qu’elle n’a pas oublié puisqu’elle délègue un seul prêtre pour être exorciste dans un diocèse, ce qui limite les dégâts qui seraient considérables si tous les prêtres (obligatoirement ordonné exorciste – quatrième ordre mineur – pour accéder légitimement au sacerdoce) avaient l’autorisation d’exorciser. Donc la prudence s’impose pour ceux qui pratiquent des « passes magnétiques » ou s’instaurent exorciste en suivant les rituels de l’abbé Julio qui sont en vente dans toutes les librairies ésotériques.

Quant à la Franc-maçonnerie, elle est souvent restée fascinée par le symbolisme. Le résultat final est le même que celui inhérent à l’Église. L’attachement à un concept conduit à son adaptation de plus en plus forcée à toutes les circonstances. Cette attitude mène progressivement à l’énoncé de sophismes involontaires… qui deviennent des lois ! Ainsi s’implantent légitimement ce que certains psychanalystes appellent, fort justement, des filiations menteuses. [3]

Ces remarques ne sont pas une agression de l’Église ou de l’idéal maçonnique. Les substrats de ces deux courants occidentaux sont incontestablement magnifiques. Mais trop souvent leurs adaptations au monde actuel constitue une sorte de néo spiritualité qui ne peut répondre aux desiderata de ce S. D. F. prestigieux, fils d’un charpentier galiléen[4], guérisseur de surcroît, qui disait souvent voici plus de deux mille ans : « En vérité, en vérité, je vous le dis… »

Il existe des guérisseurs et des spécialistes des arts martiaux qui parviennent à des guérisons extraordinaires et à des combats qui coupent le souffle, et pourtant ils ne sont pas des modèles de sagesse. Ceux-là sont encore plus à plaindre que ceux qui croient utiliser leur « magnétisme » pour guérir car ils sont « possédés. » Ne riez pas ! Vous n’allez pas tarder à comprendre et à rester perplexe. Parlons d’abord des phénomènes indémontrables qui risquent donc de ne pas emporter votre adhésion. Je vous demande, sans pour cela y croire, de poursuivre malgré tout votre lecture et de faire pour l’instant comme si cela était vrai. Bien entendu vous jugerez à la fin de l’exposé après avoir mûrement réfléchi.

Les biologistes disent que le porc est, sur le plan biologique, l’animal le plus proche de l’homme. Ce que les ésotéristes ajouteront, c’est que cette proximité doit – selon la loi des correspondances – se retrouver ailleurs que sur le plan physique. Le cochon, comme d’autres animaux seraient, sur le plan subtil, attirés par l’homme. Prière aux matérialistes de se calmer et d’« encaisser » cela pour l’instant sans crier au scandale ! Ça y est, tout le monde se maîtrise ? Parfait, poursuivons notre dérapage contrôlé dans le monde sublunaire

Quand un guérisseur est hanté par le désir intense de soigner les malades, les choses tournent mal quand s’installe une puissante obsession de la thérapie. Cet individu  finit par s’attirer un esprit malsain (ou malin pour l’Église). D’où provient cet esprit ? D’un animal notamment du porc. Pourquoi l’attrait de cet esprit ? Parce que les animaux ne peuvent accéder à la condition humaine. Le travail sur eux-mêmes ne leur permet pas de s’élever. De ce fait, pour tenter de gagner un niveau élevé, ils cherchent à gagner un corps humain afin de capter son essence vitale. Cet esprit animal va donc au devant des désirs malsains de l’homme possédé, il le satisfait et lui fait réaliser des guérisons spectaculaires qui sont à l’origine de la célébrité et aussi de la fortune. Notre guérisseur est comblé. Cependant il y a un prix à payer. En échange  l’animal puisera dans votre énergie vitale. Quand il vous relâchera vous serez très faibles, encore un « légume », mais cette fois  inguérissable et certains perdrons la raison et finiront par divaguer dans leurs excréments. Combien de ses larves aux yeux éteints, grabataires ou incurables, hantent les couloirs des hôpitaux psychiatriques !

Il est évidemment impossible de prouver une chose pareille. L’esprit animal, diront les plus sceptiques : vue de l’esprit, de l’esprit faible évidement ! Je veux bien, mais avant de prendre définitivement la décision et de me considérer comme un doux rêveur chronique, lisez attentivement ce texte sur les pérégrinations du charpentier galiléen :

« Ils abordèrent dans le pays des Géraséniens, qui est vis-à-vis de la Galilée. Lorsque Jésus fut descendu à terre, il vint au-devant de lui un homme de la ville, qui était possédé de plusieurs démons. Depuis longtemps il ne portait point de vêtement, et avait sa demeure non dans une maison, mais dans les sépulcres. Ayant vu Jésus, il poussa un cri, se jeta à ses pieds, et dit d’une voie forte : Qu’y a-t-il entre moi et toi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en supplie, ne me tourmente pas. Car Jésus commandait à l’esprit impur de sortir de cet homme, dont il s’était emparé depuis longtemps ; on le gardait lié de chaînes et les fers aux pieds, mais il rompait les liens, et il était entraîné par le démon dans les déserts. Jésus lui demanda : Quel est ton nom ? Légion, répondit-il. Car plusieurs démons étaient entrés en lui. Et ils priaient instamment Jésus de ne pas leur ordonner d’aller dans l’abîme. Il y avait là, dans la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. Et les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans ses pourceaux. Il le leur permit. Les démons sortirent de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita des pentes escarpées dans le lac, et se noya. » Luc, VIII, 26-34.

Les chinois appellent ce genre de possession par les esprits animaux le Futi, lequel s’insinue dans le cerveau et lui impose des images et donnent au corps des capacités exceptionnelles comme celles de se libérer de tous liens. Évidemment, libre à chacun de mettre en cause les évangiles[5], ou aux « je-sais-tout » de parler d’hallucinations pour se sécuriser ! En tout cas il est certain que les mots n’abritent pas des maux. Dans le cas contraire, nous connaîtrions la Parole Perdue et ne serions pas de ce monde.

La seule sauvegarde pour éviter ce genre de phénomène et garder l’intégrité de notre indépendance aussi bien face aux actions autonomes de notre « ordinateur » biologique que de celle des futis, est la pureté de cœur. C’est ce que je souhaite à chacune des lectrices et à chacun des lecteurs.

 

 

 

 

 



[1] Nous connaissons des « alchimistes » qui sont parvenus à photographier les différents stades du Grand Œuvre alors que leur « Pierre philosophale » est sans valeur. La réussite n’est évidemment pas possible si l’individu vit dans le mensonge, la jalousie, l’intrigue, le désir de puissance ou la méchanceté. Quelle absurdité de suivre sans effort les lois du monde d’ici bas, – incontestablement dégradées – en croyant naïvement pouvoir se fondre dans les lois intègres, pures et infiniment sublimes, de l’univers! Mon ancienne concierge, cette femme pieuse, réaliste et serviable, vous aurait demandé en vous regardant dans les yeux : « Vous croyez au petit Jésus soviétique ? »

[2] Soutra est un mot sanskrit qui signifie fil conducteur. Le soutra est un traité sanskrit ou le rituel, la morale, la philosophie… sont exposés. Chez les bouddhistes, c’est un exposé dogmatique.

[3] Le Grand Larousse Encyclopédique, donne un bel exemple de filiation menteuse dans l’Église au mot décrétale. Les décrétales étant des décisions papales sous forme de lettres qui font jurisprudence. Je cite ce que l’on peut lire, d’après un expert (décrétaliste), dans le dernier alinéa de l’article de ce vénérable dictionnaire (édition de 1961) :

« On nomme Fausses décrétales un recueil qui contient un grand nombre de lettres attribuées aux papes des six premiers siècles. Le recueil, œuvre d’un faussaire du 9e siècle (région de Tours ou du Mans), fit longtemps autorité dans les écoles. Les papes en ayant fait état comme d’actes authentiques, les Fausses Décrétales ont fait loi. »

Les fausses décrétales bouleversèrent l’ancien droit canonique, mais comme elles étaient favorables aux intentions des papes qui commençaient à porter atteinte à l’autorité des conciles et cherchaient à établir leur pouvoir absolu, ils s’empressèrent, en citant ces fausses décrétales, de faire valoir par la suite leur autorité. Ainsi, elles furent précieuses lors du dernier concile de Vatican II où 80% des évêques étaient acquis à un gouvernement collégial de l’Église (conciles). Les partisans du pape opposèrent alors une lettre du pape INNOCENT II (1198-1216) disant : « La mission universelle a été donnée aux autres (évêques) non sans lui (Le pape) mais à lui sans les autres (évêques) ». Cet extrait n’est autre qu’une citation de Fausses Décrétales !

Le pape fraîchement élu le 26 août 1978 prit le nom de  Jean-Paul Ier. Il n’avait jamais appartenu à la curie romaine et avait l’intention de donner au concile la pleine autorité qui lui fut confisqué, diminuant ainsi les pouvoirs des princes de l’Église et aussi ceux du pape. Ce n’est un secret pour personne que les cardinaux du Vatican l’ont mal accepté. Par ailleurs il s’apprêtait à interdire les excès de modernisme dans la liturgie, qui de ce fait perd, comme actuellement, sa valeur sacramentelle. N’est doutez pas actuellement, on peut placer dans les gares des distributeurs automatiques d’hosties à côté de ceux qui distribuent des friandises.

Le 29 septembre, à 23 heures, le malheureux Souverain Pontife rendit soudain son âme à Dieu et avec la même rapidité déconcertante il fut inhumé…  Voici ce qu’écrivait l’alchimiste Eugène Canseliet le 3 octobre 1978 à propos du décès de Jean-Paul Ier : « Quand on sait que le Saint-père se disposait à interdire toute extravagance dans la liturgie, on imagine la décision que n’hésitèrent pas à prendre les suppôts de Satan entourant, à Rome, la victime sacrée. Expression et paroles que j’ai recueillies sur les ondes ou les eaux supérieures de Moïse, impartiales gardiennes des dires et des faits de toute créature, en vue du Jugement. » (Revue Atlantis, septembre-décembre 1978. N°300, p. 68)… Non, l’alchimie ce n’est pas seulement faire de l’or !

[4] Grâce à Tite-Live nous connaissons les migrations gauloises conduite par les deux frères Sigovèse et Béllovèse, neveux du roi des Bituriges. Partant de Bourges, chacun d’eux commandait une armée considérable d’environ cent cinquante mille hommes. Sigovèse franchit les Alpes et pris Rome, puis Delphes dont il pilla le trésor. Ensuite les Gaulois se rendirent en Asie mineure où ils fondèrent des colonies portant le nom de Galatie ou de Galilée. L’historien Boyer d’Agen dit qu’ils se rendirent jusqu’au pays de Salomon et explorèrent la Palestine. Là ils établirent une colonie qu’ils appelèrent Galilée. Les descendants de ces Galiléens étaient différents des Hébreux par leurs moeurs, leur vie paisible de pécheurs et aussi par leur physique puisqu’ils avaient les cheveux blonds et les yeux clairs. Ces constatations sur la fondation de la Galilée par les Gaulois nous conduit à l’origine du plus célèbre des Galiléens : Jésus. N’est-il pas possible que ce descendant des Gaëls ait été pourvu d’un physique européen ?

[5] Douter des évangiles est normal, mais le faire sans références sérieuses et précises ne l’est pas. A propos de tout texte sacré quel qu’il soit, la rhétorique reposant sur des éléments vagues comme c’est souvent le cas dans les banales conversations, n’a pas son mot à dire.

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 06:08

Cet article est la troisième partie d’un texte qui en comporte quatre.

 

Quelques propositions sur l’alimentation

Nous disions que la fonction des dents est de réduire en parcelles les aliments. Beaucoup ignorent que la digestion commence là. Si la mastication est un phénomène important, il est souvent passé sous silence qu’à ce stade une enzyme agit sur les sucres, c’est l’amylase salivaire. Sa présence donne de l’importance à la mastication. Plus l’aliment est fragmenté, plus l’amylase peut agir, ainsi que toutes les autres enzymes, et a donc une action importante de préparation à la digestion stomacale. Faites une expérience, mangez une sardine sans trop la mastiquer. La digestion est longue. Mangez une sardine en mastiquant longuement, et vous pourrez constater une diminution de la durée de la digestion. Bien mâcher les aliments allège donc le travail de l’organisme. De ce fait c’est une économie d’énergie et donc une préservation de la santé. Autant le travail du suc gastrique que le transit intestinal (moins de flatulences) est favorisé. De ce fait vous pourrez constater que les pensées deviennent plus claires. La somnolence ou la lourdeur après le repas disparaissent, à la condition évidente de ne pas avoir bu trop de vin… Un dernier point, éviter dans la mesure du possible de manger du pain. Si vous ne pouvez vous en passer choisissez le pain d’épeautre. Au petit déjeuner des galettes de riz sont très adaptées. Pourquoi ce choix ? Parce que le blé actuel est issu de sélections successives (culture dite « recombinatoire ») pour améliorer la grosseur des épis, la rigidité de la tige, etc. qui en font un organisme génétiquement modifié dans le sens de la rentabilité et non dans celui du confort alimentaire. L’épeautre (ou blé des gaulois) en qualité d’ancêtre du blé produit un gluten qui n’a pas d’inconvénients nutritionnels. Certes, ce blé des pays montagneux à hivers longs et rudes est rustique, mais on s’y habitue facilement.  Le pain odorant et croustillant que l’on trouve dans nos boulangeries, y compris le pain complet ou celui de campagne, n’est pas recommandé. Il en est de même pour les grillades qui mettent l’eau à la bouche. Lors de la cuisson les molécules de la viande se transforment en un poison à l’odeur délicieuse... Si vous ne pouvez résister au plaisir d’une grillade, alors, tenez le gril verticalement pour que s’écoule le jus et limitez le plus possible la durée de cuisson. D’une manière générale les viandes gagnent à être cuites le moins possible ou à la vapeur.

