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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 05:51

(Cet article est le second et dernier traitant ce sujet)

Avec l’alchimie pour guide, nul n’est besoin, pour comprendre la symbolique maçonnique (ainsi que la symbolique en général), d’être un fin spéculateur. La seule nécessité est d'être un analogiste vigilent et logique. Jamais cette logique ne doit être prise en défaut !

Disons au passage qu’il existe un secret important sur le plan humain. Ce secret concerne l'individu qui se présente à la porte du temple. En effet, il s'avère nécessaire pour interpeller dans sa dimension affective et sensible celle ou celui qui décide un jour de bâtir sa cathédrale intérieure. Il consiste à «responsabliser» les apprentis alchimistes qui doivent impérativement et devant le tabernacle faire, face à eux même et à Dieu, la promesse de silence. Cette promesse, il l'écrit lui-même et la signe à genou, face a l’autel… A partir de cet instant les hommes n’ont plus de rôle à jouer pour que se perpétue à travers les siècles cette connaissance, dont j’affirme – pour l’avoir vu – que ceux qui ne restent pas fidèles à leur serment, sous un prétexte ou un autre, perdent d’une manière sélective la mémoire du Grand Œuvre alchimique. Mon maître me disait à propos de ces parjures : « C’est comme si tout devenait confus et que disparaissait progressivement leur connaissance alchimique. On peut comparer cet étrange phénomène à un tableau qu’on efface. » et il ajoutait que certaines voies, pour réaliser le Grand Œuvre alchimique, provenaient de ce « tableau » mal effacé. Il en est probablement de même pour les différents rituels maçonniques qui proviennent d’une source commune plus ou moins gommée et devenu la proie de multiples ego avides de gloriole et de tabliers bariolés. Ces remarques permettent de mieux cerner le sens profond de la tour de Babel, et donc celui de la Parole Perdue.

 

A quoi sert la planche à tracer du menuisier et du charpentier ? Comme son nom l’indique, à tracer à la pointe sèche et à en grandeur nature (échelle 1) sur une planche large et mince, l’ouvrage qui va être réalisé. Cette planche servira en permanence de point de repaire au fur à mesure de l’avancée des travaux. Lorsque l’ouvrage sera terminé, il devra se superposer exactement au tracé qui est sur la planche. Pour éviter toute imprécision, cette « planche » ne sera pas dessinée au crayon, mais avec la pointe d’acier d’une pointe à tracer appelée pointe sèche.

La dimension hermétique est évidente, car l’utilisation de cette planche à tracer était aussi utilisée par les maçons tailleurs de pierre, notamment lorsqu'il s'agissait d'oeuvrer sur une rose. Cette manière de procéder n’est pas sans analogie avec la loi d’hermès révélée dès les premières lignes du texte de la Table d’émeraude qui aurait été rédigée par Hermès Trismégistes, l’inventeur mythique ou réel de l’alchimie :

 

« Ce qui est en bas (la planche) est comme ce qui est en haut (la pièce qui est posée dessus) et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. »

 

Quant à la pointe sèche, elle correspond au feu cristallisé, ou dents ou encore crocs seul capable de tracer la route et le sillage du vaisseau philosophal. L’énigme de ce feu est précisément décrite dans le catéchisme du rituel maçonnique de cet alchimiste praticien qui était le baron de Tchoudy. D'où le nom d'étoile flamboyante dont les cinq branches n'ont pas de rapports avec la quintessence alchimique mais plutôt avec... les cinq doigts de la main ! La raison en est que la dynamisation joue un rôle non négligeable en alchimie. Fulcanelli en son Mystère des cathédrales est des plus expressif  lorsqu'il décrit l'alchimiste de pierre de Notre-Dame de Paris :

"Coiffé du bonnet phrygien, attribut de l'Adeptat, négligemment posé sur sa longue chevelure aux boucles épaisses, le savant, serré dans la cape légère de laboratoire, s'appuie d'une main sur la balustrade, tandis qu'il caresse, de l'autre, sa barbe abondante et soyeuse. Il ne médite pas, il observe. L'oeil est fixe ; le regard d'une étrange acuité. Tout, dans l'attitude du Philosophe, révèle une extrême émotion. La courbure des épaules, la projection en avant de la tête et du buste trahissent, en effet, la plus forte surprise. En vérité, cette main pétrifiée s'anime. Est-ce illusion? On croirait la voir trembler..." 

