Il s'agit ici d'Initiation christique, de lien entre le christianisme initiatique ancien et les différents courants de la mystique permettant une fructueuse transformation de la pensée(métanoïa) pratiquée par les alchimistes. Des sujets divers sont abordés : Spiritualité, initiation, alchimie, cabale, mythologie, symbolisme...
Je souligne, pour la nième fois que je ne suis ni spéculateur, ni Franc-Maçon, ni Rose+Croix, ni Templier, ni autre chose encore qui puisse me faire l’adepte d’une confrérie fut-elle celle des fines gueules !
Certains de mes lecteurs, en qualité de frère à trois points, peuvent avoir des opinions différentes des miennes, car, comme le disait solennellement ma concierge :« Nous sommes en République ! ».
Mes amis lecteurs me répondent parfois avec des développements spéculatifs élaborés. Quand ils me font parvenir par courriel, le fruit de leurs réflexions que voulez-vous que je réponde ? Je ne puis donner suite à ce genre de message qui va à l’encontre de ma manière de procéder (j’adore la brièveté d’un coup de sifflet et les phrases à courte queue !) issues de mon tempérament et de mes observations personnelles. Je comprends ceux qui veulent partager leurs connaissances et leurs découvertes, je suis passé par là. Mais attention de ne point enfermer le lecteur avec l’auteur dans un cercle aussi vicieux qu’infernal.
En Franc-Maçonnerie, tout le symbolisme des trois premiers grades qui sont ceux d’Apprenti, Compagnon et Maître, s’achève donc à l’accession au grade de Maître, dont le sens initiatique gravite autour de la légende d’Hiram, et de son assassinat.
En d’autres termes, et d’une manière quelque peu abrupte on peut résumer en disant que cette légende donne accès à l’Art Royal ou alchimie inséparable de l’art sacerdotal (celui pratiqué au sein du Temple) ou art sacré. Car un alchimiste véritable est d’abord prêtre, quand il reçoit une ordination valide qui ne peut être qu’en marge des grandes Églises.
L’alchimiste est prêtre selon l’Ordre de Melchisédech, un être étrange et puissamment mystique en marge de notre monde, qui, rencontra Abraham et l’intronisa puis lui donna son calice (futur graal) à la fin d’une cérémonie consécratoire préfigurant la messe christique. J’y reviendrais.
Remarquons d’abord que les deux colonnes situées à l’entrée du temple maçonnique sont placées à cet endroit pour perpétuer l’œuvre d’Hiram qui les plaça devant l’entrée du temple de Salomon. C’est la Bible qui signale ce fait au chapitre VII du premier livre des Rois :
« Le roi Salomon envoya chercher Hiram de Tyr. Il était fils d’une veuve de la tribu de Nephtall, mais son père était Tyrien et travaillait l’airain. Il était rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir pour faire toutes sortes d’ouvrages d’airain ; il vint auprès du roi Salomon, et il exécuta tous ses ouvrages.
Il fabriqua les deux colonnes en airain. »
Je ne vais pas m’appesantir sur le sens de ces deux colonnes qui ouvrent une porte normale dans un sens, mais à rebrousse temps dans l’autre, à la manière de certains menhirs, et qu’Hiram appela Jachin et Booz pour des raisons autant de complémentarités que d’opposition. Malgré l’aspect farfelu de ce que je viens de signaler, il paraît évident que ce genre de fait ne saurait se manifester en fonction du grade.
Je rappelle cette légende bien connue qui est retracée à grands traits par Jules Boucher à la page 251 de la symbolique maçonnique :
« Trois compagnons voulant s’arroger les prérigatives des Maîtres assaillirent successivement Hiram, le blessèrent et le dernier d’entre eux le tua. Ils enterrèrent le cadavre et plantèrent un rameau d’acacia dans la terre fraîchement remuée. Les compagnons partis à la recherche d’Hiram découvrirent son cadavre grâce au rameau d’acacia. »
Cette légende est alchimique et permet de comprendre pourquoi le baron de Tchoudy, l’auteur du catéchisme de l’étoile flamboyante, place au cœur de son rituel alchimique des indications précises et pratiques, s’étalant sur trois pages d’écritures serrées du manuscrit original, donnant des indications précises pour réaliser le Grand Œuvre[1]. Ne vous étonnez pas de ne pas trouver cet enseignement précieux puisque le maniement des matras ou ballons de verre fut passés sous silence par ceux qui ne voulaient pas en entendre parler sous le prétexte fallacieux qu’il s’agit d’occultisme noir. La réalité est qu’ils expurgent à l’aune de leur compréhension. Ils font de leur mieux pour que leur domination sur la loge, malgré leur ignorance verbeuse[2], ne soit pas remise en cause. Au diable la vérité pour que vive l’autorité !