Le feu qui tue et la terre donneuse de vie

Là nous retrouvons la raison d’un adage alchimique disant que les minéraux utilisés pour réaliser le Grand Œuvre alchimique, ne doivent jamais avoir été passé par le feu car, disent les adeptes, « le feu tue ». Par exemple, c’est la raison pour laquelle un soufre issu des volcans n’a aucune valeur pour l’alchimiste.

Vous pourriez faire remarquer que dans la croûte terrestre les minéraux sont un jour ou l’autre passés par le feu de la terre. Cette remarque est pertinente. Alors, comment se fait-il qu’ils soient « vivants » ? La réponse est simple, la terre est donneuse de vie et possède la capacité de régénérer, au bout d’un laps de temps parfois considérable, les substances qui sont en son sein. C’est cette particularité qui est à l’origine des statues des Déesses Mères (et les rites de la fertilité qui les accompagnent) et aussi des Vierges noires souvent placée dans des cryptes. C’est pourquoi ces statuettes s’appelaient parfois « Notre-dame de dessous Terre » que l’on aurait pu appeler « Notre-dame de Vie ». Les anciens chrétiens, souvent pétris d’hermétisme, connaissaient cette dimension régénérative de la terre et donc l’importance du monde chtonien. C’est la raison pour laquelle l’Église s’est longtemps opposée à la crémation du corps des défunts. Le concept de seconde mort (par le feu) trouve là son origine. La condamnation au bûcher d’un sorcier était une mort atroce et pratiquement éternelle. Les restes tués et purifiés pouvaient alors êtres livrés à la terre sans risquer de la « polluer », car le souvenir du blasphème était effacé, « purifié » par le feu. Ils croyaient, et cela est confirmé par la biologie, que les tissus conservent une mémoire après la mort, mort qui est un changement d’état dans un processus de décomposition et non de destruction. La vie se poursuit sous une autre forme. C’est ce qu’écrit l’alchimiste Eugène Canseliet en sa préface de la troisième édition du Mystère des cathédrales[1] :

 

« Voici qui est plus grave : Quand la Franc-maçonnerie recherche toujours la parole perdue (verbum dimissum), l’Église universelle (katholiké) qui possède ce verbe, est elle-même en voie de l’abandonner dans l’œcuménisme du diable. Nulle chose ne favorise davantage cette faute inexpiable, que la craintive obéissance du clergé, trop souvent ignorant, à la fallacieuse impulsion, soi-disant progressive, reçue de forces occultes ne visant qu’à détruire l’œuvre de Pierre. Le magique rituel de la messe, profondément bouleversé, a perdu sa valeur.

A la faveur de cette politique d’incessant abandon, l’hérésie funeste s’installe, dans la ratiocinante vanité et le mépris profond des lois mystérieuses. Parmi celles-ci, l’inéluctable nécessité de la putréfaction féconde, pour toute matière quelle qu’elle soit, afin que la vie s’y poursuive, sous la trompeuse apparence du néant et de la mort. Devant la phase transitoire, ténébreuse et secrète, qui ouvre à l’alchimie opérative, ses étonnantes possibilités, n’est-il pas terrible que l’Église consente, désormais, à cette atroce crémation qu’elle refusait absolument ?

Quel horizon immense, découvre cependant, la parabole du grain confié au sol que rapporta saint Jean :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de froment, tombant en terre, ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » (XII, 24)

Semblablement par le disciple bien-aimé, cette autre indication précieuse de son Maître, à propos de Lazare, que la putréfaction du corps ne saurait signifier l’abolition totale de la vie :

« Jésus dit : ôtez la pierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais ; car il y a quatre jours qu’il est là. Jésus lui dit : Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (XII, 69 et 40.)

Dans son oubli de la Vérité hermétique qui assura sa fondation, l’Église, pressentie pour l’incinération des cadavres, emprunte, sans effort, sa très mauvaise raison à la science du bien et du mal, selon laquelle la décomposition des corps, dans les cimetières de plus en plus nombreux, menacerait d’infection et d’épidémie, les vivants respirant encore l’atmosphère alentour. Argument combien spécieux, qui porte pour le moins à sourire, surtout quand on sait qu’il fut déjà avancé, fort sérieusement, voici plus d’un siècle, alors que florissait l’étroit positivisme des Comte et des Littré ! Attendrissante sollicitude enfin, qui ne s’exerça pas en notre temps béni, lors des deux hécatombes, grandioses par la durée et la multitude des morts, sur des surfaces plutôt réduites, ou l’inhumation se faisait attendre, souvent très loin du délai et de la profondeur réglementaires.

En opposition, c’est ici le lieu de rappeler l’observation, macabre et singulière, à laquelle s’appliquèrent, au début du Second Empire, dans un esprit fort différent, avec la patience et la détermination d’un autre âge, les célèbres médecins, toxicologues de surcroît, Mathieu Joseph Orfila et Marie Guillaume Devergie, sur la lente et progressive décomposition du corps humain. Voici l’issue de l’expérience conduite, jusque-là, dans la fétidité et l’intense prolifération des VIBRIONS :

« L’odeur diminue graduellement ; enfin il arrive une époque où toutes les parties molles répandues sur le sol n’y forment plus qu’un détritus bourbeux, noirâtre et d’une odeur qui a quelque chose d’aromatique. »

Nous ne nous arrêterons pas sur la chute vertigineuse de l’Église néo moderniste, mais sur l’inséparabilité dont seule l’analogie et le principe de correspondance permet de saisir toute la dimension. Eugène Canseliet montre l’universalité du processus de putréfaction aussi bien chez les nations, les institutions, les individus constitués de chair et les minéraux :

 

« Quant à la transformation de la puanteur en parfum, il faut établir la saisissante similitude avec ce que déclarent les vieux Maîtres, à l’égard du Grand Œuvre physique, et parmi eux, en particulier, Morien et Raymond Lulle précisant qu’à l’odeur infecte (odor teter) de la dissolution obscure, succède le parfum qui est le plus suave, parce qu’il est de la propriété et de la vie et de la chaleur (quia et vitae proprius est et caloris). »

 

En d’autres termes, un cadavre se dégrade et prend la couleur noire et verte en fonction de la même loi que celle qui régit les métaux et métalloïdes qui participent au Grand Œuvre des alchimistes. Les mêmes couleurs et les mêmes odeurs se manifestent, parfois liées à la pollution de notre globe recoagulé pour employer une expression de Paracelse. Il s’agit de cette phase appelée Œuvre au noir, qui dégage une odeur de sépulcre disent les adeptes. Que le lecteur me pardonne de parler de plusieurs plans à la fois.

 

En Extrême-Orient la crémation est courante, cependant les bouddhistes pensent que la réincarnation en être humain est rare. L’individu doit parcourir un cycle de réincarnation dans les végétaux et animaux (métempsychose) avant de pouvoir redevenir humain. Ce long parcours est le prix à payer pour récupérer une mémoire biologique qui fut gravement démantelée et altérée par la crémation. A chacun de décider s’ils souhaitent brûler… les ailes des papillons.

L’amour et la sexualité

Dans les milieux spirituels, le corps joue beaucoup trop souvent un rôle secondaire. Il est même parfois considéré comme un ennemi, notamment dans les monastères ou par certains prêtres de l’Église catholique Romaine. Les pulsions sexuelles étant réprimées par des abstinences forcées, il est difficile pour certaines femmes et certains hommes de se contenir, ce qui est à l’origine non seulement de sérieuses névroses mais aussi de crimes tel le viol ou la pédophilie. Ces graves problèmes trouvent leur origine dans l’Ordination des prêtres auxquels l’évêque demande, durant la cérémonie, non seulement l’obéissance absolue (promesse d’obéissance canonique) mais encore de rester célibataire et de pratiquer la chasteté.

Voilà donc nos prêtres castrés pour l’éternité ! Est-ce bien sûr ? Ce que l’on ne sait généralement pas, c’est que la chasteté n’est pas synonyme d’abstinence. La devise de la chasteté dans l’iconographie chrétienne est celle de la tempérance : « J’en use mais n’en abuse. »

En réalité un prêtre de l’Église Catholique Romaine peut donc fréquenter une compagne mais n’a pas droit au mariage, ce qui est humiliant et inadmissible pour les femmes.

Donc, pour son équilibre, le corps a besoin de vivre sa sexualité. Ceci étant dit, en sachant qu’il existe de véritables énuques capable de maîtriser totalement leurs fonctions sexuelles. Ces individus sont très peu nombreux. Mais vouloir transformer en énuque tous les hommes destinés au sacerdoce est un crime car c’est aller à contrario des lois de la nature, c’est « tuer » l’harmonie d’un être vivant qui doit sa vie à la rencontre d’un homme et d’une femme. C’est aussi « tuer » un esprit, cet esprit que les alchimistes appellent Magnésie, lequel est l’arcane majeur de l’alchimie pratique du Grand Œuvre au laboratoire. Et, nous dit Fulcanelli dans ses Demeures Philosophales[2] à propos de cet élève de François Rabelais que fut  Louis D’Estissac auteur du symbolisme alchimique de son magnifique château de Coulonges-sur-Autize (Deux-Sèvres):

 

« Sans lui, sans ce mercure tiré de notre magnésie, nous assure Philalèthe[3], il est inutile d’allumer la lampe et le fourneau des Philosophes. Nous aurons l’occasion de développer plus loin l’arcane majeur du grand art. »

 

Ne voulant pas plonger le lecteur dans des textes obscurs, je résume en disant que cette magnésie est liée au magnétisme issu d’une substance bien définie qui est à l’origine d’une force qui attire et agrège les substances éparses pour former la future Pierre Philosophale. De cette observation est né le terme alchimique de Coagula.

Sachant que le mot aimer est issu du terme aimant nous comprenons pourquoi l’alchimie est parfois qualifiée d’Art d’Amour.

L’Amour est – trop souvent on l’oublie – une loi universelle qui est au cœur de toute création et donc aussi dans le couple humain capable de générer. Cette particularité fut magnifiquement traduite par le poète Folco de Baroncelli :

 

« Jeunes gens qui parlez de l’amour

Comme de toute chose agréable et mortelle

Taisez-vous : l’amour est la grande Force  éternelle

Qui agrège les mondes et féconde les fleurs. »



[1] Éditions J. J. Pauvert, Paris.

[2] Tome 1, p. 365. Éditions J. J. Pauvert, Paris 1964.

[3] L’alchimiste du XVIIe siècle Irénée Philalèthe est l’auteur de nombreux ouvrages dont le célèbre L’Entrée ouverte au Palais fermé du Roi. Il se disait anglais de naissance et habitant de l’Univers.

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 09:17

 

Cet article est la deuxième partie d’un texte qui en comporte quatre.

Le sens de l’analogie, clé de la connaissance.

Manger, voilà un verbe créateur de substances organiques, encore faut-il bien le conjuguer !

Qui se douterait que manger est en profonde harmonie avec les principes alchimiques qui sont les reflets fidèles des lois de la nature ?

Le plus célèbre astrologue[1] et alchimiste de son temps, l’anglais Robert FLUDD (1554-1637), ce fameux disciple de Paracelse, écrit dans son De mystica sanguinis anatomia (sec.I, part. III, lib.I, p. 223-224) :

« Le vrai alchimiste imite la nature. En commençant son œuvre, il réduit d’abord la matière en parcelles, il la broie et la pulvérise ; c’est la fonction des dents[2]. La matière ainsi divisée, il l’introduit par un tuyau dans la cornue[3] ; ce tuyau représente l’œsophage ; la poche de la cornue, c’est la poche stomacale.