Outre le feu de cheveux dont disserte Gébert, la dynamisation est discrètement évoquée. C'est elle qui permet la naissance de l'étoile et qui fut appliquée avec fruit en médecine hermétique comme en spagyrie et homéopatie. Cette nécessité de l'utilisation de la paume de la main est non seulement incontestable en alchimie mais aussi et surtout en Franc Maçonnerie, car nul ne saurait mettre en doute son origine manuelle ! 

Une partie de ce
Catéchisme ou instruction pour le grade d’adepte ou apprenti philosophe inconnu[1], fut repris par Oswald WIRTH dans son ouvrage Le symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la Franc Maçonnerie, actuellement publié chez Dervy. A partir de la 148ème demande on peut lire à la page 179 et suivantes (édition de 1969) :

 

« D. 148. De quel feu doit-on se servir dans notre œuvre ?

R. Du feu dont se sert la nature.

D. 149. Quel est le pouvoir de ce feu ?

R. Il dissout toutes choses dans le monde, parce qu’il est le principe de toute dissolution et corruption.

D. 150. Pourquoi l’appelle-t-on aussi mercure ?

R. Parce qu’il est de nature aérienne et une nature très subtile participant toutefois du soufre, d’où il a tiré quelques souillures.

D. 151. Où est caché ce feu ?

R. Il est caché dans le sujet de l’art.

D. 152. Qui est-ce qui peut connaître et former ce feu ?

R. Le sage sait construire et purifier ce feu.

D. 153. Quel pouvoir et qualité ce feu a-t-il en soi ?

R. Il est très sec et dans un continuel mouvement et ne demande qu’à corrompre et à tirer les choses de puissances en acte ; c’est lui enfin qui, rencontrant dans les mines des lieux solides, circule en forme de vapeur sur la matière et la dissout.

D. 154. Comment connaîtrait-on plus facilement ce feu ?

R. Par les excréments sulfureux où il est renfermé et par l’habillement salin dont il est revêtu.

D. 155. Que faut-il à ce feu pour qu’il puisse mieux s’insinuer dans le genre féminin ?

R. À cause de son extrême siccité, il a besoin d’être humecté.[2] »

 

En bref, ce passage aux termes choisis dit que le feu des alchimistes est celui dont se sert la nature pour faire évoluer les choses et les êtres. Son pouvoir est la dissolution afin de purger la substance de ses impuretés. Il est caché dans le sujet de l’art ou protholithe ou matéria prima (matière première) où il prend le nom de sel des philosophes de couleur rose, présent en dose infinitésimale. Le sel philosophique qui aide le sel des philosophes dans son action doit être purifié afin d’être efficace. Associé au feu lévogyre, il circule sous forme de vapeurs provoquant une dissolution profonde de la matière. Son action permet le rejet des impuretés liées au soufre, et forme une enveloppe protectrice (habillement salin). Pour qu’il puisse pénétrer profondément les corps il est préférable de l’utiliser à l’état liquide (voie humide).

Lorsque le lecteur sera familiarisé avec la terminologie alchimique, s’il n’est pas trop imbu de ses découvertes (c’est le plus pernicieux des obstacles qui mène directement à l’échec surtout quand un individu s’écoute parler ou cherche à « épater » les autres.) il pourra progresser rapidement. Il n’est pas question ici de rédiger un texte sur l’alchimie mais de montrer combien l’alchimie au laboratoire est présente dans la littérature des Francs maçons. Rédiger une étude quelconque sans savoir cela c’est ignorer l’universalité du symbolisme maçonnique dans toute son extraordinaire dimension. Dans son rituel maçonnique, pour éviter toute ambiguïté quand au sens pratique de son catéchisme, le baron fit figurer après les trois premier grades[3], un chapitre entier intitulé : Instruction pour faire le Grand Œuvre ne se prêtant absolument pas aux interprétations spirituelles ou symboliques, ce qui devrait ouvrir les yeux aux spéculateurs unilatéraux. Par exemple :

 

« La matière évaporée jusqu’à sècheresse, il vous reste au fond du pot un sel fixe (sec) que vous prendrez étant encore chaud ; et le réduirez en poudre avant que l’humidité de l’air, l’ai rendu moite. Vous le mettrez ensuite dans un pot de terre à feu… après quoi, tirez la matière du pot, et l’exposer à l’air, pendant 7 à 8 heures plus ou moins suivant la quantité. Là, une partie de cette masse saline s’humecte de l’humidité mercurielle de l’air, et attirant à soi, comme dans son centre, cet esprit universel… »[4]

 

Sachant que ce chapitre est au cœur du livre, il est impossible que le catéchisme ait un sens uniquement spirituel ou symbolique. Évidemment cette partie éminemment pratique n’est jamais citée dans les ouvrages à visée spiritualiste ou spéculative. N'en doutez pas, cet extraordinaire catéchisme est inséparable d’un rituel alchimique.

