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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 21:00

 

CRIST AU FALUN

 

D

epuis que je m’intéresse à ce phénomène fondamental et essentiel de l’humanité qu’est la religion, et depuis que je traine ma bosse sur les sites sociaux, et que je rencontre des responsables d’Eglises , je lis et j’entends toujours, y compris de la part des plumes érudites ou autorisées, la même définition : La religion m’affirme-t-on d’une manière assez péremptoire et universellement adoptée c’est « Ce qui relie ». Car le sacré, disent-ils,  se défini comme une relation. Avec cette explication abrégée de cet indéfinissable lien entre Dieu et les Hommes qui est, pour les hermétistes, une relation entre le « bas » (microcosme) et le « haut » (macrocosme) comme le dit le fameux texte de la Table d’Emeraude :

« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour accomplie le miracle d’une seules chose. »

Nous sommes dans un terrain vague qui caractérise, sous le nom de syncrétisme, ou d’œcuménisme mal fagoté, bien des incertitudes pour ne pas dire des faussetés.

Nous tenons une corde par un bout mais nous ignorons qui (ou quoi) tient l’autre extrémité. Mais la religion peut-elle se résumer à cette ficelle, à ce lien ? Et bien non !

Dire que « La religion est ce qui relie » est à moitié juste et procède d’une étymologie à demi fausse. Nous somme ad incertum revocare  (laissés dans le doute) diraient les latinistes du Vatican qui se gardent bien de rectifier une définition qui les concerne pourtant au premier chef, mais qui risque d’égarer bien de fidèles dans le domaine des interdits ou mise à l’index des inquisiteurs dont on n’entend plus parler depuis le concile Vatican II, mais qui existe encore dans les faits. C’est un réflexe typiquement humain que l’on retrouve aussi dans les partis politiques et l’enseignement des grandes Ecoles Nationales : celui du maintient des structures… au risque de grever l’avenir en le ramenant aux proportions d’une cage de zoo ce qui nécessite, évidemment, d’égratigner la vérité.

Le mot « Religion » vient du latin religo qui n’a pas le sens unique de lien mais désigne surtout l’attention scrupuleuse, l’inquiétude des consciences, la crainte pieuse, la dévotion cultuelle et l’effacement d’une culpabilité par un sacrifice expiatoire.

En plus le mot Religion a une double étymologie.

Les théologiens, dont l’érudition ne sauraient être mises en cause, « oublient » bien souvent de mentionner que ce terme est issu, d’après Cicéron, de relegere qui exprime l’idée de repasser, de reitérer, qui concerne tout apprentissage et nous renvoie aux réitérations alchimiques pour œuvrer avec l’Esprit Universel (ou Esprit Saint unificateur lien entre les êtres et les choses) datant de l’époque où cet Art était indéfectiblement lié à l’Eglise chrétienne mais aussi au judaïsme et à certains courants de l’Islam et au bouddhisme, car le cœur de la spiritualité est universel. Dans la chrétienté elle était pratiquée aussi bien par les moines que par les prélats et même les papes... Comme ce sens est tombé dans l’incompréhension à l’instar du sens de l’ancienne messe (avant 1968) ou messe de Saint Pie V dite encore messe Tridentine car mise sur pied par le concile de Trente (1545-1563) sur le modèle de l’antique office des gaules (gallican).