Ensuite il mouille la matière avant de la soumettre à l’action de la chaleur, comme le suc gastrique humecte les aliments ingérés dans l’estomac. Enfin, il ferme exactement l’appareil et l’entoure d’une chaleur humide égale et modérée en la plaçant dans un bain-marie. C’est ainsi que l’estomac est naturellement entouré par le foie, la rate, les intestins qui le maintiennent à une température égale. L’opération alchimique est assimilée à la digestion ; les parties élaborées sont mises à part et servent à alimenter le Grand Œuvre tandis que les matières excrémentielles sont rejetées comme inutiles. »

Le premier alinéa de cette citation explique clairement la phase alchimique dite préparation, la seule à utiliser la cornue dont la poche est comparée à l’estomac. Cet extrait, ancien de presque un demi millénaire, peut paraître au lecteur, impropre et désuet puisqu’il aurait suffit de citer un auteur moderne de physiologie et de le commenter. La raison de ce choix est la richesse de l’interprétation reposant sur l’emploi de l’analogie qui constitue le substrat de le Parole Perdue des Francs-maçons médiévaux. A cette Parole perdue FLUDD avait accès, car il était capable d’observer le phénomène universel du processus alchimique à travers les plus petites choses, telle la digestion. Ainsi affirme-t-il en 1617 dans son Tracatus theologo-philisophicus :

« Tel est le principe de la vraie teinture qui seule teint les métaux et les corps. »

Il en était de même pour son maître Philippe Bombast Paracelse (1491-1541) quand il écrivait dans ses grimoires à propos de la Terre :

« Le globe terrestre n’est autre chose qu’une pierre abjecte, épaisse, impure, corrompue, qui fut broyée et se recoagula, et qui plane tranquillement dans le firmament. » (Traduit en 1911 par René Schwaeble. Éditions H. Daragon, p.69).

Ces deux courtes citations peuvent paraître puériles, mais elles révèlent le niveau d’éveil de Paracelse et de Fludd, leur maîtrise de la Parole perdue, que ceux qui intellectualisent et ratiocinent (il faut tout expliquer suivant les canons en vigueur), tournent en dérision.

L’alchimiste est au-delà de notre monde et côtoie l’extraordinaire, nous dit Serge Hutin à la page 45 de son Histoire de l’alchimie [4] :

« Dans la cornue ou le creuset, l’adepte contemplerait – estime-t-il – ce qui s’est passé à l’origine du présent cycle terrestre. Il ne s’agit pas là d’une simple formule symbolique, mais d’un processus concret, tangible, palpable : l’alchimiste se construit une sorte de véritable modèle réduit animé de la création, avec reproduction en miniature du jeu même des cycles solaires, lunaires et planétaires qui régissent la Terre. L’alchimiste Canseliet nous racontait ainsi comment, une nuit, il vit se reproduire sous ses yeux, en petit, tout le déroulement de l’éclipse de lune qui se produisait dans le même temps sur la voûte céleste. »

Si nous sommes dans l’actuel nous ne pouvons être à l’origine du présent cycle terrestre, ainsi peut-on comprendre pourquoi André Breton fit inscrire sur sa tombe : « Je cherche l’or du temps. »

Même parmi les alchimistes la citation qui précède n’est pas acceptée unanimement. Ils prétendent que Fulcanelli, – la référence actuelle en matière d’alchimie – ne parle pas, dans ses ouvrages, de cette curieuse manifestation… Et pourtant, le célèbre Adepte du XXe siècle ne saurait mieux décrire le phénomène à son éclosion :

« L’effervescence passée et le calme rétabli, vous pourrez jouir d’un magnifique spectacle. Sur une mer de feu, des îlots solides se forment, surnagent, animés d’un mouvement lent, prennent et quittent une infinité de vives couleurs ; leur surface se boursoufle, crève au centre et les faits ressembler à de minuscules volcans. Ils disparaissent ensuite pour laisser place à de jolies billes vertes, transparentes, qui tournent rapidement sur elles-mêmes, roulent, se heurtent et semblent se pourchasser, au milieu des flammes multicolores, des reflets irisés du bain incandescent. »[5]

 

Une certaine idée de la réincarnation

Il ne s’agit pas ici d’un hors sujet par rapport au corps et à l’individu que j’essaye de cerner à la lumière des connaissances anciennes et traditionnelles. C’est ici le problème des cycles de l’âme ou réincarnation que nous allons aborder à la lumière de ce que je viens de dire. Pour cela adressons-nous à un alchimiste de la même époque que Fulcanelli : Kamala Jnana, deuxième de nom. Cet Adepte qui fut longtemps à l’école des sages de l’Himalaya et qui n’ignorait pas les textes les plus anciens de l’Église écrivit un texte simple et lumineux sur la réincarnation. Lisons cet article inséré dans son Dictionnaire de philosophie alchimique.[6] :

« Or, comme cette idée de « renaissances successives » (amenant l’homme à l’état de pureté) peut se démontrer alchimiquement, nous allons le développer.

Dans la Préparation, les trois corps primordiaux broyés et malaxés, sont placés dans un athanor, comme l’indique Geber dans la Somme. Là, sous l’effet conjuguée du feu contenu dans chacun d’eux, ils vont tendre à se sublimer, c’est-à-dire à s’élever en vapeurs, dès qu’ils arriveront à ébullition. Or, comme le sel s’évapore vers 165° et le mercure des philosophes vers 360°, il se produit un phénomène :

Le sel et le mercure des philosophes[7], sublimés par l’intense chaleur provenant du soufre, s’évaporent jusque dans un ballon attenant à l’athanor. Ici, sous l’effet d’une baisse de température, ils se condensent et se superposent par ordre de densité.

Le premier stade d’une réincarnation est donc bien manifesté ésotériquement parlant, puisque par le broyage, la mortification de la Materia Prima, suivie de sa séparation du corps (soufre et terrestréités[8]) d’avec l’âme (mercure) et l’esprit (sel), on obtient l’image d’une mort humaine. Mourir pour renaître toujours plus pur, voilà la conception philosophique.

Donc, alchimiquement, les trois corps épurés sommairement certes, mais séparés, sont placés dans un ballon bien bouché. Là le sel et le mercure des philosophes se subliment à nouveau ; seulement comme cette fois ils ne peuvent point s’évader, il s’ensuit donc que la température s’accroît au point que le soufre philosophal peut enfin se sublimer à son tour.

Cependant, comme ces trois corps gazeux sont de même consubstantialité et ont une attirance irrésistible les uns pour les autres, un mélange naturel intimement proportionné, se crée au sein des trois vapeurs[9]. Aussi, à mesure que la température baisse, on peut voir au milieu d’elles des quantités de bulles translucides, qui peu à peu épaississent et durcissent. La nouvelle granulation est née. Elle comprend un nouveau corps, une nouvelle âme et un nouvel esprit plus purs.

Cette réincarnation ou réincorporation est l’image d’une réincarnation dans les sphères éthérés, Or, comme les multiplications successives répètent ces mêmes phénomènes en épurant la Pierre, chaque fois d’avantage on peut soutenir sans crainte, que le Grand Œuvre est la preuve matérielle d’une suite de réincarnations humaines.

Que les chercheurs matérialistes (et ils sont nombreux) nous pardonnent donc de leur montrer que la science du Grand Œuvre n’aboutit pas exclusivement à l’idée de faire de l’or (ou à fabriquer des élixirs) mais tend surtout à la connaissance philosophique des zones spirituelles élevées.

Nous affirmons que ceux qui sont avides d’or et de jeunesse ne peuvent accéder au sens profond de l’analogie. Ils ne seront jamais alchimistes et ne seront jamais de véritables créateurs. Ils n’accèderont pas non plus à la connaissance car sous l’emprise de leur encéphale gauche (menteur incorrigible) qui leur fait croire que la vérité ne peut résider ailleurs que dans le cadre de notre  pensée rationnelle. Cette interprétation est soutenue par la croyance aux « progrès » perpétuels de la science, seule voix qui fait actuellement autorité. En pensant de la sorte, ils négligent le principe anthropique mis en évidence par les physiciens, disant que l’expérimentateur, et tous observateurs, influent sur les événements qu’ils  observent.

 

La Parole Perdue

La Parole Perdue, voilà trois mots qui donnent lieu à diverses interprétations. Généralement elle est comprise comme une variante du paradis. Elle serait le substrat de la sagesse originelle. Pour la retrouver, certains disent qu’il suffit de répéter certains mots hébreux et même d’interpréter des rituels maçonniques anciens ou autres. Certes, la Maçonnerie en a conservé le souvenir, mais d’une manière subtile et les membres espèrent, d’une initiation à l’autre, pouvoir remonter à la sagesse fondamentale qui est sensée leur être dévoilée à l’issue de leur ultime initiation. Ainsi, de grade en grade, certains maçons cherchent donc ces fameuses « racines » qui auraient disparu sous l’emprise perverse d’un modernisme mercantile et destructeur.

Les premiers résultats de la connaissance de la Parole perdu sont le développement du sens aigu des globalités tel qu’il permet de saisir dans sa totalité, et d’une manière non intellectuelle, non spéculative, l’universalité du symbolisme et des rituels anciens de la Maçonnerie[10] et de l’Église. Ils permettent aussi de saisir de plus en plus fréquemment les phénomènes universels en observant la nature et ce qui nous entoure. C’est dans ce sens que les mancies ou arts divinatoire telle la cartomancie, la géomancie, la bibliomancie… présentent un intérêt certain pour tester les capacités qui, en Orient, correspondent aux premiers degrés d’éveil. La pratique des arts divinatoires n’est donc pas un but en soi, mais un test sur soi. Ceux qui commencent à développer un sens des globalités peuvent découvrir aisément une dimension plus générale à ce que nous venons de dire.

Oui, à l’origine la maçonnerie connaissait la manière d’accéder à la Parole perdue, mais il ne s’agit pas d’un secret, d’une incantation ou d’une initiation libératrice ou encore d’un salmigondis ressemblant à du syncrétisme. Dans l’hermétisme une loi n’a jamais été violée : Les « secrets » de la connaissance et de la vie sont simples. Pourquoi cette extrême simplicité (mot qui signifie « sans plis ») ? Sa raison d’être repose d’abord sur un esprit de justice : Tous ceux qui se présentent à la porte du temple, quelle que soit leur culture, doivent pouvoir réussir. En effet, l’individu le moins cultivé ne saurait comprendre le langage d’un fin lettré ! D’autre part celui qui glorifie la parole ou l’écrit est prisonnier de sa pensée qui le rend aveugle à la simplicité et donc à la réalité.  C’est la raison pour laquelle on peut lire dans la préface à la troisième édition du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli ce passage fort instructif :

« Je considère, en effet, que dans son abîme insondable de simplicité, l’arcane est introuvable par la seule force de la raison, quelque subtile et exercée elle puisse être. »

Nous souhaitons donc bonne chance à ceux qui cherchent une recette en mettant bout à bout des citations d’auteurs divers pour découvrir la clé de l’alchimie et allègrement se font exploser au visage des ballons bourrés de poudre à canon !

« Il est indispensable de savoir, nous dit Fulcanelli dans le premier tome de ses Demeures Philosophales (p. 278-279), quel moyen emploient les sages dans le but de limiter, de tempérer l’ardeur des belligérants. Faute de médiateur nécessaire, l’expérimentateur ignorant s’exposerait à de graves dangers. Spectateur angoissé du drame qu’il aurait imprudemment déchaîné, il n’en pourrait diriger les phases ni régler la fureur. Des projections ignées, parfois même l’explosion brutale du fourneau, seraient les tristes conséquences de sa témérité. C’est pourquoi, conscient de notre responsabilité, prions-nous instamment ceux qui ne possèdent pas ce secret de s’abstenir jusque-là. Ils éviteront ainsi le sort fâcheux d’un infortuné prêtre du diocèse d’Avignon, que la notice suivante relate brièvement : « Chapaty abbé croyoi d’avoir trouvé la pierre philosophale, mais, malheureusement pour lui, le creuset s’étant rompu, le métal luy sauta contre, s’attacha à son visage, ses bras et son habit ; il courut ainsi les rues des Infirmières, se veautissant dans les ruisseaux comme un possédé, et périt misérablement bruslé comme un damné. 1706. »

Fulcanelli achève la citation non sans un humour fort instructif et lumineux : « Quand vous percevrez dans le vaisseau un bruit analogue à celui de l’eau en ébullition, – grondement sourd de la terre dont le feu déchire les entrailles, – soyez prêt à lutter et conservez votre sang-froid.[11] »

Ces chercheurs aveugles ignorent trop souvent qu’en ce domaine tout est lié par résonance, d’où l’adage : Quand le temple est prêt le maître apparaît.