De ce fait, les tableau des grades d’apprentis, compagnons et maître doivent s’interpréter d’une manière logique et concrète. Le résultat peut s'avérér être en totale contradiction avec ce qui est enseigné dans les loges depuis des lustres. Partons de la définition généralement admise :

 

« La Planche à tracer, nous dit Jules Boucher à propos de la description du tableau d’apprenti, est un rectangle sur lequel sont indiqués les schémas qui constituent la clé de l’alphabet maçonnique.

Le symbolisme maçonnique fait que le papier sur lequel on écrit est appelé « planche à tracer » et que le verbe « écrire » est remplacé par l’expression « tracer une planche ».

C’est sur la « Planche à tracer » que le Maître établit ses plans ; mais l’Apprenti et le compagnon n’en doivent pas ignorer l’emploi et doivent s’exercer – maladroitement peut-être – à ébaucher leurs idées. C’est pourquoi ce symbole figure déjà dans le Tableau d’Apprenti ».[5]

 

Apparemment les explications de Jules Boucher sont des plus pertinentes, puisque ces deux signes représentant les deux clés de l’alphabet maçonnique qui sont dessinées, comme il se doit, sur la planche à tracer. L'interprétation au premier degré semble dire qu'il faut tracer des lettres sur la planche, et donc écrire un texte. 

D’autre part, pour confirmer cette interprétation, ces deux schémas traduisent les formes essentielles de la pierre cubique à pointe, mise à plat sur la planche à tracer.

Soyons un peu plus vigilent, comme l'indique le coq du cabinet de réflexion qui enseigne cette qualité à tout néophyte. Remarquons que les fenêtres grillagées, dont l'une est à l'Orient, ont une forme de maillage qui peut être aussi bien en losange qu’en carré, car les textes bibliques sur le temple de Salomon sont muets à ce propos. D’autre part la fenêtre qui est au dessus de la planche à tracer s'ouvre vers le lever du soleil.

Ces seules observations permettent de donner une définition de la Planche à tracer différente de celle habituellement décrite. Sans que les interprétations coutumières soient dévalorisées, elles prennent un sens différent à la lumière de l’alchimie.

Il y a plus, la liturgie de la messe catholique prend un nouveau relief et montre que le prêtre ne doit pas se tourner vers les fidèles quand il officie, surtout lorsque l’hostie est posée au centre du corporal, et donc sur le caré central de la grille de l'alphabet maçonnique, grille correspondant aux plis du corporal déplié et posé sur l'autel.

Pourquoi nous appesantir sur ces formes géométrique? Parceque au lever du soleil l’ombre du grillage se projette sur la Planche à tracer qui n’est pas sans rappeler l’autel sur lequel le prêtre  officie. Si le grillage est à mailles carrées on obtient, sur la planche à tracer, des ombres en carrés dont l’élément fondamental est la croix grecque, s’il est à mailles en losange on obtient des losanges dont l’élément constitutif est la croix de saint André. Si le prêtre se place face au fidèle, il empêche la manifestation de la lumière d'Orient sur la planche à tracer. Plus exactement il la reçoit sur son derrière... L'adorateur tourne ses fesses vers son Dieu qui disait : " Je suis le lumière du monde" (Jean VIII, 12). Oui ! La messe catholique actuelle célèbre le sabbat. N'en doutez pas, C'est une messe de l'ombre et donc d'une messe noire qu'il s'agit ! 
L’alchimiste Saint Jean
[6] précise que faire obstacle à la lumière qui est la vie, cela est impossible pour un prêtre, car dans ce cas il rend hommage aux ténèbres. C'est alors le silence stérile, dans le sens de perte du Verbe qui devient verbiage d'animateur et se voit remplacé par l'obscurité du Golgotha.