Nous avons donc là également les réitérations dans l’apprentissage, lire et relire un ouvrage, conseil fameux pour les catéchèses que l’on trouve aussi dans les bons manuels d’alchimie sous l’expression : Prie, lis, lis, lis, relis, travaille et tu trouveras, répétitions qui caractérise la méthode orientale d’enseignement autrefois unie à l’Eglise Gallicane du premier millénaire. Relegere  est aussi porteur du sens de recueillement des valeurs traditionnelles ayant fait leurs preuves afin d’en enrichir le présent. Cet aspect renvoie à des connaissances qui ne sont pas obligatoirement cataloguées par les théologiens actuels qui ignorent bien souvent la tradition orale car leur fermeture au suprasensible (et à la mystique même) est proverbiale puisque leur rôle est de maintenir en place une idéologie et non d’essayer de comprendre et encore moins de promouvoir, au-delà des leçons apprises, le trésor de leurs traditions religieuses seraient-elles des plus fécondes. Ils ne formulent plus un discours sur Dieu mais sont beaucoup plus des psycho-politico-cliniciens de la religion. Handicap bien humain, universellement répandue, mais impitoyable reflet dramatique de notre petitesse ou les pensées les plus nobles font le jeu des spécialistes de l’abstraction, ces êtres « diaboliques » qui désespéraient saint François d’Assise.

La religion était pour les Romains une crainte pieuse (que l’on retrouve dans le catholicisme) qui renvoyait à des principes et pratiques traditionnelles qui incitaient au recueillement et à la récollection de l’âme. En ce sens, la religion est étroitement liée à d’anciennes traditions profondément enfouis dans le passé. Comprise au premier degré, en ignorant ce que recèle le passé et les traditions, elle ne peut devenir, comme c’est le cas actuellement, qu’un frein considérable à l’ouverture d’esprit, vis-à-vis de notre culture. C’est une entrave à l’adaptation intelligente et donc à l’innovation… plus qu’un lien entre les êtres.

Mais tous les citoyens d’une même ville sacrifiaient aux mêmes dieux et, après la conversion au christianisme, la communauté religieuse s’étendit aux dimensions de l’Empire constituant une religion gallicane universelle (union des Gaules) jusqu’au début du deuxième millénaire. La religion apparait alors, — avant tout schismes et donc avant 1054 avant que l’Eglise Latine schismatique (dite Catholique) ne se sépare de l’Eglise d’Orient (Eglise véritable et de ce fait Orthodoxe), — comme un lien spirituel, un attachement aux mêmes valeurs, un trait d’union entre l’Homme et Dieu comme entre les membres d’une même Eglise. Il est donc tentant de faire dériver religio de religare, en lui donnant le sens de « relier ».

Toute l’Europe et tout les pays méditerranéens (qui vit passer l’immense armées du Brennus (chef) gaulois Bellovèse qui laissa sur son passage des colonie telle la Galilée) étaient ainsi unis, reliés ensemble au même Dieu avant que l’Empire d’Orient ne devienne musulman repoussant le christianisme Oriental dans certains pays Baltes et en Russie.

Cette étymologie populaire, historiquement fausse, est théologiquement juste et, dans son Epître aux Romains (XII, 41), saint Paul rappelle que « comme nous avons plusieurs membres d’un seul corps, nous sommes un seul corps en Christ ». La religion devient lien social et chaine mystique. C’est la raison pour laquelle, les cathédrales romanes et gothiques étaient suffisamment grandes pour accueillir tout les paroissiens d’une même ville sous leur architecture cruciforme symbole du corps du Christ.

Ce passage précédant de saint Paul est éminemment expressif quant à la nécessité de l’unité de toutes les Eglises qui célèbrent l’Eucharistie quelle que soit leur théologie. Actuellement les différentes Eglises se heurtent car elles ont perdu leurs racines mystiques remplacées par un ego digne de celui d’Harpagon… « Hors de MON Eglise point de salut » singent-elles misérablement dans un combat de chef aussi stérile que dépourvu de dimension spirituelle.  Honte à elles !

Oui, la reliure du vénérable bouquin des Evangiles a pris du plomb dans l’aile !

