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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 08:46

Avant toutes choses, ne nous méprenons pas sur l’art et la manière d’interpréter un symbole. Fut-il dessiné, peint, sculpté ou encore raconté sous forme de parabole, il ouvre des portes secrètes contre lesquelles viendra toujours se briser toute rhétorique spéculative et, finalement, tous les plus savants des discours. N’oublions pas que la simplicité est sœur jumelle de l’humilité qui ouvre la porte du royaume, ce qui fit écrire à l’alchimiste Fulcanelli ces deux lignes, oh combien significatives et que tout amateur d’ésotérisme devrait inscrire en lettres d’or au fronton de son temple :

 

« L’arcane est introuvable par la seule force de la raison, quelque subtile et exercée qu’elle puisse être. » (Le mystère des cathédrales p 18, Paris 1964).

 

Il est vrai que le serpent est un symbole aussi riche que complexe. Mais il est tellement important qu’on peut le qualifier d’universel. Certes, ses fortunes furent diverses : Adorer des uns, méprisé par les autres, il s’en va de par les voies souvent tortueuses de l’histoire du monde et des civilisations, porteur des plus terribles secrets, éternels et immuables. Tel est le sens du serpent que se mord la queue ou Ouroboros, dont la viscosité, et la morsure sanguinolente et mortelle est des plus révélatrices quant à la nature de l’adjuvant salin utilisé par l’alchimiste pour mener à bien son Grand Œuvre minéral.

Nous allons étudier le serpent par l’une de ses multiples facettes et ceci grâce à une légende grecque, dont le principal mérite est de nous entraîner aux sources d’un extraordinaire savoir. Ce conte que nous devons au poète grec du IIe siècle, Nicandre de Colophon relate, en termes qui auraient enchanté notre bon Lafontaine, le pacte secret qui lia l’Ane et le Serpent.

Ce furent les dieux, qui confièrent à l’ongulé périssodactyle une lourde mission : Il ne s’agissait pas moins, en effet, que de porter aux hommes l’éternelle jeunesse. Mais la route était longue et les points d’eau fort peu nombreux ; aussi la soif commença-t-elle à tenailler maître Aliboron qui s’arrêta près d’une source que gardait farouchement un serpent. Ce dernier ne lui permit de se désaltérer qu’en échange du précieux chargement et l’âne accepta, dit-on de livrer ainsi au reptile le secret de la jeunesse éternelle, laissant irrémédiablement aux hommes le poids de l’âge et l’inévitable vieillissement.

L’originalité de ce conte réside surtout dans la mise en scène de l’âne, qui en qualité de symbole général, porte une précieuse charge analogue à la matière qui porte l’or, dans le Grand Œuvre alchimique, ainsi naquit l’âne-chrisophore ou porteur de l’or. C’est donc le même animal qui deviendra, le jour de l’entrée triomphante du Christ à Jérusalem, l’âne-christophore, porteur du Christ. Et la différence entre christophore et christophore s’efface aux yeux des cabalistes. Dans le grand livre du sanctoral de l‘Église Romaine, que d’aucun appelle catholique sans que soit établie une réelle légitimité à s’approprier ce titre, les saints racontent une histoire extraordinaire dont les racines plongent parfois bien au-delà de la chrétienté dans l’origine du temps et de la vie, Saint-Christophe est le digne représentant de ces saint éponymes porteur d’un précieux message fondamental pour les hommes. Mais c’était sans compter sur l’ignorance d’un clergé romain décadent de plus en plus assujettit aux forces occultes polluantes et destructrices de notre siècle. Ainsi, les sommités mitrées, rayère incontinent du calendrier, en 1970, le bon géant NON INTELLECTUEL porteur du Christ, sous le prétexte fallacieux que le passeur débonnaire n’a jamais existé si ce n’est dans l’imagination débridée, pour ne pas dire délirante, d’un Jacques de Voragine en sa légende dorée, dont ce seul titre ouvre pourtant au moindre néophyte dans l’art cabalistique d’extraordinaires perspectifs. Curieuse mentalité se voulant rationnelle et s’inclinant cérémonieusement jusqu’à terre devant la moindre expression scientifique, mais en réalité désireuse de se protéger de la peur insidieuse des critiques rationalistes et celle beaucoup plus offensante du ridicule qui pourtant ne tue pas !

Offerus, qui devint Christophe était un géant à l’esprit très épais, qui, sur les conseils d’un ermite s’installa près d’un torrent tumultueux pour le faire passer sans risque aux voyageurs. Une nuit, le bon géant mit sur ses épaules un enfant dont le poids devint tel, au cours de la traversée, qu’il eut toutes les peines du monde à progresser. Il leva la tête vers lui et lui dit : « Enfant, pourquoi te fais-tu si lourd ? Il me semble que je porte le monde. » L’enfant répondit : « Non seulement tu portes le monde, mais celui qui a fait le monde. Je suis le Christ, ton Dieu et ton maître. »

D’où le nom de porteur du Christ ou Christophe donné au saint patron des voyageurs.

Par ailleurs, remarquons cette puissante analogie avec l’âne qui portait le Christ en son entrée glorieuse à Jérusalem, –inaugurant ce qui deviendra plus tard la fête des rameaux,– est tout comme Saint- Christophe, le porteur du Christ et donc également Christophore. Curieuse analogie pour le moins troublante et significative avec notre conte grec, car le Christ porté par l’âne n’est-il pas « l’or de l’homme », qui vint démontrer la véracité de la résurrection de la chair et incontestablement de l’immortalité ?