 

La disposition des dessins sur les tableaux d’apprentis et de compagnons montre que l’écriture sur la planche à tracer n’est pas celle de notre stylo. C’est l’écriture de la lumière. A partir de cette remarque, le rôle de la planche à tracer n’est pas d’écrire un texte (pensez au analphabètes et aux illettrés qui accompagnent l’histoire de la Franc Maçonnerie et de l’alchimie) ou un discours, mais de découvrit les traces de la lumière autour de nous et en nous. La pierre brute se cisèle avec la lumière. Le ciseau est un rayon de soleil qui fut symbolisé en Égypte par l’obélisque. Tout ce discours sur la lumière peut  sembler s’apparenté à une spéculation de plus, une interprétation personnelle. Il n’en est rien puisque l’alchimiste Fulcanelli s’attarde à juste titre sur la croix grecque et celle de saint André :

 

« Jésus sur sa croix, est l’image de l’irradiation ignée, lumineuse et spirituelle incarnée en toute chose.

C’est cette force supérieure et spirituelle, agissant mystérieusement au sein de la substance concrète, qui oblige le cristal à prendre son aspect, ses caractéristiques immuables ; c’est elle qui en est le pivot, l’axe, l’énergie génératrice, la volonté géométrique. Et cette configuration, variable à l’infini, quoique toujours basée sur la croix, est la première manifestation de la forme organisée, par condensation et corporification de la lumière, âme, esprit ou feu. »[7]

 

Le G, initiale de géométrie, qui est au cœur de l’étoile flamboyante, prend un tout autre sens que celui de tracer des figures avec la règle, l’équerre et le compas. La force fondamentale et spirituelle de l’univers qui organise et « géométrise » la nature est celle qui génère les mondes et sublime les sphères ou petits mondes appelés granules, d'où les grains de blé et ceux de raisin à l'origine, dans l'Eglise, du vin et du pain eucaristique. Cette phase "granuleuse" est connue sous le nom de mondification ou art de créer des mondes. Cela peut-être considéré comme une manière de parler. Si l'on consulte les Grimoires de Paracelse, dont j'ai sous les yeux la première et vénérable traduction de 1911 réalisée par René Schwaebler à Paris chez H. Daragon. Dans cet précieux ouvrage on lit à la page 69, dès les premières lignes du chapitre portant le titre Ce qu'est l'alchimie, une image confondante de la mondification qui peut nous paraître suréaliste, et pourtant...:

 

« Le globe terrestre n'est autre chose qu'une pierre abjecte, épaisse, impure, corrompue, qui fut broyée et se recoagula, et qui plane tranquillement dans le firmament. »

 

Revenons à nos moutons...

Fulcanelli précise que la croix grecque et celle de Saint-André n’ont pas, en alchimie, un sens différent :

 

« Car la croix grecque et celle de Saint-André ont, en hermétisme, une signification exactement semblable. »[8]

 

L’adepte confirme ensuite à la même page l’importance des relations entre l’X et la lumière. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Église fait débuter le cycle sanctoral[9] de l’année le 30 novembre jour de la fête de l’Apôtre saint André.

 

« La croix de Saint-André (Χίασμα), qui a la forme de notre X français, est l’hiéroglyphe, réduit à sa plus simple expression, des radiations lumineuses et divergentes émanées d’un foyer unique. Elle apparaît donc comme le graphique de l’étincelle. On en peut multiplier le rayonnement, il est impossible de le simplifier davantage. Ces lignes entrecroisées donnent le schéma du scintillement des étoiles, de la dispersion rayonnante de tout ce qui brille, éclaire, irradie. Aussi en a-t-on fait le sceau, la marque de l’illumination et par extension de la révélation spirituelle. »[10]

 

« Le X grec et l’X français représentent l’écriture de la lumière par la lumière même, la trace de son passage, la manifestation de son mouvement, l’affirmation de sa réalité. C’est sa véritable signature.»[11]

 

Les citations que précèdent montrent que l’écriture sur la planche à tracer est bien l’écriture de la lumière. De ce fait il n’est pas question d’élaborer un exposé, fut-il ou non sous forme d’esquisse. Dans le tableau d’Apprenti et dans celui de Compagnon, la planche à tracer invite à apprendre à recevoir la lumière, ce qui nécessite une démarche totalement opposée à celle de l’élaboration d’un discours. Et le premier pas pour s’approcher de la lumière est le silence mental. Je vous invite donc à relire le premier article consacré au silence.