Pour les Grecs la religion (therapeia) était un « soin » aux dieux et aussi aux Hommes, d’où, dans l’Eglise gallicane des premiers siècles, l’exaltation thérapeutique de l’alchimie (spagirie) médecine inséparable du sacré, directement issue de l’Esprit Divin. Pour les Chinois (jiao) c’était un « enseignement » des maîtres à leurs disciples, particularité que nous retrouvons dans les enseignements hermétiques de l’Eglise sous couvert d’herméneutique. Chaque culture a favorisé un aspect plutôt qu’un autre du sens de la religion pour la baptiser selon ses convenances et de ce fait, si nous faisons abstraction de la terminologie et du milieu culturel, les termes peuvent être inversés et considérer la religion chinoise comme une thérapie (le taoïsme est d’abords, comme la spagirie occidentale, une médecine sacrée) et la religion grecque comme un enseignement (la gnose et les cultes à mystères tels ceux d’Eleusis ou de Samothrace). En réalité la religion est une dans ses rapports avec l’Esprit divin plus ou moins prononcé. Et oui l’œcuménisme n’a pas besoin de palabres… Les partisans de l’abstraction, ces idéologues qui s’écoutent parler, ne peuvent qu’être sujets à division car leurs misérables paroles offensent bien souvent le Verbe.

Cette double étymologie latine (religio et religare) s’applique bien à la plupart des systèmes religieux du monde. Ce qui somme toute est normal dans la mesure où la religion est une recherche des rapports avec l’esprit divin.

La religion est inséparable, comme je l’ai signalé au début de cet article, d’une certaine hésitation à agir par  crainte de froisser ou de provoquer un scandale. Un chrétien sans scrupule est une anomalie. En réalité religion et scrupule sont liés : la religio est un scrupulum… A l’origine le scrupulum est un petit caillou, un scrupus, c’est-à-dire une pierre pointue. Le scupule est donc à l’origine une petite pierre pointue, une gêne à l’action, comme un caillou dans la chaussure. C’est une présence permanente, une vigilance, qui ne manque pas d’éveiller l’attention car il s’agit d’auto-surveillance de ses pensées, de ses propos et de ses actes. C’est une petite veilleuse à la lumière incisive toujours présente dans l’esprit afin de ne jamais faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas que l’on nous fasse. Le scrupule est donc la « veilleuse » permanente de la charité et du comportement en général. La douleur du petit caillou dans la chaussure annihile les pensées négatives fidèles desservantes ! Mieux vaut la douleur à l’erreur…

Ce frein de la morale peut venir de la peur de Dieu et la Bible nomme « Craignant Dieu » tous les croyants. Une Eglise Protestante, La Société des Amis, est même connue sous le nom de Quakers, les « Trembleurs » (devant Dieu), qui est désormais une célèbre marque de corn-flakes. Mais une crainte scrupuleuse ne suffit pas a établir un système de croyance même si elle doit rester son centre de gravité par une auto-surveillance permanente dictée beaucoup plus par la mystique que par la morale. En effet cette action permanente est un moteur de transformation chez le mystique mais reste un obstacle au développement chez celui qui n’en voit pas l’intérêt autre que moral pouvant dériver jusqu’au la névrose du puritanisme intolérant qui ignore que le scrupule ne s’impose jamais aux autres.

Une crainte obsessionnelle ou non et révérencieuse ou non, ne suffit pas à créer un système de croyances et de pratiques. Pour devenir une religion instituée, il lui faut aussi tisser des liens entre fidèles, nouée une amitié entre membres d’une même communauté que l’Islam nomme oumma et le christianisme « Eglise » (du grec ecclésia qui signifie « assemblée »).

Plus la religion relie, plus elle divise. Elle creuse un fossé entre croyant et incroyants, fidèles et infidèles, pieux et impies. En multipliant les obligations alimentaires ou vestimentaires, une religion crée l’uniforme entre les siens et le contraste avec les autres. Lorsque la différence n’est plus vivable, il n’y a que la guerre pour rétablir le droit d’autrui… les évènements récents en sont l’illustration. A moins d’être stupide ou inconscient il devient  possible de dire, sans être pour cela prophète, que ce n’est pas fini puisque les dieux sont immortels.

Le lien religieux est, comme le nœud gordien, si serré qu’il fait le trancher pour le défaire. Bientôt l’épée ne suffiras pas, il faudra d’abord l’imbiber du sang de cette « chair à canon » dont parlaient les poilus de la première guerre mondiale.