Chaque grade maçonnique possède un mot de passe. Le plus significatif est le premier, celui d’Apprenti, qui a cette étrange particularité de ne pas se prononcer. C’est lui qui ouvre les portes du royaume ! Oui, pour accéder à la parole perdue il faut d’abord perdre la parole et apprendre une autre langue au-delà des mots, en d’autres termes se familiariser (avec l’aide des maîtres du silence qui se font rares en nos contrées) avec la cabale (essentiellement phonétique) pour faire éclater le carcan des lois de la grammaires et transformer la manière de penser. Les symboles deviennent alors les « mots » (intraduisibles par l’expression verbale, et donc qui ne sombre pas dans ce verbiage qui caractérise la plupart des centres initiatiques) de ce langage particulier ou métalangage. Soyons certains qu’un symbole est muet mais non dépourvu d’enseignements et de parole. J’ai approfondi cela ailleurs à la lumière des neurosciences et dans la précédente monographie sur le silence. Fulcanelli, l’alchimiste le plus réputé du XXe siècle l’explique admirablement dans son Mystère des Cathédrales, dont le style traduit – dès la première page – cette émotion, cet élan du cœur, qui caractérise ceux qui cherchent Dieu et le reconnaissent non pas dans une image pieuse ou un symbole quelconque mais dans cette pierre vivante des cathédrales qui s’exprime dans ce silence au-delà des religions et idéologies :

« La plus forte impression de notre prime jeunesse, – nous avions sept ans, – celle dont nous gardons encore un souvenir vivace, fut l’émotion que provoqua, en notre âme d’enfant, la vue d’une cathédrale gothique. Nous en fûmes, sur-le-champ, transporté, extasié, frappé d’admiration, incapable de nous arracher à l’attrait du merveilleux, à la magie du splendide, de l’immense, du vertigineux que dégageait cette œuvre plus divine qu’humaine.

Depuis, la vision s’est transformée, mais l’impression demeure. Et si l’accoutumance a modifié le caractère primesautier et pathétique du premier contact, nous n’avons jamais pu nous défendre d’une sorte de ravissement devant ces beaux livres d’images dressés sur nos parvis, et qui développent jusqu’au ciel leurs feuillets de pierre sculptés.

En quel langage, par quels moyens pourrions-nous leur exprimer notre admiration, leur témoigner notre reconnaissance, tous les sentiments de gratitude dont notre cœur est plein, pour tout ce qu’ils nous ont appris à goûter, à reconnaître, à découvrir, même ces chefs-d’œuvre muets, ces maîtres sans paroles et sans voix ?

Sans paroles et sans voix ? – Que disons-nous ! Si ces livres lapidaires ont leurs lettres sculptées, – phrases en bas-reliefs et pensées en ogives, – ils n’en parlent pas moins par l’esprit, impérissable, qui s’exhale de leurs pages. Plus clairs que leurs frères cadets, – manuscrits et imprimés, – ils possèdent sur eux l’avantage de ne traduire qu’un sens unique, absolu, d’expression simple, d’interprétation naïve et pittoresque, un sens purgé des finesses, des allusions, des équivoques littéraires.

« La langue de pierre que parle cet art nouveau, dit avec beaucoup de vérité J. F. Colfs, est à la fois claire et sublime. Aussi, elle parle à l’âme des plus humbles comme à celle des plus cultivés. Quelle langue pathétique que le gothique de pierre ! Une langue si pathétique, en effet, que les chants d’un Orlande de Lassus ou d’un Palestrina, les œuvres d’orgue d’un Haendel ou d’un Frescobaldi, l’orchestration d’un Beethoven ou d’un Cherubini, et, ce qui est plus grand que tout cela, le simple et sévère chant grégorien, le seul vrai chant peut-être, n’ajoutent que de surcroît aux émotions que la cathédrale cause par elle-même. Malheur à ceux que n’aiment pas l’architecture gothique, ou, du moins, plaignons-les comme des déshérités du cœur. » (Fin de citation).

Cette harmonie est issue de la terre et son souffle vivifiant monte des profondeurs. Elle accompagne l’homme, depuis la préhistoire[12], depuis ses grottes et temples sacrés, jusqu’au terme de sa divinisation … Suivant la parole intemporelle du Christ affirmant aux chrétiens actuels et à l’humanité entière qui ne l’a point entendu ou qui ne veut pas l’entendre : « Vous êtes tous des dieux. » (Jean X, 34), cinq mots qui devraient être inscrit au fronton de toutes les églises et de tout centre initiatique. Ainsi est confirmé le rôle prépondérant des hommes réalisés ou dieux : « Dieu se lève au milieu de l’assemblée divine et au milieu des dieux il rend son arrêt. » (Proverbes LXXX1, 1.), ou encore : « Qui est comme toi parmi les dieux, ô Ieve. » (L’Exode XV, 11.)

Oui, cette parole perdue est faite pour être retrouvée, encore faut-il prendre la bonne route pour y parvenir et ne pas rêver ! Ce verbe universel est capital pour l’homme car il lui permet de communiquer avec l’univers, d’apprendre à se réaliser et aussi d’entendre cette musique des sphères que Pythagore percevait. Je ferme la parenthèse.

 



[1] Robert FLUDD pratiquait non seulement l’astrologie, mais aussi la géomancie. Il fut le 33e Imperator de l’école d’alchimie des Frères Aînés de la Rose Croix (F.A.R+C.) de 1623 à 1630. En marge de cette fraternité, dont il ne parle jamais comme l’exige son serment, il fut membre d’autres groupements rosicruciens. Signalons pour ceux qui s’intéressent à l’énigme de Rennes-le-château qu’il résida un temps dans le Razès où il fut précepteur chez le duc de Guise, époux de la baronne d’Arques et de Couiza. La baronne, disciple de Fludd (et donc probablement alchimiste) était diocésaine de l’évêque Nicolas Pavillon (1597-1675) qui était l’ami de St Vincent De Paul (1581-1660) et de Jean-Jacques Olier (1608-1657) bâtisseur de l’église St Sulpice à Paris.

[2] Il ne faut pas confondre ces dents avec les cristaux blancs de sel des sages également appelés crocs ou dards.

[3] Il s’agit ici, comme va le préciser FLUDD, du bec de la cornue et non du tube des cornues tubulées essentiellement utilisées en spagyrie ou les divers travaux sur les végétaux. N’omettons pas que « Il y a, en effet, un abîme profond entre la spagyrie et l’alchimie. » Souligne Fulcanelli à la page 176 du premier tome de ses Demeures Philosophales (Troisième édition)

[4] Éditions Marabout université, Vervier, Belgique 1971.

[5] Les demeures philosophales, p. 279, tome 1, troisième édition, (chapitre V de La salamandre de Lisieux.) Éditions J. J. Pauvert, Paris 1964.

[6] Éditions Georges Charlet, p. 37, Argentière (commune de Chamonix) Haute Savoie, 1961.

[7] Le terme « des philosophes » s’applique en alchimie aux substances directement issues de la minière.

[8] Les terrestréités et les fèces sont des termes utilisés en alchimie pour désigner les dépôts terreux inutiles. Toutefois les fèces ont, comme le nom le laisse supposer, une mauvaise odeur, ce qui indique leur provenance et éclaire le sens de la carte du fou du jeu de tarot. Les fesses découvertes de cet homme et son nom l’alchimiste sont suffisamment éloquents.

[9] Ces trois vapeurs sont de couleur noire.

[10] Nous n’appelons pas rituel ancien un rituel du XVIIIe ou du XIXe siècle. Si l’ancienneté se perd dans la nuit des temps, elle est réelle de Melchisédech, le roi de Salem qui bénit Abraham (XIXe siècle avant Jésus Christ) au XVe siècle environ. La renaissance étant considérée comme une décadence sur le plan spirituel.

[11] Le mot « sang-froid » ne doit pas être pris ici au sens figuré.

[12] Dans l’abri sous roche de Laussel (vallée de la Beune), près des Eyzies, en Dordogne, la figurine bien connue d’une femme nue, semblant enceinte et tenant dans sa main droite une corne (correspondant à la lune cornée) est sculptée en relief sur un bloc de pierre de plus de cinq mètres de haut. Le corps de la femme avait été colorée à l’aide d’une poudre rouge souvent employée dans le rituel paléolithique comme étant vivifiante et analogue au sang. (D’après E. O. JAMES, in Le culte de la déesse mère. Payot, Paris 1950.)

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 08:13

 

 

« Le corps est le produit de l’esprit saint. »

G.-B. SHAW, Bréviaire du Révolutionnaire.

 

 

« Le corps humain se trouve, sur l’échelle des grandeurs, à mi-chemin entre l’atome et l’étoile. Suivant les objets auquel on le compare, il apparaît grand ou petit. Sa longueur est l’équivalent à celle de deux cent mille cellules des tissus, ou de deux millions de microbes ordinaires, ou de deux milliards de molécules d’albumine placées bout à bout. Par rapport à un atome d’hydrogène, il est d’une grandeur impossible à imaginer. Mais, comparé à une montagne, ou à la Terre, il devient minuscule… En réalité, notre grandeur ou notre petitesse spatiales n’ont aucune importance. Car ce qui est spécifique de nous-même ne possède pas de dimensions physiques. La place que nous occupons dans le monde ne dépend certainement pas de notre volume. »

 

Alexis CARREL, L’Homme cet inconnu.

 

 

Cet article est la première partie d’un texte qui en comporte quatre.

 

Notre corps est entre deux mondes, l’un que nous voyons avec ses organes harmonieusement agencés, l’autre que nous ne voyons pas, dont la pensée est l’exemple le plus évident. L’homme ayant vécu sur notre Terre un million d’années et plus, ceux qui nous ont précédés ont eu tout loisir d’étudier la partie invisible de notre structure biologique dans lesquelles les différents mondes ou dimensions interfèrent et se mélangent – c’est ce mixage du visible et de l’invisible qui donna naissance au symbole du caducée. Les résultats de ces recherches sur la coexistence des deux plans de la matière et de l’esprit sont contenus dans des connaissances véhiculées par les racines des religions, avant que des règles s’établissent au fil des siècles et les aient rendues de plus en plus moralisatrices, et inadaptées à la condition humaine. Le plus paradoxal, c’est que les religieux ont souvent raison, mais ils pèchent par manque d’explication, explication qu’ils ne peuvent fournir puisqu’ils ont tout oublié.

A la racine des religions est cette mystique expérimentale qu’est l’alchimie. Elle s’est rapidement marginalisée par rapport aux corps de doctrines des religions qui lui devenaient de plus en plus incompatibles. Qu’elle soit Orientale ou Occidentale elle est UNE, et c’est adaptée à toute les cultures. C’est l’un des plus important corpus de connaissance sur l’univers et l’homme. Elle marque autant la religion chrétienne que l’hindouisme, le bouddhisme  le taoïsme, etc. La franc-maçonnerie en est profondément pétrie dans son rituel et l’agencement de son temple. Certains Ordres de Chevalerie en furent les véhicules. Grâce à la multiplicité des moyens de diffusions cette pratique est parvenue jusqu’à nous dans sa pureté initiale.

Pour accéder à ce savoir, il est un obstacle de taille qui dépend autant de l’individu que de la société dans laquelle il vit. De nos jours, les opinions les plus diverses s’établissent sur les preuves scientifiques comme le montre cette foi aveugle aux diagnostics rendus par les experts auprès des tribunaux. Tout ce qui porte l’estampille « scientifiquement prouvé » entre dans nos modernes croyances, le reste est impitoyablement exclu comme « pas sérieux » (l’équivalent religieux d’hérétique) sans autre forme de procès avec parfois cette étiquette de mépris qu’un seul mot résume : « allumé ! ». Les plus intelligents et les moins conditionnés comprennent que l’attitude rationaliste ne nous permet d’appréhender qu’une faible part de la réalité. La science elle-même dans son avancée nous le montre, puisque ce qui était regardé avec méfiance hier peut demain s’intégré dans notre moderne corpus rationaliste. Prenons au hasard un exemple, celui de la guérison des disques intervertébraux dilatés provoquant de sérieuses douleurs lombaires. Les pharmacologues décidèrent, sur les conseils d’un sorcier « allumé », de chercher le remède en suivant la loi d’analogie. C’est ainsi qu’ils découvrirent que les nœuds de bambous contenaient un enzyme qui dissolvait les excroissances des « coussins » qui séparent les vertèbres ! Mais, ne rêvons pas, les scientifiques ne considèrent pas pour cela que la loi d’analogie possède une quelconque vertu, il s’agit tout simplement d’un hasard !

Face à ce comportement ambiguë de la Faculté, j’ai donc été amené à empiéter sur cette zone interdite quand il m’était difficile de faire autrement notamment pour parler de cette fameuse analogie (que vomissait Gaston Bachelard), ainsi que de l’alchimie et des différents rayonnements bioénergétiques résultants de notre comportement journalier.

 

La pensée rationnelle fait partie du corps puisqu’elle réside dans l’encéphale cérébral. L’hygiène du cerveau est donc d’abord d’apprendre à bien penser comme l’explique la monographie précédente sur le silence. L’apprentissage de la non pensée[1] permet de s’élever au-dessus des conventions et du ridicule qui blesse  profondément. Cette non pensée a par ailleurs des conséquences considérables sur notre organisme puisqu’elle élimine les maladies psychosomatiques, qui proviennent de notre mal de vivre pour diverses raisons. Ce mal de vivre est générateur d’angoisses, de stress et de divers « soucis » qui peu à peu sont « avalés » par notre substance biologique qui le traduit par des maladies diverses pouvant même provoquer la mort.

Un corps sain est inséparable des pensées saines. Conserver un corps en bonne santé consiste à savoir éliminer les cogitations nuisibles ou négatives qui perturbent notre équilibre biologique. Dans cette optique, c’est comme si elles participaient, d’une manière qui reste à définir, à la trame des tissus biologiques, et imprimaient ainsi dans notre chair leurs marques parfois indélébiles. Si, suivant l’adage, nous sommes ce que nous mangeons, nous sommes aussi ce que nous pensons. Une pensée se digère comme un repas et organise avec lui la matière vivante.