[1] Oswald WIRTH, de son propre chef, ajoute au titre de ce catéchisme le qualificatif de sublime qui n’existe pas dans le manuscrit du Baron de Tschoudy du XVIIIe siècle. D’autre part il met une lettre majuscule à l’initiale du mot Adepte, alors qu’il doit comporter une lettre minuscule, car le mot Adepte est réservé à ceux qui ont réussi la Pierre Philosophale en eux-mêmes et au laboratoire.

[2] J’ai mis en italique les mots et passages importants.

[3] Les trois premier grades ne sont pas comme à l’accoutumée ceux d’apprenti, compagnon et Maître. Ils s’appelle tout trois Chevalier de l’aigle noir dit Rose Croix, ce qui annonce la couleur si je puis dire et désigne sans le moindre doute la dimension alchimique du rituel. D’autre part les trois premiers grades n’en constituent qu’un seul. Cette étape tripartique ou premier grade franchi, le récipiendaire peut passer à la pratique au laboratoire, d’où les instructions pour le Grand OEuvre. A la suite de quoi il devra franchir les six grades philosophiques. Ce rituel a donc en tout sept grades, ce qui concorde avec les sept bains de purification du chevalier (cabaliste) de l’aigle noir.

[4] Manuscrit de Tous les rituels alchimique du Baron de Tchoudy, p. 50. Éditions Arma Artis, Paris.

[5] Opuscule cité p. 175 et 176.

[6] Voir l’ouvrage Apocalypse révélation alchimique rédigé par l’ingénieur des mines Jean de Clairefontaine qui fut l’un de mes maîtres. Cet alchimiste, ami de Roger Caro et de Don Néroman, publia cet ouvrage sur l’Apocalypse en 1985 aux éditions Axis.

[7] Fulcanelli Les demeures philosophales, p. 346-347. Éditions J. J. Pauvert, Paris 1964.

[8] Fulcanelli Op. Cité, p.342.

[9] Le 30 novembre débute chaque année le cycle de la fête des saints que l’on retrouve dans le calendrier. Dans les fêtes de la semaine la messe est célébrée en l’honneur du saint du jour. Quand il y a plusieurs saints fêtés le même jour on fait « mémoire » de leur fête en les citant, car on n’en finirait plus de célébrer des messes. Par exemple le 17 janvier on dira la messe en l’honneur de saint Antoine appelé le « père des moines » (fin du IIIe siècle). On fera mémoire de saint Sulpice, de sainte Roseline et de saint Genou qui se fêtent tous le 17 janvier.

[10] Idem supra.

[11] Idem supra.

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 05:08

(Cet article est le premier des deux qui portent le même titre.)

Il est difficile de parler de certains sujets sans se référer à son propre vécu. Pardonnez-moi d’oser me mettre en scène… déjà que le je est haïssable ! La raison de cette entorse est que je suis persuadé que non seulement ce procédé insuffle un peu de vie au texte et facilite ainsi sa lecture mais surtout il aide à mieux saisir des explications parfois abstraites. En effet, cette manière de procéder contribue à mieux comprendre et analyser un sens obscur grâce à l’extrapolation analogique avec l’histoire racontée. Que les « humbles » qui jugent cette manière didactique répréhensible soient rassurés, je ne les contredirais pas s’ils affirment que mon ego est monumental…

 

In illo tempore, au milieu des années 50 – je n’avais pas quatorze ans –  j’étrennait ma première salopette de menuisier. Au collège technique de Narbonne (jouxtant le collège Victor Hugo) je reçus mes outils et mes premières instructions au pied du chef d’œuvre d’un compagnon du tour de France. La complexité, la finesse de cette œuvre était étourdissante et à la seule vue de ce travail qui avait demandé plusieurs années de labeur acharné à un véritable artiste (nos guides nous répétaient inlassablement que dans le mot artisan il y a artiste, que les artisans étaient d’abord des hommes de l’art) je me demandais, ainsi que mes compagnons apprentis, si je n’avais pas fais fausse route, si le métier n’était pas au-dessus de mes capacités !