Les trois compagnons qui tuèrent Hiram sont les trois corps alchimiques : sel, soufre et mercure. Ils blessent et font saigner Hiram et le tuent (Hiram se confond ici avec le récipiendaire qui va accéder à la maîtrise).
Cela marque la phase de la mort ou le sceau d’hermès de couleur rouge sang surnage la matière noire en putréfaction. Le message de cette légende est des plus significatifs quant à l’art royal. En effet, il est impossible de réaliser le Grand Œuvre si l’on ignore le secret de l’acacia, car la substance obtenu à partir de ce végétal va permettre d’élaborer le sel alchimique qui seul, je dit bien seul, va permette à la matière de saigner et de prendre la couleur noire.
D’où la conclusion dépourvue d’ambiguïté : Les premiers maçons n’étaient reçus Maître qu’a la seule condition de savoir fabriquer le sel alchimique au laboratoire afin de pouvoir dire sans mentir, et sans l’ombre d’une hésitation : « L’acacia m’est connu ! ». C’était vraiment une initiation qui donnait la clé fondamentale de l’ésotérisme, la première clé en quelque sorte qui va permettre ensuite de séparer le bon grain de l’ivraie pour progresser dans les hauts grades et parvenir à l’escarboucle des sages. Et le baron de Tchoudy précise : « La matière évaporée jusqu’à sècheresse, il vous reste au fond du pot un sel fixe (sec) que vous prendrez encore chaud et le réduirez en poudre avant que l’humidité de l’air l’ai rendu moite… »
En écrivant cela je pense à mon frère Pascal de la Martinique qui apprit à ses dépends ce que cette moiteur veut dire !
Devant la méconnaissance en ce domaine véhiculée par les mandarins, je suis révolté par leur ignorances (vraie ou simulée), car les manes de l’univers ne font pas de cadeaux à ceux qui induisent leurs soi-disant frères en erreur.
La spiritualité et l’Initiation sont de l’ordre du sacré. Ceux qui déforment les choses œuvrent contre l’Esprit et ne sont ni pardonnables ni pardonnés. Le Christ lui-même l’affirme ! Donc, pas de circonstances atténuantes pour les menteurs ou ceux qui acceptent de vivre dans le mensonge.
Connaissez-vous, cher maître, le secret du sel ? Si la réponse n’est pas bonne le « maître » est un profane (qui fut probablement trompé), il est intronisé maître d’opérette, fin bretteur dans l’art de manier le verbe. Non ! et non !
Un « initié » de cette eau, (pas plus que l’initiateur ou ceux qui en tiennent lieu) ne mérite pas le nom de Maçon car il est incapable de façonner la Pierre (pas même sur le plan théorique) pour l’amener à son plus haut degré de perfection qui est la Pierre Philosophale. Dire autre chose ne peut plus être accepté de nos jours.
Ouf ! Je me calme pour reprendre l’histoire d’Hiram.
Je partage l’opinion de Jules Boucher (idem supra page 253) quand il écrit :
« La légende d’Hiram est semblable à celle qu’on trouve dans les mystères de l’antiquité et à ce titre elle est d’un intérêt indiscutable. On prétend que cette légende a été « inventée » en 1725 parce que nul document ne la mentionne antérieurement sous la forme où nous la connaissons. » Mais il s’agit non pas d’un symbole mais bien d’un rite, adapté peut-être, mais, à coup sur, initiatique. »
Voici une autre version de la légende d’Hiram qui donne d’autres perspectives, et aussi un rite plus significatif, au grade de Maître et à la Franc-Maçonnerie tout entière.
Un jour, Salomon décida de construire un Temple. Pour cela il fit appel, pour en être le maître d’œuvre, à Hiram.
Ce fut au temps où la reine de Saba, Balkis, vint à Jérusalem après avoir entendu parler du sage Salomon.
En fait, elle fut, à son arrivée, charmée par la sagesse sublime et claire, par la beauté de Salomon. Celui-ci demanda la main de la reine et l’obtint. Alors, cette reine de Saba entendit parler de la construction du temple. Elle voulu donc faire connaissance du maître d’œuvre, Hiram. Quand elle le vit, elle fut profondément impressionnée et captivée par son seul regard.
Il en résulta alors quelque chose comme de la jalousie entre Hiram et le sage Salomon. Il s'ensuivit que Salomon aurait bien voulu faire quelque chose pour nuire à Hiram ; mais il devait le garder afin que la construction du temple puisse s’achever.