Le libre arbitre existe-t-il ?

La non pensée a des conséquences plus importantes encore, c’est celle de remodeler notre manière d’être. Au premier abord cette constatation peut paraître banale, pourtant son importance fut mise en évidence par les neurosciences. Dans la vie de tous les jours, qu’est-ce que cela signifie ? Prenons un exemple, vous êtes dans une forêt, l’air embaumé par les effluves du printemps vous donne envie de vous asseoir au pied d’un arbre. Vous vous décidez et vous fléchissez les jambes pour mettre votre corps en contact avec les hautes herbes qui entourent le pied d’un chêne séculaire. Jamais vous ne pensez à remettre en cause le fait que vous avez décidé en toute liberté de l’instant précis où vous avez décidé de vous asseoir… Cependant vous n’avez fait que vouloir quelque chose… qui avait déjà été décidé par votre encéphale cérébral… quelques centièmes de millisecondes avant, et cela sans que vous en ayez conscience ! Plus encore : juste avant que votre volonté de vous accroupir ne soit ordonnée par votre cerveau, celui-ci a déjà stimulé les aires cérébrales motrices indispensables pour réaliser ce geste ! Tels sont les résultats obtenus, en 2005, par des neurobiologistes américains, anglais et Français et plus particulièrement par le professeur Patrick Haggard de l’University Collège de Londres.[2] Le résultat de ces différents travaux est incontestable : lorsque nous éprouvons la volonté de faire un geste, nous ne faisons que vouloir ce que certaines zones de notre cerveau ont déjà décidées à notre insu ! Pour éviter toute ambiguïtés à ce propos, notamment de la part des rationalistes cartésiens et des républicains attachée au premier mot de leur triptyque sacré « Liberté Égalité Fraternité », voici ce qu’écrit le professeur P. Haggard :

« Nous sommes généralement convaincus que lorsque nous effectuons une action, par exemple tendre le bras pour attraper une veste lorsqu’il fait froid, nous le faisons parce que nous l’avons voulu. Or, c’est faux ! L’exécution de ce geste est d’abord initiée par notre cerveau indépendamment de notre conscience. Et ce n’est qu’ensuite que nous prenons conscience de notre volonté d’effectuer ce geste, et que nous le faisons. »

Évidemment, nous sommes conscients de nos motivations diverses qui guident nos actes, cependant, le choix de l’instant précis pour réaliser nos aspirations, ce que nous souhaitons, échappe totalement à notre volonté. En bref, notre liberté d’agir nous échappe. N’en déplaise aux philosophes en général et plus particulièrement aux théologiens chrétiens, aux cartésiens[3] ainsi qu’aux partisans de David Hume[4] (1711-1776), notre libre-arbitre est très relatif.

En d’autres termes, vouloir effectuer une action n’est qu’une simple conséquence du fait que le cerveau a déjà lancé son exécution à notre insu.

Un acte est donc effectué en fonction de la généralité de l’information cérébrale. Tout geste est représentatif de la totalité de l’information contenue dans la totalité des cellules cérébrales du cerveau. En d’autres termes, notre motricité fonctionne selon le modèle holoscopique : chacune des parties (chaque posture) est représentative du tout cérébral. D’ailleurs, les neurones échangent de multiples informations avec le cerveau à l’insu de notre conscience, et notre liberté se résume à vouloir ce que notre cerveau a déjà décidé. La seule liberté que nous ayons est celle de refuser ce qu’il a programmé. En d’autres termes, nous avons uniquement la liberté de dire non !

Or, l’encéphale cérébral responsable de la motricité est l’encéphale gauche, puisque généralement le droit est muet. Cette moitié est non seulement menteuse, mais en plus elle prend les décisions motrices à notre place ! C’est donc un « ordinateur » biologique qui nous mène par le « bout du nez ». Notre libre-arbitre est un leurre à la manière de notre perception du monde. Tout cela, les dépositaires de la connaissance des anciens l’affirment depuis des dizaines siècles, il n’est donc pas surprenant que la science, au fur et à mesure de l’amélioration de ses moyens d’investigation, comme l’imagerie médicale, le confirme.

Est-il possible d’acquérir une plus grande liberté ? La conquête de cette liberté réside dans ce qu’il convient d’appeler initiation, qui n’est autre que la prise de conscience de ce que nous sommes, grâce à des techniques particulières et non des discours. Elles reposent sur le mode répétitif afin de « reprogrammer » progressivement le cerveau, de remplacer des conditionnements négatifs par d’autres. C’est pour cela que les mystiques du monde entier prônent le détachement et le silence.

Ne généralisons pas, notre libre-arbitre existe beaucoup plus au niveau des choix et des idées. Certes, ils seront liés aux conditionnements de notre masse cervicale, mais nous avons le libre-arbitre pour, par exemple, analyser les différents aspects d’un problème comme celui ayant trait au choix de l’achat d’une voiture ou d’une maison, nous pesons le « pour » et le « contre ».

Cependant les décisions prisent à deux ou à plusieurs sont issues d’une délibération consciente. Le mariage en est un exemple. Là, l’influence du libre-arbitre est très importante. D’où l’aberration de l’infaillibilité du pape, d’où l’aberration de considérer les prises de décisions collégiales (conciles) comme hérétiques (conciliarisme) et inférieures à celles qui sont prises par le souverain pontife seul, ou le pouvoir du seul pape de ne pas accepter une décision conciliaire.

Dans le corps social, la démocratie s’inscrit dans la conquête de la liberté avec cependant des bémols considérables, surtout celui qui concerne la quasi inutilité des bulletins blancs dépassant 10% des votants lors d’une élection[5]… mais cela est une réforme qui n’est pas prête à voir le jour.

 



[1] La non pensée est dévalorisée par les milieux chrétiens qui affirment que ceux et celles qui la pratiquent font en réalité une petite sieste ! Cette remarque est désobligeante quand on sait que la non pensée ne doit jamais être accompagnée d’une perte de conscience du corps qui caractérise la somnolence et le sommeil. A tout instant, celle ou celui qui pratique la non pensée doit être vigilant en gardant les facultés sensitives de son corps en éveil sous peine de perdre le fruit de sa pratique.

[2] Ces travaux ne font que confirmer ceux du professeur californien Benjamin Libet, qui furent accueillis à l’époque (1983) avec scepticisme.

[3] René Descartes (1596-1650) pour qui chaque acte est le fruit d’un choix librement effectué est ainsi contredit.

[4] Philosophe écossais, ami d’Adam Smith le fondateur du libéralisme, David Hume disait que la sensation de vouloir effectuer un acte est une sorte d’illusion rétrospective, générée par le fait que nous sommes déjà en train d’effectuer cette action. En réalité les neurosciences nous disent que la conscience du geste ne survient qu’après son exécution, même si la décision de l’effectuer est prise avant d’en être conscient.

[5] Donc, la véritable démocratie ne peut être envisagée sans deux urnes, l’une destinée à recevoir les bulletins de vote habituels, l’autre recevant les résultats d’un questionnaire pouvant être dépouillé rapidement par informatique. Les vainqueurs devant suivre scrupuleusement les desiderata du peuple. Si cela n’existe pas, il s’agit d’une dictature déguisée en démocratie. Cette manière de procéder doit jouer aussi au niveau de toute collectivité et surtout dans les centres initiatiques quels qu’ils soient. D’autre part les élus n’appartiennent pas à un parti politique puisque leur programme est défini dans ses grandes lignes par le peuple.

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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 09:53

Cet article, divisé en quatre parties, portera ses fruits après trois lectures attentives (des quatre parties) espacées dans le temps.

 

En alchimie externe au laboratoire la faux, que l’on trouve dans la treizième carte du jeu de tarot, symbolise l’opération à effectuer en fin de putréfaction, quand il s’agit de séparer le subtil, c’est-à-dire la quintessence rouge qui surnage, de l’épais ou compost noir lequel contient l’étoile, ce qui donna l’étoile du compost ou Compostelle, pèlerinage éminemment alchimique. En séparant l’étoile de la quintessence, les alchimistes disent qu’ils ôtent le sceau d’Hermès.

 

Quant à la tête de mort, elle représente le Caput mortuum des alchimistes ou tête morte de couleur noire sur laquelle surnage le sceau d’Hermès:

 

« L’artiste, à ses débuts – écrit Eugène Canseliet – se tromperait grossièrement, si l’idée lui venait qu’il fallut rejeter comme inutile et sans valeur, ce chao surprenant et curieusement homogène, lequel est aussi dénommé la tête morte – caput mortuum. »[1]

 

En alchimie interne, la tête morte est la tête vidée… de ses réflexions ! C’est la tête silencieuse.

 

aussi  1972.t.quée sur ses textes classiques. é Breton on peut lire: philosophale achevée grace aux qut aussi dénommé la tPour se régénérer par le silence et donc aller vers la lumière, il faut, évidemment, que l’apprenti prenne contact avec lui. La question que l’on se pose est : Comment parvenir à accéder à ce silence si précieux ?

Le premier pas est simple et très facile, Il vous est arrivé de faire un jour une courte sieste qui vous a surprise par son caractère puissamment régénérateur, aussi réparateur qu’un sommeil d’une nuit.

Dans une sieste le sommeil profond n’est pas nécessaire. Le plus important est de faire le silence du corps en l’immobilisant n’importe où, sur une banquette, un lit ou même en été le dos appuyé contre un tronc d’arbre. En s’assoupissant le silence psychique rejoint celui du corps. Et c’est là qu’est la clé du silence régénérateur : Il ne faut pas s’endormir profondément, conserver une pointe de conscience. Évidemment il est difficile de s’arrêter au bon moment pour pouvoir profiter pleinement de l’influx régénérateur du silence. Si l’on s’endort profondément et longtemps en perdant conscience du corps et de l’esprit on perd la totalité du bénéfice régénérateur. Comment éviter cette perte ? C’est le génial Salvador Dali qui en donne la clé[2] si je puis dire. Il appelle cet exercice Le sommeil avec une clé.

 

La pratique est simple. On s’installe confortablement sur un fauteuil ou sur un lit. Une main doit pendre au dehors. Elle tient une clé ou tout autre objet assez lourd que l’on serre entre le pouce et l’index. Il sera tenu au-dessus d’une assiette ou d’un plat métallique posé sur le sol. Vous pouvez vous laisser envahir par le sommeil. Quand la clé tombera de votre main, le bruit de la chute vous réveillera, à ce moment particulier où vous avez perdu conscience sans avoir réellement dormi. C’est entièrement suffisant pour que votre être physique et psychique soit revivifié. Pour cette pratique le bon moment se situe entre midi et trois heures. C’est une question de chronobiologie. Ce moment de la journée est en opposition aux heures nocturnes ou notre sommeil est le plus profond. Les spécialistes des rythmes biologiques ont constaté que ce moment opposé était des plus favorables pour plonger dans un bref sommeil réparateur.

*     *

*

Les jeunes vivent dans un milieu où l’élément sonore est magnifié à un tel point que certains mettent en danger leur ouie. Ils ignorent ce qu’est le silence car on ne le leur a pas appris, et de ce fait ils en ont peur à un degré tel que leur vie devient impensable sans un baladeur sur les oreilles. S’ils savent, sans qu’on leur fasse un dessin, ce qu’est le bruit, ils ignorent totalement ce qu’est le silence. Ce comportement bien connu qui est d’avoir peur de ce que l’on ne connaît pas s’applique au silence car on n’enseigne pas aux enfants qu’être silencieux n’est pas rien dire mais dire autrement, c’est une expression différente mais plus puissant que la parole qui caractérise les génies et les mystiques. On peut donc imputer au manque de silence de notre société sa carence en penseur géniaux et l’indigence de sa spiritualité. Dommage qu’il n’y ait point d’inscrit au groupe de ceux qui désirent s’affirmer à contre-courant en votant pour le silence, car il suffirait d’un petit nombre pour changer le monde.

Depuis la nuit des temps et notamment depuis l’antique Égypte, ce maillon important qui nous relie aux connaissances essentielles des plus anciennes civilisations, les hommes savent qu’ils ont en eux deux sortes d’intelligence qui se complètent. L’intelligence du cerveau droit fut particulièrement cultivée et donna naissance, dans son expression pédagogique, à divers rituels initiatiques comme ceux de certains Francs-maçons, des Roses Croix, et de l’ancienne Église chrétienne. Ces courants spirituels très puissants à l’origine étaient basés sur l’hermétisme dispensateur de silence inséparable d’une pratique de laboratoire que l’on appelle Art Sacerdotal, Grand art ou Art Royal ou encore Art d’Amour et Art de Musique. Le cœur de cette antique pratique qui ne peut réussir qu’accompagnée du silence mental et donc d’un vécu ici et maintenant, est le Grand Œuvre des alchimistes.