J’appris par la suite que nos instructeurs avaient voulu sciemment mettre face à face l’alpha et l’oméga, l’apprenti et le maître réalisé devenu, par ce chef-d’oeuvre – concentré de ses vastes connaissances – meilleur ouvrier de France. Mes compagnons et moi-même comprirent par la suite que les premiers pas dans le métier exigeaient une prise de conscience afin de rester humble devant le travail qui commençait à peine, et respecter l’immense savoir en la matière de ceux qui nous guidaient.

Dans ce chef-d’oeuvre, véritable dentelle de bois ou une fenêtre à imposte s’inscrivait au cœur d’une verrière (à petits carreaux) bombée vers l’extérieur. Peu de pièces étaient identiques et les assemblages me paraissaient impossibles à réaliser impeccablement dans leurs triples dimensions. C’est là, devant cet admirable travail, que me fut enseignée l’importance de la planche, non pas celle qui sert pour construire les échafaudages, mais celle qui devient une référence quand il s’agit de fabriquer une pièce complexe et que, dans le métier, on appelle planche à tracer. Ce fut également à ce moment que je réalisais qu’existait la cabale – ou manière, généralement phonétique, de s’exprimer – des alchimistes car cette fenêtre était consacrée tout entière à la génération, à la naissance (fait-naître) et donc à la néguentropie qui construit les êtres et les choses, qui génère les êtres vivants et les mondes (granule). Dans la philosophie des anciens ces divers processus de création s’appellent la « mondification ». C’est, dans le cadre des techniques de l’antique alchimie qu’existe une phase appelée création de « mondes » lorsque se sublime ou s’élève un corps brillant que l’on appelle l’étoile du matin… Il est évident que la genèse des mondes et l’étoile qui se lève ne saurait être mieux représentée que par la lettre G, initiale de granulation, genèse, Grand Œuvre, Graal et géométrie, ce dernier terme s’applique, évidemment, plus particulièrement à la planche à tracer. L’analogie de forme de la lettre initiale de ces différents termes – tout comme celle du C et du O – avec la sphère est suffisamment expressive pour comprendre que ce genre de parallélisme n’a aucun rapport avec le symbolisme spéculatif.

 

 

L’étoile au sein de laquelle émergent les mondes, est représentée dans l’Église par la Vierge qui va enfanter. C’est pourquoi elle est appelée dans les litanies « étoile du matin ». Il s’agit donc, n’en doutons plus, d’un fait de laboratoire bien concret.

Après avoir été inscrite, à juste titre, dans le rituel maçonnique, cette étoile flamboyante fit l’objet d’approfondissements spirituels et donc d’analogies diverses d’une richesse considérable. Cette étoile de feu est inséparable de la mondification et donc de la création ne saurait être passée sous silence par les différents auteurs :

 

« La consécration des deux espèces (durant la messe) – dit Eugène Canseliet en son Alchimie[1]– correspond aux sublimations, qui composent, en somme, tout le deuxième œuvre, et que Philalèthe, en particulier, a dénommé les aigles volantes, parce que se produit alors l’élévation des parties subtiles et mondées, à la surface du compost. »

 

Outre le parallélisme avec la messe – que connaissaient nos pères avant les réformes du concile Vatican II, – et la position des aigles volantes au début de solve, donc dès le deuxième œuvre (après la préparation ou premier œuvre) un passage n’aura pas échappé au lecteur, c’est celui de « parties subtiles et mondée ». Cette partie mondée correspond à la mondification, moment ou s’envolent les granules. C’est pourquoi dans les églises on dit que la chorale « chante à l’aigle », car le lutrin supportant l’antiphonaire à très souvent la forme d’un aigle posé sur une granule. Ainsi, Fulcanelli à la page 109 de son Mystère des Cathédrales (édition 1964) souligne sans ambiguïtés la relation entre la Genèse et les granulations :

 

« De même que le jour, dans la Genèse, succède à la nuit, la lumière succède à l’obscurité. Elle a pour signature la couleur blanche. Parvenu à ce degré, les Sages assurent que leur matière est dégagée de toute impureté, parfaitement lavée et très exactement purifiée. Elle se présente alors sous l’aspect de granulations solides ou de corpuscules brillants, à reflets adamantins et d’une blancheur éclatante. »         [2]

 