Il se passa alors la chose suivante. Le temple était presque terminé. Une seule créàtion manquait encore, qui devait être le chef-d’œuvre d'Hiram, la mer d’Airain. Ce chef-d’œuvre d'Hiram devait représenter l'océan coulé dans le bronze et était destiné à orner le temple. Tous les mélanges de métaux avaient été préparés par Hiram d'une façon admirable et tout était prêt pour la fonte.
Mais trois compagnons d'Hiram qui n'avait pas été jugés capables d'être promus Maître, se mirent en besogne. Ils s'étaient juré de tirer vengeance et voulurent empêcher la réalisation de la mer d'Airain. Un ami d'Hiram qui apprit cela, communiqua a Salomon le plan des compagnons afin qu'il pu le déjouer. Mais Salomon, par sa jalousie envers Hiram, laissa les choses suivre leur cours car il voulait faire échec au maître d’œuvre. En conséquence, Hiram du assister à la destruction de toute la coulée parce que les trois compagnons avaient introduit un mauvais matériau dans la masse métallique. Il tenta encore d'éteindre le feu qui faisait rage en versant de l'eau mais les choses empirèrent. Comme la réalisation de l'œuvre était mise à mal, un de ses aïeux lui apparut. Il lui demanda de plonger dans le feu en toute sérénité car il ne serait pas vulnérable au feu. Hiram le fit et atteignit le centre de la Terre. Ou il fut conduit à la divinité originelle. Hiram fut alors initié aux mystères de la création du feu, au secret de la fonte du bronze, au secret de l'alchimie et à d'autres secrets encore. Il reçut de la divinité un marteau et un triangle d'or qu'il devait porter autour du cou. Ensuite il s'en retourna et fut en mesure de réaliser la mer d'Airain, d'effectuer correctement la coulée.
Hiram obtient alors la main de la reine de Saba. Mais il est attaqué par surprise par les trois compagnons et tués. Avant de mourir, il réussit encore à jeter dans un puits le triangle d'or.
Comme on ignore où est passé Hiram on le cherche. Salomon lui-même prend peur et veut découvrir ce qui se passe.
Avant de mourir Hiram indiqua le lieu où le triangle d'or pouvait être trouvé. On l'apporta près de la mer d'Airain et les deux furent gardés dans un lieu particulier du temple : le Saint des Saints. Ils ne peuvent être trouvés que par ceux qui ont la compréhension de ce que signifie toute cette légende du temple de Salomon et de son architecte Hiram.
Cette légende, qui fut connue par l’Ordre de Memphis, Misraïm, est des plus instructives puisque le temple est le temple des confréries de l’ésotérisme et le Saint des Saint le lieu de séjour des confréries secrètes sévèrement gardé. Celles-ci savaient ce que la mer d’Airain et le triangle d’or signifient, tout comme plus tard elles sauront ce que sont les tables de la Loi et le Graal.
Quand au feu des passions, ou feu contre nature, il ne faut pas le confondre avec le feu de nature. Nous savons maintenant à quoi nous en tenir. Que puis-je dire de plus ? Peut-être que la relation entre la mer d’Airain et la mer qui engloutit une civilisation bien connue ne devrait pas être négligée. Quoi qu’il en soit cette légende est inséparable de la saga humaine. C’est à chacun de nous de progresser vers la connaissance du triangle d’or transmuté qui porte en lui le secret des 4 éléments et celui du sceau de Salomon ou étoile à six branches qui brillait une nuit au firmament nocturne de Bethléem.
Anathème à ceux qui exhibent à la boutonnière une branche d’acacia ou en sautoir le triangle d’or sans en connaître le sens. Que ceux qui véhiculent une interprétation bidon aux apprentis confiants et studieux réalisent leur indignité vis-à-vis du Grand Architecte de l’Univers. En supposant évidemment qu’ils ne l’aient pas mis au rancart.
[1] Ce passage extrêmement instructif est situé après le grade de « Vrai Maçon ou Chevalier d’Isis » (durant les cérémonies les adeptes se réunissent en Académie), et les « Chevaliers Argonautes » ou Chevaliers de la Toison d’or qui devaient donc, comme le grade l’indique, connaître le Grand Œuvre. Et en plus ils reconnaissent pour père de l’Art Royal Hermès Trismégiste et pour frère tous les adeptes c’est-à-dire ceux qui sont capables de manier cornues et matras ! (voir instruction de ce grade).
[2] Cette attitude m’a fait penser à un graphiti de mai 1968 qui disait à propos des mandarins : « La culture c’est comme la confiture, moins on en a plus on l’étale. »