Dans beaucoup de traditions on retrouve sa trace, ainsi, par exemple à Montpellier l’eau du puit de la maison natale de saint Roch devient miraculeuse le 16, août de chaque années. Ce tour de cadrant de 24 heures correspond à la durée du Grand Œuvre, sur le roc philosophique, en suivant la voie sacerdotale réservée à un petit nombre qui ont un rôle important à jouer sur le plan humanitaire ou social comme ce fut le cas pour ces alchimistes qui pratiquaient des transmutations publiques durant les 17e et 18e siècle. Leur rôle fut de tenter d’infléchir l’étude de la matière dans un autre sens que celui qui allait aboutir aux armes nucléaires.

Ce tour du cadrant de l’effet miraculeux de l’eau de saint Roch montre qu’il savait utiliser l’eau Pontique ou l’eau benoîte pour pratiquer la voie sacerdotale. La mission du grand montpelliérain avait pour but de soulager l’humanité souffrante de ce mal qu’est la peste qui ravageait alors la population comme actuellement le sida.

Ce grand œuvre de 24 heures donna naissance dans la Franc Maçonnerie à la règle des 24 pouces (divisée par trois) appliquée sur les trois corps : le sel, le soufre et le mercure. Voici l’instruction que reçoit le néophyte du rite Émulation comme celui qui caractérise le rite Nova Scotia:

 

« La règle de 24 pouces est un instrument utilisé par les Maçons opératifs pour mesurer et disposer leur travail, mais nous Maçons Francs et Acceptés, avons appris à l’utiliser dans le but plus noble et plus glorieux de mesurer le temps. Cette règle étant divisée en 24 parties égales, symbolise les 24 heures du jour, que l’on nous a enseigné à diviser en trois parties égales, donnant ainsi huit heures pour le service de Dieu et d’un frère méritant dans la détresse, huit heures pour notre travail habituel, et huit heures pour le repos. »[3]

 

Cette union entre différente tradition est le sel (ou scel) d’un œcuménisme véritable entre les principaux courants de la connaissance orientés vers la sagesse. L’étude non spéculative des symboles est inséparable de faits concrets qui émaillent ces divers rites et traditions permet de découvrir qu’ils sont les véhicules d’un savoir très ancien, à l’instar de certains contes. Il est dommage qu’ils soient bien souvent incompris ou mal compris en restant dans la spéculation qui ne peut être qu’incertaine. Non, les symboles ne sont pas seulement des expressions relevant uniquement du domaine psychique ou chacun peut les interpréter au grés de sa fantaisie et de ses capacités offrant ainsi des motifs d’invocation indéfinis… Ce genre d’approche est éminemment regrettable car non fructueuse.

Bien compris et ancrés dans le concret, le symbolisme nous permet d’atteindre, après une formation solide en hermétisme, notre véritable dimension. Elle paraîtra à ceux qui restent sur le bord de la route, surhumaine, ineffable et miraculeuse. Malheureusement il n’est pas facile de réduire à néant notre bruit qui n’est autre que celui de notre ego qui nous coupe de l’essence même des symboles qui sont par excellence le langage du silence. Soyons-en persuadés, l’étude uniquement théorique du symbolisme ne nous permet pas de progresser puisque les correspondances essentielles avec l’univers nous échappent.

N’oubliez jamais et n’en doutez pas un seul instant, cet effort vers l’acquisition du silence dans lequel plongent et se nourrissent les racines des symboles en valent la peine si vous souhaitez un jour entendre comme Pythagore la céleste musique des sphères.

 

Bibliographie

 

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BENOIST  L. L’ésotérisme. P.U.F. (Que sais-je ? N° 1031) Paris 1970. (Troisième édition.)

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Renne le château, les cartes des trésors. Montpellier 2006. (En vente chez l’auteur : leon.gineste@wanadoo.fr)

Hermestine, le trésor de Rennes le Château. Montpellier 2007. (En vente chez l’auteur : leon.gineste@wanadoo.fr)

GUIGUE C. Les Planches de l’Apprenti. Éditions Guigue, Tournais (Belgique) 2004.

Les Planches du Compagnon, Éditions Guigue, Tournais (Belgique) 2003.

Les Planches du Maître, Éditions Guigue, Tournais (Belgique) 2003.

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[1] Eugène Canseliet, L’alchimie expliquée sur ses textes classiques, p 205. Éditions  J. J. Pauvert, Paris 1972.

[2] In Cinquante secrets magiques. Éditions Denoël.

[3] Extrait du rituel de réception du rite de Nova Scotia, d’après Les planches de l’Apprenti de Christian Guigue, p. 124. Éditions Guigue. Tournais (Belgique) 2004. Cité également dans Les planches du compagnon, p. 104, même auteur, même éditeur, 2003.

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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 09:49

Cet article, divisé en quatre parties, portera ses fruits après trois lectures attentives (des quatre parties) espacées dans le temps.

 

Si je me suis appesanti sur la violence qui caractérise le cerveau reptilien stimulé par le cerveau gauche pour montrer qu’il faut toujours être à l’affût des mauvaises pensées qui nous traversent pour tenter par tous les moyens de les noyer dans le silence. Sans cet effort, inutile de tenter de vivre dans un groupe car on prend le risque de le détruire en devenant un Judas… D’où la nécessité dans d’importantes assemblées de former de petits groupes harmonieux.

 

Soulignons que toutes mauvaises pensées laissent des marques sombres dans notre rayonnement bioénergétique, elles sont difficiles à effacer.

Vous cherchez l’initiation ? Elle est toute là, ici et maintenant.

Cher ami aux trois points, qui allez être accueilli dans un centre initiatique,  ne réfléchissez pas trop dans le cabinet de réflexion ! La réflexion dont il est question ici est celle d’un miroir dans lequel vous vous observez en qualité d’ennemi de vous-même… Elle est toute dans le silence, bousculé de tous côtés par le bruit tonitruant de nos revendications diverses et les perfides recommandations de notre ego. Les épreuves initiatiques c’est cela, ce sont les épreuves de la vie de tous les jours et non des spéculations sur les épreuves symboliques comme par exemple celle des quatre éléments ! Épreuve du Feu, de l’Air, de l’Eau, de la Terre. Elles ne sont que le reflet lointain et stylisé de la réalité. Il faut déjà les avoir passées pour les réussir réellement ! Ne nous imaginons pas qu’au sein d’une communauté initiatique, la réception à ses initiations ouvre le satori et provoque l’éveil, en un mot que l’on devient réellement un initié[1]. L’initié réel tente de se connaître lui-même et surtout ne se fait pas de cadeaux. Il connaît le moment opportun pour se régénérer dans le silence. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, la sentence inscrite sur le mur noir du Cabinet de Réflexion de l’apprenti Franc maçon : « Si tu persévères, tu seras purifié par les Éléments, tu sortiras de l’abîme des Ténèbres, tu verras la Lumière ! »[2] est vraie.

 

Quant aux mots VIGILANCE et PERSEVERENCE inscrit sur un phylactère qui se superpose à la TETE d’un coq, ils prennent tous leur sens : Il faut persévérer dans la surveillance permanente des folies de notre encéphale gauche pour parvenir à l’éveil. Sur le plan de l’alchimie externe, celle qui se pratique au laboratoire, le coq désigne cabalistiquement la coque qui entoure la pierre philosophale en formation. Cette coque est due au Vitriol, mot inscrit sous la forme V.I.T.R.I.O.L. sur le mur. Son étymologie provient de vitriolum ou huile de verre. C’est la réunion des initiales de la devise latine des anciens alchimistes: « Visita Interiora Terroe, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem. » « Visite l’intérieur de la Terre, et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée.)

Le mot Vitriol est l’anagramme de l’or y vit. Donc, en visitant l’intérieur de la terre (compost) et en rectifiant (distillant) on trouve la pierre cachée, la pierre vivante, donneuse de vie. C’est le sens de cette phrase qui figure en haut de la planche ci-dessous. Cette terre noire dans laquelle est cachée la pierre (le Christ) a donné naissance aux vierges noires. « Petra autem erra Christus »[3] s’écrit l’évêque alchimiste Dom Belin à la fin de son ouvrage Les aventures du Philosophe inconnu.[4]

 

Nous venons de voir que le coq symbolise l’éveil et la vigilance, mais cet aussi un gallinacé. Il représente Mercure :

 

« Personne n’ignore, écrit Fulcanelli, que le chêne porte souvent sur ses feuilles de petites excroissances rondes et rugueuses, parfois percées d’un trou, appelées noix de galle (lat. galla). Or, si nous rapprochons trois mots de la même famille latine : galla, Gallia, gallus, nous obtenons galle, Gaule, coq. Le coq est l’emblème de la Gaule et l’attribut de Mercure. Non seulement le chêne fournit la galle, mais il donne encore le Kermès, qui a, dans la Gaye Science[5], la même signification que Hermès, les consonnes initiales étant permutantes. Les deux termes ont un sens identique, celui de Mercure. »[6]

 

Fulcanelli précise à la même page que :

« Le coq couronne le clocher des églises françaises, et ce n’est pas sans raison que la France est dite Fille Aînée de l’Église. »[7]

 

Certes, chacun comprendra que le coq est le symbole de la France qui s’appelait la Gaule. Cependant ce gallinacé élevé dans les airs veut dire qu’il reçoit l’influx cosmiques qui, en alchimie externe, transforme les cristaux blancs en sel « informé » et donc préparé pouvant servir convenablement pour le Grand Œuvre au laboratoire.

Pierre-Jean Fabre, médecin de Montpellier installé à Castelnaudary (Aude) en 1610 en parle sans ambages à propos de la voie humide, dont la cruche pleine d’eau est ici le symbole:

 

« Mais l’influx céleste n’est rien que la chaude boisson naturelle du monde, et le support de la vie de tout ce qui est sublunaire, que nous ne pouvons nous représenter sans l’humidité naturelle, radicale et primordiale. »[8]

 

L’Église de Pierre (le coq chantera trois fois[9]) est abusivement opposée à l’Église mystique de Jean, alors qu’en réalité elles sont complémentaires. L’Église de Pierre est l’Église exotérique, c’est-à-dire celle qui caractérise l’alchimie externe, au laboratoire. Le Christ ne dit-il pas : « Sur cette Pierre je bâtirais mon Église ? » L’Église de Jean est l’alchimie Interne qui caractérise la vie mystique, la spiritualité. Il est donc abusif d’opposer les deux Églises. En réalité elles sont inséparables et complémentaires. Ceux qui se disent Johannites sont devenus des spéculatifs et rejettent l’alchimie externe (donc l’Église de Pierre). Quand à l’Église Catholique, l’alchimie externe parfois pratiquée par des prélats et des papes lui échappe complètement, et actuellement l’alchimie est pratiquement  synonyme d’hérésie.

 

Le coq du cabinet de réflexion désigne aussi le langage des oiseaux ou la cabale phonétique utilisée par les alchimistes. Cette cabale[10], qu’il ne faut pas confondre avec la Kabale hébraïque, joue un rôle bien défini. En manipulant les mots au-delà de la grammaire à la manière du « verlan » actuel[11], elle perturbe le cerveau gauche dans son approche rationnelle des faits, des écrits et des symboles et devient donc capitale pour détourner l’action de l’encéphale gauche. Elle s’inscrit dans ce qu’il convient d’appeler l’alchimie interne[12]. Plus spécifiquement c’est l’alchimie du verbe et de la linguistique. Le baron de Tchoudy dans ses rituels alchimiques publié en 1766 dans l’Étoile Flamboyante en parle en ces termes dans son catéchisme[13], repris par Oswald Wirth[14]:

 

« Question : Quelle précaution doit-on prendre en lisant les philosophes hermétiques ?

Réponse : Il faut surtout avoir grand soin de ne pas prendre ce qu’ils disent à ce sujet au pied de la lettre, et suivant le son des mots : Car la lettre tue et l’esprit vivifie. »

 

A gauche du coq se trouve le symbole graphique des anciens chimistes et alchimistes du soufre et à droite celui du sel. Avec le mercure représenté par le coq nous avons les trois corps des hermétistes, appelés principe par ceux qui pensent que l’alchimie est uniquement spirituelle :

 

« Ces appellations singulières de Soufre, Mercure et Sel s’appliquent, répétons-le, à des principes et non à des corps chimiques déterminés. »[15]

 

Tout alchimiste dira que les deux corps soufre et mercure uni dans un minerais qui est le sulfure de mercure ou cinabre, sont « analogues mais non pareils, semblables mais non identiques. »[16] En d’autres termes avant d’être utilisés ces trois substances bien concrètes reçoivent une préparation particulière, généralement passée sous silence dans les ouvrages d’alchimie. Au sein des groupes spéculatifs et spirituels, un glissement s’est opéré dans la compréhension, puisque les principes de chacun de ces corps est exalté par la préparation qui est une rectification ou distillation à l’aide de la cornue.

 

Dans le cabinet de réflexion peint en noir, car nous sommes ici dans l’œuvre au noir ou putréfaction, sont placés des ossements, un crâne humain ; une petite table, un tabouret et une écritoire ; sur la table, du pain, une cruche d’eau, une coupe contenant du sel et une autre contenant du soufre.