On peut amender une loi, modifier un contrat, voire organiser un divorce, on ne négocie pas une religion.

Tous ceux qui l’on tenté ont échoué. En Inde, l’empereur Ashoka essaya de convoquer un concile (vers 244 avant J.-C.) pour réconcilier les écoles bouddhiste rivales, mais cette tentative durcit les antagonismes et aboutit à la rupture entre Doctrine des Ancien (Theravâda)et les nouveaux adeptes du Grand Véhicule (Mahâyâna). L’empereur Constantin convoqua le concile de Nicée (325 après J.-C.) qui aboutit à la rédaction d’un Credo (Symbole de Nicée) aussitôt contesté par les 1730 évêques fidèles au prêtre Arius, qui furent forcés de signer, sous la menace d’exil proféré à leur encontre par l’empereur Constantin. Ainsi furent rendues les conclusions de ce « grand » concile réunissant 318 évêques seulement sélectionnés d’office par l’empereur, parmi les 2048 qui se présentèrent avec leurs femmes et leurs enfants (d’après l’historien Socrate).

L’idée même de compromis, nécessaire à tout œcuménisme semble une injure à la vérité, confondue avec l’erreur.

Si la religion divise, la « Terre sainte » est le lieu de toutes les divisions où rivalisent quatorze confessions chrétiennes traditionnelles auxquelles s’ajoutent de nombreuses communautés protestantes plus récentes, soit une trentaine d’Eglises pour une seule foi et un seul baptême. Les édifices du culte sont des lieux de conflit : à Bethléem, orthodoxes, arméniens et franciscains se partagent et se disputent la basilique de la Nativité. A Jérusalem, catholiques latins, grecs orthodoxes, arméniens, syriaques, coptes et éthiopiens cohabitent difficilement au Saint-Sépulcre dont la clef, pour éviter les disputes de chiffonniers est confiée à une famille… musulmane !

Ainsi est vérifiée la prophétie de Jésus dont nul ne s’inquiète du sens profond et se garde bien d’en rougir de honte :

 

« Pensez-vous que je suis venu apporter la paix sue terre ? Non ? Plutôt la division. Désormais s’il y a cinq personnes dans une maison, elles seront divisées : trois contre deux et deux contre trois » (Luc XIII, 51)

A moins d’être dépositaire d’un esprit particulièrement retord n’allons pas nous imaginer que la division soit une valeur évangélique. Certain – de mauvaises foi croyons-nous – sacralisent les bagarres, et donnent ainsi un prétexte sacré à l’échec inéluctable des conciles œcuméniques ! Le Christ lui-même s’oppose à l’union gardons-nous, sous peine de pécher, d’aller dans le sens contraire… Petitesse humaine qui ne cherche pas à comprendre cette parole de division de la part de celui qui est par essence même l’union sacrée.

Tant que la jalousie sera dans les cœurs, tant que l’orgueil sera le credo des assemblées avec cette fierté d’appartenance, à un groupe qu’il ait comme nom partie politique, club de pétanque, oumma, loge maçonnique ou rosicrucienne ou ecclésia (Eglise) la spiritualité leur fera défaut au point de ne plus être lié au créateur. Pourtant l’union est nécessaire pour lutter contre l’individualisme. Mais qu’est-ce que l’individualisme si ce n’est l’égoïsme ? Réunir plusieurs égoïsmes cela donne un ego monstrueux, un égrégore (esprit de groupe) qui ne pourra qu’être pernicieux même au sein d’un antre « sacré » que se soit une église où un temple maçonnique ou encore rosicrucien.  C’est lui, ce monstre, ce générateur de guerre entre les peuples, que le Christ nous demande d’anéantir, comme les chevaliers légendaires terrassent le dragon à sept têtes gardien de la toison d’or, sous peine de discorde car il est nécessaire de l’occire si l’on désire ouvrir les monumentales portes du Royaume.


 Avec toute mon amitié.

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