Que les « fils de science » à la recherche du fil d’Ariane ne négligent pas la parenté phonétique qui lie Khloros, le vert (voir mon article sur la couleur verte) ou le verbe, à Khritos, le Christ et Khrusos l’or. Seule l’alchimie authentifie cette relation en fournissant les preuves absolues de cette réalité. Ainsi, trouvons-nous réuni les mêmes éléments symboliques qui sont : l’immortalité, l’humble porteur ou passeur et l’eau.

L’âne est également associé, dans l’histoire Sainte, à la rédemption humaine, tout comme dans la légende grecque que je viens d’examiner. Quelle fut, sur le plan cosmique, la cause de ce « pacte » singulier ? Il est incontestable que le péché originel est au centre de ce problème pour le moins épineux, mais cela est une autre histoire que j’aborderais au moment opportun.

Cependant retenons qu’à dater de ce jour l’Ouroboros prit tous son sens, puisque le serpent ou le dragon qui se mort la queue est l’un des symboles les plus parfait de l’éternité, dont il incombe à chacun de découvrir pourquoi le début rejoint le commencement au lieu de se déployer en spirale.

Le reptile ailé me paraît particulièrement adapté à traduire visuellement, de pair avec le Pa Koua des anciens Chinois, l’immense vibration ondoyante qui règle la vie, laquelle ne peut se développer que grâce aux embrassements continuels des deux dragons, l’un ailé, et l’autre non, dans le bouleversement du microcosme alchimique. Nous ne devons pas perdre de vue que dans le conte grec qui nous intéresse, c’est la vie éternelle qui passa en possession du serpent, lequel devint sur terre le gardien et dispensateur de ce bien inestimable.

Oui, nous avons bien dans la Bible le récit d’un serpent mal intentionné qui fit perdre la vie éternelle à nos premiers parents. Évidemment ce serpent-là n’est point porteur des mêmes intentions, et ne répond nullement aux mêmes exigences cosmiques, mais ceci explique que « l’adversaire » la « traverse » qui s’incorpore lui aussi aux animaux nous fasse obstacle. Il n’est autre que le symbole inversé, et donc de polarité négative de son homologue porteur de vie dont je raconte l’histoire.

Nul n’ignore que l’Ouroboros est aussi représenté par deux serpents ou dragons, l’un ailé l’autre pas, qui se mordent mutuellement la queue.

Sur le plan terrestre le serpent privé d’ailes représente sans ambiguïté possible la vibration tellurique, celle si bien perçues par les chats et que la mode actuelle déguise en Fhin Shui, terme snob de « branché » qui déchaîne la soif de rentabilité des éditeurs-boutiquiers mais éloigne de la réalité (si je puis dire) fondamentale. N’en doutez pas le terme bien français de « veines du dragon » est très réellement le sien dans son expression bien particulière de « sang bleue » qui se dirige vers le cœur de la terre pour être régénéré.

En résumé les deux monstres mythiques sont de la même nature et ne se distinguent que par la volatilité pour celui qui est ailé et la fixité pour celui qui est aptère. Ce qui en alchimie se traduit par la conjonction des deux devenues manifeste grâce au support métallique et métalloïde de leur matérialisation constituant le légendaire REBIS (voir cet article).

Les forces terrestres occultes étaient appelées par nos anciens Archée de Nature, véritable « gardienne » des secrets qui se cachent dans les entrailles de la terre, laquelle mûrit en son sein les métaux en un mouvement particulier que traduit la Table d’Émeraude :

« Il monte de la terre vers le ciel, et redescend aussitôt sur la terre et il recueille la force des choses supérieures et inférieures. »

Les lentes sublimations de l’Esprits au sein de la terre offrent, par leur mouvement saisonnier ininterrompu, LE SCHÈME D’UN SERPENT QUI AVALE SA QUEUE.

Évidemment le lecteur attentif aura compris le lien puissant qui se manifeste en permanence entre l’Arcadie si souvent signalé à propos du village de La Serpent non-loin de Rennes le Château, et l’Arché de nature, qui évoque irrésistiblement le « pays » d’Arques. En ce lieu pulse plus particulièrement cette Arché « gardienne des secrets » qui se cachent dans la terre. N’en doutez pas, l’or de Renne est lié à la temporalité, C’est celle qu’Aliboron transportait qui n’est autre que cet or du temps qui fascinait le surréaliste André Breton.

 

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commentaires

delphine 24/10/2008 16:36

Hermophylebonjour et merci pour la richesse et l'acuité de votre pensée si lumineusement hermétique....j'apprécie beaucoup vos articles même si je n'ai pas encore eu le temps de tous les lire,mais ils vont dans le sens bien concret de ma propre recherche et je trouve très lumineuse votre manière de partager vos connaissances sur le netil y a effectivement dans certains lieux de l'Aude, et d'ailleurs de précieux endroits où il est possible de ressentir cette double nature du dragon, dont l'union ne consumera jamais que ce qui doit l'être en nous. au plaisir de vous lire et de parcourir votre blogen vous souhaitant le biendelphine

Hermophyle 31/10/2008 10:50


Bonjour Dephine, et mille exuses pour le retard à vous répondre.
Je suis très heureux de savoir que vous ayez une dimension intérieure en harmonie avec le monde suprasensible. L'Aude et plus particulièrement les Corbières possède un nombre d'abbaye
particulièrement importante. Vous en avez compris la raison. Cette implantation date de l'époque ou la mystique chrétienne était totalement différente de l'actuelle. Cette mystique caractérisait
l'Eglise Gallicane ancienne ou ce que l'on apelle les phénomènes paranormaux étaient considérés comme normaux. D'où l'implantation des monastères à des endroits précis favorisant le contact avec
les monde suprasensible.
Bien à vous. L G


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