Des dessins symboliques sont représentés comme l’indique la planche ci-dessus.

 

Dans ce réduit le sujet est enfermé afin qu’il se purifie, comme la matière première des alchimistes est introduite dans un matras bouché ou scellé :

 

« En cet état d’innocence primitive, écrit Oswald Wirth, de candeur philosophique retrouvé, le sujet est emprisonné dans un étroit réduit, où ne pénètre aucune lumière extérieure. C’est le cabinet de réflexion, qui correspond au matras des alchimistes, à son œuf philosophique hermétiquement luté. »[17]

 

Le pain est associé au sel qui est la nourriture de la pierre. Le mot grec pan signifie tout. En d’autres termes le sel représente la totalité de la nourriture de la pierre, rien de plus, rien de moins.

La cruche d’eau n’est autre pour les alchimistes que la menstrue du monde comme le disaient le cosmopolite en sa Nouvelle Lumière Chimique. Le Président d’Espagnet dit de même:

« C’est le menstrue[18] de la nature » que certains adeptes appellent dissolvant universel, eau benoîte, eau pontique, rosée de mai, alkaest

Le sablier représente « la chute éternelle du temps » (Lamartine) et exprime la pulvérisation de la matière. Il symbolise le temps, et aussi l’or alchimique. C’est pourquoi, sur la tombe du surréaliste André Breton on peut lire :

« Je cherche l’or du temps. »

La faux est un symbole lié à la planète Saturne des anciens astrologues qui correspond au plomb[19]. Elle est habituellement associée à la mort du profane qui doit renaître à la vie spirituelle, et certains spéculatifs d’ajouter qu’il s’agit de la : « transmutation du plomb vil en or »[20] ou encore il s’agit de dépouiller le vieil homme afin de naître à nouveaux. Tout cela évidemment est vrai en alchimie interne, mais ne saurait se réaliser sans techniques particulières, sans cela il s’agit de l’encéphale gauche qui s’écoute parler, comme lorsqu’un prêtre ou un pasteur fait un beau sermon…[21]



[1] La réception d’une initiation dans un centre initiatique ne fait pas du récipiendaire un initié, ni même un « initiable ». Il en fait un individu susceptible d’avancer s’il s’en donne la peine. Cette conception se superpose exactement aux sacrements de l’Église qui ne l’oublions pas est l’une des plus ancienne société initiatique. Évidemment, depuis le concile de Trente (1545 à 1563) et surtout depuis l’application des Canons du concile de Vatican II (1968), cette particularité a été réduite à néant. Certaines petites Églises on cependant conservées l’esprit initiatique des premiers siècles, notamment L’Église gallicane alchimique E.U.N.A. Elles sont reconnues valides (les sacrements comme le baptême, le mariage, la communion… sont reconnus) par l’Église romaine et Orthodoxe, mais sont évidemment illicites (hors de leurs lois).

[2] Jules Boucher, La symbolique Maçonnique, p. 25. Éditions Dervy, Paris 1948.

[3] Et cette pierre était le Christ. (Chapitre X, verset 5 de I Corinthien)

[4] Dom Belin évêque de Bellay, Les aventures du philosophe inconnu, p 222. Éditions de Retz. Paris 1976.

[5] La gaie science est la cabale des alchimistes reposant sur la phonétique, les jeux de mots et les étymologies grecques et latines. Elle s’appelle aussi langue des oiseaux, langue verte, langue des dieux, langue du cheval…

[6] Fulcanelli, Le mystère des cathédrales, troisième édition, p. 196-197. Éditions,  J. J. Pauvert. Paris 1964.

[7] Op. cité, p. 196.

[8] In L’alchimiste Chrétien, 1632.

[9] Pierre dit au Christ qu’il ne sera jamais pour lui une occasion de chute. Le Christ lui répondit : « Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. » Évangile de Matthieu, chapitre26, verset 34. Nous retrouvons là le ternaire fondamental de l’alchimie pratique au laboratoire.

[10] Pour la définition de la cabale voir L’alchimie expliquée par son langage aux pages 84 et 85. (Voir bibliographie)

[11] Cabalistiquement le coq désigne la coque de l’œuf philosaphal des alchimistes.

[12] Pour les définitions de l’alchimie voir les pages 48 et 49 de L’alchimie expliquée par son langage. Op. cit.

[13] Pour rédiger son catéchisme Tchoudy a utilisé trois sources, celle de l’alchimiste appelé le Cosmopolite en sa Nouvelle lumière chimique La deuxième est issue de La lumière sortant par soi-même des Ténèbres de Marc-Antonio Grasselane, et enfin celle des 53 lettres de Michel Sendivogius appelé Cosmopolite. Soulignons que ces alchimistes oeuvraient au laboratoire, ce qui était accepté par le Baron de Tchoudy, comme l’indique son chapitre intitulé : Instructions pour faire le Grand Œuvre. (p.50 de son manuscrit de Tous les rituels alchimiques).

[14] Oswald Wirth Le symbolisme hermétique p. 163, question 94.

[15] Jules Boucher, La symbolique Maçonnique, p. 28 (Voir bibliographie)

[16] Kamala-Jnana Dictionnaire de philosophie alchimique, p.11. Éditions G. Charlet, Argentière (Haute-Savoie) 1961.

[17] Oswal Wirth Le symbolisme hermétique, p.87. Éditions Dervy, Paris 1969.

[18] La menstrue était, dans l’ancienne chimie,  un liquide servant à extraire les substances qui s’échappent des corps soumis à la distillation. Plus globalement c’est un terme nommant tout dissolvant comme l’eau ou l’alcool. En alchimie il y a trois menstrues. La première est une solution d’eau de rosée, la seconde puise lentement son énergie vitale dans l’air nocturne. La troisième est rouge et acide. Elle contient la quintessence du sel, du soufre et du mercure.

[19] Chacune des planètes correspond, pour les astrologues, à un métal. Mercure symbolise le mercure, Vénus le cuivre, Mars le fer, Jupiter l’étain, Saturne le plomb. Quand aux luminaires, c’est-à-dire le soleil et la lune, le premier correspond à l’or et le second à l’argent.

[20] J. Boucher, Op. cité. p.29.

[21] Soulignons que ses ecclésiastiques ne sont pas responsables de leurs états, ils sont tributaires d’une longue tradition perpétuellement « corrigée » par des cerveaux gauches en ébullition !

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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 09:44

Cet article, divisé en quatre parties, portera ses fruits après trois lectures attentives (des quatre parties) espacées dans le temps.

 

Dans une époque où les clameurs et le rugissement des moteurs dominent, où se reconnaît en filigrane le rythme hallucinant de la planche à billets, les valeurs du silence relatif restent à redécouvrir, non seulement dans la vie de tous les jours, mais aussi dans notre vie intérieure. Souvenons-nous que depuis les époques les plus reculées, nous sommes porteurs de cette sagesse immémoriale qui réside dans le non-dit et la paix du silence. Si cette paix est anéantie ou profondément blessée, elle entraîne inéluctablement dans sa mort la sagesse. Vue sous cette perspective la folie matérialiste – qui caractérise notre civilisation (si l’on peut appeler civilisation un monstre aveugle qui, à l’instar du dieu Cronos, dévore ses propres enfants) – est un combat entre la face prédatrice lovée dans le bruit et celle silencieuse liée au sublime.  C’est à chaque individu de faire son choix entre « la force forte de toutes forces » d’Hermès Trismégiste, et la gloriole trompeuse et confortable du pouvoir de l’argent et le plus souvent de la vantardise de bas étage trop fréquente dans les sociétés dites initiatiques.

 

Notre intention n’est évidemment pas de brosser un tableau sombre de notre humanité – cela ne servirait à rien –, mais de montrer combien chacun de nous peut accéder, au sein du silence des pensées, à l’indicible, dans une joie permanente et sans failles fondement de toute réelle vie spirituelle et mystique.

 

Qu’est-ce que le silence ?

 

Donnons une première définition succincte du silence relatif. C’est essentiellement une notion abstraite qui signifie que l’individu ne dit rien et se maintient durant un certain temps dans le mutisme et l’immobilisme psychique. En fait nous sommes dépendants de deux sortes de silences :

 

Le silence extérieur signifie que l’on se trouve en un lieu où le bruit est réduit à son strict minimum qui est celui de la vie en nous et autour de nous. De ce silence n’émerge aucun bruit perceptible par notre ouie.

 

Le silence intérieur est l’acte de réduire à néants toutes pensées qui traversent notre esprit, essentiellement celles qui consistent par exemple à se demander si l’on a bien fait une chose banale, si l’on a fermé la porte du garage…

 

 

Le support biologique du silence.

 

Nous avons parlé de la pollution des cerveaux, car le cerveau ne peut être indéfiniment agressé par le bruit. Il est un fait incontestable, il a besoin de silence comme il a besoin de sommeil, et le sommeil est un retrait vers cet aliment, nécessaire pour lui, qu’est le silence relatif.

Pour bien fonctionner le cerveau doit harmoniser les échanges entre ses principales parties.

 

« Le cerveau est constitué de trois étages :

 

Le « cerveau reptilien » qui est le plus archaïque ;

Le « cerveau limbique », au dessus du « cerveau reptilien ».

Le « cortex cérébral », ou matière grise qui est sur le « cerveau limbique ».

 

Le cerveau reptilien – Particularise les vertébrés inférieurs comme les reptiles. L’homme possède un « cerveau reptilien ». Il produit des réflexes pour maintenir en vie l’espèce. Ce cerveau est à l’origine de comportements primitifs comme l’agressivité, les relations sexuelles ou le réflexe de protection d’une femme vis-à-vis d’un enfant.

Il enlève par son automatisme de réflexes innés, toute valeur à un acte spirituel.

 

Le cerveau limbique – Cette masse cérébrale recouvre le « cerveau reptilien ». Toujours présent chez l’homme, il est plus évolué que le « cerveau reptilien ».

Il est le centre physiologique des émotions.

C’est un « filtre » qui sélectionne les informations et les achemine vers le cortex pour stimuler les zones motrices concernées.

Ce cerveau peut, sous le coup d’une émotion, bloquer des messages et donc certaines paroles ou certains gestes, car les réactions émotionnelles se propagent uniquement du centre émotionnel vers la zone de la raison et de l’action.

C’est pourquoi les manifestations à fortes charges émotionnelles se traduisent difficilement. C’est le cas pour le « coup de foudre » amoureux et aussi l’extase mystique.

 

Le cortex cérébral – Ce qui caractérise l’homme est l’importance de son cortex cérébral. C’est une fine couche de cellules grise (d’où le nom de matière grise en parlant de l’intelligence) qui enveloppe le « cerveau limbique ».

Il permet les relations entre les choses. A partir des éléments épars d’un objet il va les associer et déterminer la forme d’un objet.

Ces trois cerveaux superposés fonctionnent en étroite collaboration. Ils combinent leurs activités avec celle de l’encéphale droit et gauche.

 

Le cerveau droit et le cerveau gauche

L’hémisphère cérébral droit ne fonctionne pas de la même manière que le cerveau gauche.

 

Le cerveau droit gère l’intelligence intuitive. En lui siège le sens de la globalisation et de l’hologrammorphisme (capacité holographique[1] de percevoir la forme du tout, sans analyse rationnelle, à partir d’une de ses parties). Il est donc capable de discerner des ensembles à partir d’éléments épars perçus inconsciemment (perception subliminale). Cet hémisphère gouverne notre appartenance à la nature, et a notre corps, ainsi qu’à l’univers avec lequel il est susceptible de communiquer grâce à ses fonctions dites non verbales : Il est silence.

 

Le cerveau gauche est le siège de la pensée qui analyse, dite « digitale » des intellectuel. Il est le siège de la parole, ou fonctions verbales, et gère notre action sociale et ce que l’on qualifie « d’intelligence ».

 

Les cerveaux reptiliens, limbiques et corticaux associent leurs capacités avec les encéphales droit et gauche pour donner à chaque individu son originalité. »[2]

 

Pour bien fonctionner, notre encéphale « penta unique » doit harmoniser les échanges entre les cinq « cerveaux » qui le constituent. Les recherches scientifiques prouvent depuis plus de vingt ans l’absolue nécessité d’un fonctionnement harmonieux de toutes les parties. L’observation, même grossière, du comportement humain actuel met en évidence d’importants déséquilibres de la quasi-totalité des individus de notre espèce. Si, dans un lointain passé, nos ancêtres cavernicoles utilisèrent leur encéphale gauche, et plus particulièrement leur néocortex, pour survivre face aux prédateurs et aux rigueurs du climat, cette tendance est restée et s’est considérablement amplifiée. Ainsi la vie intuitive, le sens de l’hologrammorphisme et la dimension émotive[3] est refoulée et opprimées. C’est l’aspect rationnel et intellectuel qui est exalté constituant ainsi une hypertrophie de l’ego responsable des guerres fratricides et des destructions de la nature. Il résulte de ce grave déséquilibre de multiples stress, insomnies et « dépression » nerveuses mise en évidence par la consommation galopante de divers tranquillisants et neuroleptiques qui ne font qu’envenimer la déstabilisation en détraquant les systèmes nerveux et hormonaux par leur action sur l’axe hypothalamo-hypophysère. D’où un dérèglement profond de nos sécrétions glandulaires, ce qui provoque de multiples maladies dont le cancer. N’en doutons pas, les incohérences des fonctions cérébrales notamment l’hypertrophie des activités intellectuelles, peuvent perturber considérablement notre comportement et détruire notre corps et même l’espèce humaine.