Les apprentis ou néophytes ne pouvaient être formés directement à l’alchimie opérative. Ils découvraient d’abord la théorie du Grand Œuvre qui précède l’entrée au laboratoire afin d’observer de visu l’Étoile du matin lors de la création des mondes.[3] Tout comme actuellement, les débutants étaient d’abord formés au maniement de l’analogie cabalistique, avec des extrapolations progressives vers l’alchimie interne et externe (laboratoire). C’est de cette manière que progressivement était enseigné un adepte qui devenait d’abord symboliste puis théoricien du grand art au fil des sept initiations. Au cours de la première était donnée la clé fondamentale de l’adjuvent salin permettant l’acquisition d’un vocabulaire particulier et de multiples extrapolations cabalistiques. La seconde montrait avec évidence l’importance des trois corps fondamentaux symbolisés par les trois points, afin d’accéder au compagnonnage. Ces trois points disposés en triangle symbolisent l’élément feu, lequel en sa qualité de substance, se place naturellement, par sa moindre densité, au dessus du mercure[4] qui sera plus tard à l’origine de la forme granulaire de la Pierre naissante.

Être frère aux trois points c’était donc connaître l’athanor et ses feux et aussi le mystère de la triple séparation et de la triple réitération du rebis. La Maîtrise ou troisième étape permet de maîtriser le sens des poids de nature pour entrer de plain-pied dans la fabrication de la Pierre et l‘œuvre au noir ou sépulcre. Ces trois niveaux préparatoires aboutissaient donc à la couleur noire analogue au bleu, d’où l’appellation de loge bleue, dont le symbole « corporatif » est celui des vierges noires. A partir de ce moment pouvait commencer le véritable travail sur solve, s’achevant avec la troisième multiplication.

Tout cela, résume d’une manière quelque peu abstruse, ce dont je m’excuse en promettant de clarifier le sens. Mais ce sens est contenu dans la symbolique maçonnique d’une manière souvent précise. En bref et clairement, pour obtenir de bons résultats, il faut d’abord tracer la route du vaisseau (vaissel) philosophal, dont le Graal est autant l’extrapolation symbolique que la réalité tangible :

 

« C’est bien à tort que l’on a voulu donner au Graal, écrit Claude d’Ygé (Nouvelle assemblée de Philosophes Chymiques,  p 96, Éditions Dervy, Paris 1954-1972) une valeur uniquement spirituelle et mystique. Sans nier l’immense portée du Graal dans ce sens. Nous avons de très pertinentes raisons d’ajouter que ce « Vase merveilleux » existe sur la terre et qu’il y demeure toujours à la disposition des « hommes de bonne volonté. »[5]

 

Vous l’avez compris, il s’agit ici de faire un parallélisme avec ce que les Francs-maçons appellent planche à tracer et l’hermétisme. Cette planche est représentée dans le « tableau » d’apprenti et dans celui de Compagnon tel que le décrit Jules Bouchet dans sa Symbolique maçonnique (1948) si souvent, et à juste titre, réédité.

Pour passer à l'article suivant : PLANCHE... A TRACER, alchimie & Franc-Maçonnerie 2



[1] P. 276, éditions J. J. Pauvert, Paris 1978.

[2] La raison de cette forme granulaire est aisément compréhensible. Il suffit de verser un peu de mercure dans une boite de pétris, et en le remuant avec une tige de verre on observe la formation de multiples billes. La forme sphérique de la Pierre philosophale tend à disparaître au fil des opérations.

[3] Rappelons que lors de la réception dans une Loge d’un personnage important il est précédé par l’étoile. Ce rituel ne pouvait être réservé à l’origine qu’aux adeptes et non aux personnages importants politiquement économiquement ou autrement. Seul les adeptes sont les protecteurs de l’étoile qu’ils pérennisent. De ce fait ils sont les uniques successeurs des rois mages qui suivent l’étoile vers l’enfant Divin.

[4] Les adeptes appellent ce mercure ayant subi une transformation qualitative mercure des philosophes.

[5] Le Graal a, comme il se doit, trois acceptions. L’une est spirituelle et mystique comme dans les romans de la Table Ronde. Une autre est concrète et permet aux hommes de bonne volonté de le « fabriquer ». Une troisième correspond à une coupe très réelle dissimulée en un lieu précis. Cet endroit ne peut être découvert que par ceux qui peuvent « fabriquer » un Graal contenant le sang du Christ. Cela implique donc qu’un individu prétendant savoir à quel endroit est dissimulé cette coupe, se trompe en toute bonne foi ou l’affirme en toute mauvaise foi...

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