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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 13:50

 

Gabalis02

 

 

Le premier article sur le Razès LE RAZÈS DE MON ENFANCE a fait l’unanimité des lectrices et des lecteurs dans le désir de connaître la suite. Je réponds donc à ce souhait en ne sachant trop où cela aboutira si ce n’est à quelques discordances puisque le texte complet je ne le connais pas moi-même.

Quoi qu’il en soit ce n’est pas une corvée de raconter mon vécu. Et puis c’est l’occasion de prendre des vacances en abandonnant pour un temps les articles sérieux habituels. Passons donc à la saga de l’été.

 

E

poque mémorable, celle de ma rencontre avec le diablotin qui peut se dissimuler dans un sucre d’orge.  J’ai toujours aimé le silence qu’il soit celui qui parcourt les forêts et habite les troncs d’arbres creux ou celui qui tapisse les couloirs des vieilles demeures là ou palpite des âmes. Quant à celui des églises je ne l’aimais pas particulièrement, surtout celui de la basilique Saint Paul Serge à Narbonne je le trouvais un tantinet hypocrite, aussi le catéchisme était pour moi une école buissonnière. Au fil du temps c’est devenu mon sport favori si agréable que j’appliquais cette même recette à l’école primaire… C’est pour ça que j’ai été collé lamentablement au Certificat d’Etudes Primaire et que maintenant je fais beaucoup de fautes d’orthographe ! Qu’Aliboron le seigneur des ânes, Maitre Bourricot, me garde sous sa protection…

Dans le bénitier de cette sombre église Romane, qui plonge ses racines dans le christianisme primitif, était une grenouille la fameuse « gragnotte » de St Paul qui faisait (et fait encore) la fierté de Narbonne, et  aussi mon admiration.  Une belle grenouille ! il y avait de quoi m’intriguer. Etant trop petit je ne pouvais l’atteindre tout au fond de son bénitier, car mon rêve était de la toucher, de la caresser.

Un jour je trainais une chaise jusqu’au pied de la vasque et là, sur mon perchoir je me mis à la bichonner ma grenouille, elle était entre mes mains toute frémissante de vie !

Mais, n’oublions pas, que j’étais un gamin en culottes courtes et mes mains étaient aussi noires que celles d’un charbonnier. De claire, l’eau du bénitier devint quelque peu glauque comme celle d’une mare. Je descendais de mon piédestal satisfait de mes flatteries « grenouillesques » quand le sacristain s’empara de mon oreille dans un silence… hypocrite. Mis en présence de monsieur le curé  je fus invité dans un silence… hypocrite à m’asseoir sur une chaise.

—Tu sais ce qu’est un sacrilège ?

—Oui monsieur le curé, c’est quand on jette par terre un crucifix et qu’on saute dessus à pieds joints et qu’on lui crache dessus.

—Tu as fait ça ?

—Non je n’ai pas fait ça.

—Et qu’as-tu fait dans le bénitier ?

—J’ai caressé la grenouille.

—Tu n’as pas fait de sacrilège ?

—Non Monsieur le Curé !

—Sais-tu que l’eau du bénitier est sacrée et qu’en mettant tes mains sales dedans tu as commis un sacrilège ? Et en plus si Monsieur de Guibert vient faire le signe de croix avec de l’eau sale, la veste de son costume blanc sera salie. Tu regrettes ce que tu as fait ?

—Oui Monsieur le Curé.

—Je te donne l’absolution à condition que tu récite un « Notre Père » et un « Je vous salut Marie »… Si je comprends bien tu ne connais pas tes prières…

Nous les récitâmes ensemble mais dès le lendemain une vieille toupie, demoiselle bénévole, grenouille de bénitier à faciès de souris s’occupa de mon cas désespéré en me faisant rabâcher les prières. Heures sombres, sur les bords du canal de la Robine, où la dame avec son chignon serré de religieuse manquée grignotait parfois à mon oreille une biscotte… Comme une souris qu’elle était.