 

Malheureusement le bruit infernal créé par notre cerveau gauche, dont le bavardage est une expression, non seulement tend à nous détruire mais surtout nous dissimule la symphonie de la sagesse innée qui réside dans le cerveau droit.

« Cela paraît presque trop simple, pourtant… Parlant de ce qui pourrait être une entité humaine idéale, un sage ermite de soixante-dix-huit ans me dit un jour : « C’est si simple qu’on passe à côté. »[4]

Le fait d’inverser la situation, c’est-à-dire de donner une dominance écrasante du cerveau droit fait perdre contact avec la réalité. Cette attitude nous ferait revenir à l’époque troglodyte d’où nous sommes sorties grâce aux aptitudes de notre cerveau gauche, dont l’excès d’utilisation bascula dans le déraisonnable à un tel degré que notre pensée est devenue notre ennemie. L’intellect n’est plus en phase avec notre intuition et la pensée se sépare du corps. Nous avons de regrettables exemples de cette attitude dans les monastères. La raison s’aveugle et devient la proie des systèmes sectaires. Ainsi se cristallise notre ego, à un tel degré qu’il peut nous conduire à notre perte.

 

« Ce déséquilibre entre les parties gauche et droite, ce conflit disproportionné entre les messages du silence naturel et ceux, surimposés, de la parole sociale sont les racines de la maladie mentale et, aussi, de toute faiblesse psychosomatique. C’est un problème de communication, à l’intérieur comme à l’extérieur de soi. »[5]

 

Tout l’art de bien penser consiste à utiliser harmonieusement nos deux encéphales droit et gauche. Les spécialistes des neurosciences appellent cela la logique cruciforme. En d’autres termes, si nous avons deux encéphales cérébraux c’est pour nous en servir d’une manière équilibrée, et non pour solliciter l’un et laisser en sommeil l’autre. L’abrutissement par le manque de pensée logique ou l’abrutissement par l’excès de spéculations intellectuelle sont tout deux déséquilibrants et ne sauraient amener l’homme à l’entité humaine qu’il est réellement.

 

Mais actuellement l’humanité vit dans un état insensé tellement accentué qu’il devient nécessaire de rééduquer la moitié du cerveau. Notre encéphale droit ne nous sert pratiquement à rien. Il faut donc réapprendre à s’en servir. Pour montrer l’importance de ce rééquilibrage, rappelons que notre encéphale gauche intellectuel et rationnel ne représente que dix pour cent de nos capacités intellectuelles. Les quatre-vingt dix pour cent restant résident dans notre encéphale droit ! Nous croyons qu’il est inutile d’insister sur la nécessiter de tenter une reconquête de nos continents perdus. Il est certain que sur le plan de la pensée il nous reste l’Amérique et l’Inde à découvrir ou à redécouvrit !

 

Ce vide qui est en nous, cette amputation d’une partie importante de nous-même est à l’origine de la progression des drogues douces dans lesquelles il faut ranger l’alcool les tranquillisants et les antidépresseurs. Ces substances donnent accès à un ailleurs de l’être d’une manière artificielle. Quant aux drogues dures, elles suivent la même progression. Toutes ces substances nocives permettent un recentrage de l’être, « un arrêt dans le carnaval mental » pour reprendre une expression de Marc de Smedt. Elles amorcent un silence dans notre bavardage « intello » – devenu aliéné – véritable spécialiste de la non-communication entre le rêve et la réalité. Notre logique est momentanément détruite, elle part en morceaux, s’éclate en miettes délirantes et le discours sans fondement devient inutile se rapproche du silence en tournant autour d’idées fixes…

Ces drogues calment le désordre mental créé par l’hypertrophie du cerveau gauche. Elles entravent le cheval fou, mais ne guérissent pas. Elles sont des expériences difficiles à supporter pour notre système nerveux – et donc à proscrire – mais ne constituent pas des remèdes.

 

Approchons un peu plus concrètement le rôle du silence dans la vie de tous les jours en l’illustrant par un exemple qui peut être extrapolé à plusieurs situations. Supposons un couple (ou deux frères) qui se dispute souvent et pourtant s’aiment. L’un accuse l’autre de ceci ou de cela et l’autre se défend en répondant que ceci et cela est faux mais que l’autre est « parano », « mégalo », « schizo » etc. Vous l’avez compris les noms d’oiseaux ont remplacés ceux de la bonté de la bienveillance ou de la tendresse. Ainsi chacun se renvoie la balle et sombre dans un délire d’interprétation des intentions de l’autre, et les échanges aussi négatifs les uns que les autres se poursuivent à n’en plus finir empoisonnant l’atmosphère relationnelle jusqu’à l’étouffement sous le venin des regards vindicatifs et haineux qui se croisent. Apparemment, face à cette situation, ne se présentent que deux solutions : la séparation ou le divorce. Ors, ces deux décisions sont des fuites que la majorité des frères (qui se disent fâchés) ou des couples choisissent. De plus c’est une solution de facilité. Vouloir se réaliser ne passe par aucun de ces chemins. Il ne passe pas non plus par une vie indépendante sous le même toit. Vous pourriez vous demander où je veux en venir, et quel rapport entre cette histoire et le silence !

Et bien, le silence peut faire revenir ces frères ou ce couple à son amour initial. Non, je ne vais pas parler de faire des concessions ou de savoir être tolérant et bienveillant. Ce sont des mots qui disparaissent vite de notre mémoire s’ils ne deviennent des leitmotive.

Quant à l’apostrophe désagréable de l’un des conjoints dès le saut du lit (le cerveau gauche ne dors jamais et « pompe » l’énergie vitale quand il s’agit d’assurer sa suprématie) l’autre fait le silence des pensées et va prendre son petit-déjeuné comme si de rien n’était dit et parle aimablement à l’autre, il aura fait un saut considérable en avant dans sa propre réalisation et vers l’éveil. Dans ces cas répondre à la parole ou à l’écrit par le silence est la plus belle des choses qui puissent arriver. Le jour où vous chantonnerez avec le sourire sous le regard furieux et réprobateur de l’autre vous aurez gagné la bataille.

Quelle bataille aurez-vous gagnée ? Un véritable petit Austerlitz ! Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais vous aurez commencé à dompter votre cerveau gauche et donc vous rééquilibrerez votre dimension psychologique. De plus vous aurez donné une belle leçon à votre ego. Le bénéfice est totalement pour vous, même si l’autre fanfaronne sur sa propre victoire. Laissez-le se bercer d’illusions. Cela est normal puisque son cerveau gauche n’admet pas de défaite et devient misérable dans ses combats donquichottesques d’arrière-garde. Vous progresserez d’autant plus si vous devenez capable de ne plus réagir face à de gros reproches qui ne manqueront pas de vous être faits, ce qui est normal puisque celui où celle qui vous fait des reproches cherche consciemment ou non à vous faire « craquer ».

D’autre part le frère ou l’épouse peuvent être conseillé par un individu « libérée » (quand on s’appelle de la sorte, cela signifie, directement ou indirectement, que l’on est prisonnier ou prisonnière du sexe, de l’argent, de la solitude ou de toute autres choses). Cet être « libéré » dira évidemment qu’il/elle est soumis/e ! Voilà comment les amis mettent de l’huile sur le feu ! Il faut donc apprendre à être sourd à de pareils arguments en se retirant (et non en se réfugiant) dans le silence régénérateur et puissant.

La suite c’est une prise de conscience subite de sa propre bêtise et vous finirez par comprendre que très réellement la bêtise est la chose au monde la mieux partagée. En faisant silence vous sortez de la sottise distillée par le raisonnement logique et revendicateur de votre encéphale gauche qui veut toujours avoir raison. C’est normal puisque depuis votre naissance il règne en maître sur votre vie. N’en doutez pas une seconde : vous en êtes le pantin ! C’est lui qui tire les ficelles en vous faisant croire que… vous êtes libre ! Oui, vu sous cet angle la vie de la plupart des hommes et des femmes est une pantalonnade ! Voici une citation qu’il serait instructif de lire attentivement :

 

« Réfléchissons un peu sur les principes de l’agressivité commune, banale, celle qu’on rencontre sans cesse. A la base s’y trouve toujours une histoire d’ego.

Qui se heurte ? Pourquoi se heurter ? C’est parfois nécessaire. Mais rarement.

Pourquoi ces « clash » entre les êtres ? Et plus on est proche, plus le choc est fort. Violent. Stupide en fait.

Tu me vois tel que tu veux me voir.

Je te vois tel que je te représente.

C’est valable pour tous et pour toutes…

Reproches. Faciles les reproches. D’abord quand ils vous arrivent on ne se sent pas concerné, c’est une image de nous insupportable qui nous est jetée à la figure : c’est la vision de l’autre. Au fond de soi, on sait très bien que « je » est autre chose : on se voit toujours mieux, plus beau, plus fin, plus intelligent, plus sage… Nous, on sait.

Que savent les autres ?

On oublie que si notre propre cheminement intérieur est connu de nous seuls, par contre notre représentation quotidienne, notre théâtre de chaque jour, de chaque geste, de chaque parole, notre moi extérieur qui se donne l’air de singer son idéal, ce moi-là est plus souvent apparent aux autres qu’à nous-même. Si l’autre prend le temps, donc le silence, de me regarder, il me lit à livre ouvert. Et vice versa. On peut voir nos grandeurs et faiblesses. Toutes les mesquineries et vérités du personnage.

La vraie personnalité se dégage à ce moment-là (quel qu’il soit) et, l’image que l’on veut donner de soi. Jeu incessant qui sert à se rassurer, grandir et exister à d’autres yeux, prouver sa pénétration, sa force, ses capacités d’expression, son expérience, souvent inexistante. Ou réduite à si peu de chose par rapport à l’idéal qu’on s’en fait. Nous sommes tous des colosses aux pieds d’argile.

Scènes, disputes, colères ; il s’agit toujours d’écraser l’autre[6].

Peut-être que cet autre a tort ou raison. Peut-être n’a-t-il ni tort ni raison. Il est dans son personnage, tu es dans le tien. Une bulle en côtoie une autre. Un univers particulier coexiste avec d’autres univers tout aussi particuliers, tout aussi étranges, tout aussi tristes et joyeux. Chacun projette ses tentacules vibratoires sur le monde, chacun se projette sur ce qui l’entoure, chacun pense, sent, vit d’une certaine façon…

Solitaire et très vaguement solidaire.

Il n’y a pas une empreinte digitale pareille au monde, et on voudrait que les êtres se ressemblent. Pourtant, la formule chimique de la peau est la même, pourtant, pourtant, les mêmes éléments nous constituent… Pourtant cela paraît si simple à atteindre, l’harmonie…

Bien des choses nous séparent, bien d’autres choses nous réunissent… Faut simplement faire avec.

Et si l’on n’a pas le courage de le faire, on tombe dans la violence quotidienne.

Un pas en arrière, un instant de silence, un regard permettent souvent d’éviter le déroulement de la violence. »[7]



[1] L’hologramme est une photographie sur plaque de verre prise avec un éclairage laser (lumière cohérente). Quand on éclaire cette lame transparente avec un rayon laser, elle manifeste une image en relief. Si on brise l’hologramme, chacun des morceaux éclairés au laser restitue la même photo en relief. Cette particularité est due au fait qu’en chacune des parties de l’hologramme est enregistré le tout. Telle est la profonde différence entre l’hologramme et une photographie prise avec un éclairage naturel (lumière incohérente). Il est un truisme de dire qu’une photographie déchirée est définitivement détruite, ses morceaux ne peuvent reproduire la totalité de l’image.

[2] Léon Gineste, Holoscopie de la spiritualité occidentale p. 185 – 186. Éditions Memor, Bruxelles 1997.

[3] Actuellement nos affairistes financiers ou autres considèrent que le quotient intellectuel (QI) doit être accompagné d’un bon QE ou quotient émotionnel d’autant meilleurs que les émotions sont bridées !

[4] Marc de Smedt Éloge du silence p 63. Éditions Albin Michel. Collection « Espaces libres ». Paris 1989.

[5] Marc de Smedt. Op cité p. 64.

[6] Cette charmante particularité est exaltée par les politiques affairistes de notre société… « Assassiner » l’autre fait partie du catéchisme de la majorité des hommes d’affaire. En sortant du bureau, comment voulez vous changer votre costume de criminel avec une aube blanche de pureté ? (Note ors citation)

[7] Marc de Smedt. Op. cité, p 183 à 185.

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