Quand je rencontrais le sacristain, il m’attrapa par le bras et m’amena à l’écart et me dit :

« Je vais te raconter pourquoi il y a une grenouille dans ce bénitier. Un jour de printemps une grenouille entra dans l’église, c’était déjà un sacrilège car les animaux ne doivent pas entrer dans une église. Elle ne trouva rien de mieux que de plonger dans le bénitier. Celle-là était particulièrement culotée, comme le sont certains enfants » Il glissa vers moi un regard en coin qui me fis rougie. « Elle eut une audace inouïe. Quant vint l’élévation de l’hostie pendant la messe, moment ou tout le monde s’agenouille en signe de respect, cette bête se mit à chanter, enfin si on peut appeler chant le coassement d’une grenouille. Tout le monde fut scandalisé, même le bon Dieu qui est sur sa croix là-bas. Il se tourna vers elle et la transforma en pierre pour la punir de son audace. »

Depuis ce jour je redoublais de prudence. Quand j’allais à la messe j’évitais de passer devant le crucifix. On ne sait jamais quelle lubie pourrait lui passe par la tête à celui-là, surtout en me voyant. Pourtant je restais persuadé que depuis le temps qu’elle était pétrifiée cette pauvre grenouille elle avait du apprécier que je m’occupe d’elle ! D’autant plus que les grenouilles n’aiment pas particulièrement les eaux propres. Pas loin de là, dans la campagne, il y en avait beaucoup qui chantaient à tue tête dans les fossés qui bordent les vignes.

Le silence de cette vénérable église ne valait pas celui que je trouvais dans le Razès chez mes oncles Marcel et Noel. J’aimais sa  lourde présence chargée de mémoires qui glissait sa douceur dans les couloirs d’une vieille maison de maitre déserte. J’allais, avec mes amis invisibles, de chambre vide en chambres vides… J’humais un foisonnement de vie, mais impossible de le partager sans être pris pour une andouille.

Un jour je découvris un antre obscur où le bruit de gouttes tombant d’une énorme manche, grande comme ces drapeaux creux qui donnent la direction du vent. Elle était accrochée au plafond, la pointe vers le bas. Des goutes odorantes chantaient doucement « Léon goûte-moi c’est bon ! »

Une comporte de bois recueillait le liquide doré chargé d’une odeur fruitée qui immédiatement m’attira comme devaient l’être mouches, guêpes et abeilles que l’obscurité repoussait. Mais contre Léon à l’aube de sa 10ème année rien ne pouvait le repousser.

Un verre était là sur le bord de la fenêtre, ce fut une explosion de délice un vrai bonheur des papilles, des dents et d’un bout à l’autre de l’intestin. Et belotte et rebelote et re-rebelotte. Le nectar me donnait une humeur joyeuse mais un diablotin m’avait chaussé de rollers par surprise. Je ne parvenais pas à tenir debout avec ces roues aux pieds. En m’appuyant contre les murs j’arrivais à avancer quant la porte s’ouvrit et je vis ma tante accompagnée de sa sœur jumelle que je ne connaissais pas. Et un grand cri me fit exploser les oreilles :

« Léon a la mounine »

Et oui, Léon venait d’attraper sa première cuite et tout le village s’esclaffait. Mais cette cuite mémorable avait pour diablotin une succulente blanquette de Limoux que mon oncle fabriquait et qui de nos jour n’existe plus. Vers l’an mille elle était réalisée amoureusement de la même manière par les moines de l’abbaye de St Hilaire dans le Razès. Personne ne pouvait résister à la blanquette et un jour, même un moine s’y laissa prendre je ne sais s’il prit une cuite mais c’est probable. Il s’appelait Don Pérignon, c’est le papa du champagne que la bonne blanquette de Limoux inspira. Non je n’ai pas honte de ma première cuite et je m’en lèche encore les babines.

Je trinque à votre sante et à notre  amitié… hic !

 

 

 

P. S. Je n’ai pas trouvé le mot « mounine » dans les dictionnaires occitan que j’ai compulsé, c’est le terme employé dans le Razès pour désigner l’ivresse.

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commentaires

Azurellline 20/07/2012 09:52

Merci pour cette belle et sensible évocation de l'enfance d'un ami.La poésie permet parfois d'ouvrir de mystérieuses lucarnes qui éclairent de l'intérieur ce qui est observé ainsi que
l'observateur.L'amitié partagée est un privilège rendant plus doux encore le jeu des sonorités qui jonglent joyeusement dans la langue des oiseaux et qui pétillent comme la meilleure blanquette de
Limoux! Azurelline

Hermophyle 20/07/2012 10:56



Chère Azurelline qui fut un temps à Marseillan,


J'apprécie fort votre remarques judicieuses sur le sens de la poésie. Oui, vous avez tout à fait raison de reconnaitre son importance puisque j'en expliquerais le sens dans ma prochaine
livraison. J'spère que vous apprécierez, chère amie, tout l'interet du décriptage d'une vie qui s'appliqueras à la votre dans ses dimensions particulières. En vous remeciant pour votre libellé si
prévenant, je vous prie de croire à mon indéfectible amitié.


 



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